Derrière les interrogations sur la capacité des Etats à financer leurs dépenses apparaît de plus en plus la question du retour de la croissance économique. Deux approches complémentaires répondent à cette question. La première approche est celle qui ressort des modèles macroéconomiques. La croissance s'en déduit de variables telles que les taux, la croissance mondiale ou les dépenses publiques. Elle restera faible tant que le contexte sera incertain, pour rejoindre ensuite une « croissance potentielle » mal connue, jadis de 3 %, depuis ramenée à 2 % par réalisme.
Dans la deuxième approche, « microéconomique », ce n'est pas la croissance qui fait l'emploi, mais l'inverse. On peut y « battre les prévisions » : tout demandeur d'emploi qui accède à une activité utile économiquement augmente le PIB d'autant. 350.000 demandeurs le font et c'est plus 0,5 point de croissance. Dans cette approche les « créateurs » ont un rôle crucial : ils vont inventer des produits ou des services qui vont au-delà de l'augmentation « mécanique » de la croissance. La première approche dépend des actes de grands décideurs ; la seconde nécessite une large classe créative, composée de ceux qui, scientifiques, artistes, ingénieurs, architectes ou fonctionnaires, inventent ou permettent à de nouvelles idées, de nouveaux produits ou de nouvelles organisations de prendre forme.
Cette classe créative comprend également les personnes en « recherche active d'emploi », occupées (seules ou accompagnées) à créer leur future activité - salariée ou non. Les personnes qui prennent le risque de quitter un secteur en déclin pour un secteur d'avenir créent autant que l'entreprise qui les accueille !
Alors que les leviers macroéconomiques (dont les dépenses publiques) échappent largement aux Etats, le développement de la classe créative apparaît comme une nécessité. Il suppose trois éléments :
- un écosystème favorable, où les idées nouvelles naissent et prospèrent, notamment par la rencontre de compétences diverses (créatifs, designers, scientifiques, entrepreneurs,...), la capacité à y allouer le temps nécessaire et une propension à l'irrévérence ;
- des infrastructures, où se combinent et se croisent idées, matériels et compétences, tels l'accès à des réseaux de communication ou au financement et la capacité de créer et d'administrer simplement une entreprise ou de faire appliquer le droit ;
- des débouchés, où la création peut être valorisée économiquement ou socialement et atteindre sans barrière un marché aussi large que possible (local, national, européen ou mondial).
En matière de recherche et d'enseignement, ces principes supposent de viser l'échelle européenne et mondiale, et d'accepter - sans en ignorer les limites -l'enseignement en anglais et les classements internationaux. Pour puiser dans un vivier large de talents, les Européens doivent s'unir. La Chine ou les Etats-Unis ont 15 millions d'étudiants alors que la France seule n'en compte que 2,2. En matière de partenariats de recherche, il faut travailler avec les entreprises - y compris étrangères -capables de porter nos innovations aussi loin que possible. C'est le concept d'économie « Roland-Garros » : attirer des champions mondiaux, français ou non, pourvu qu'ils créent de la valeur ajoutée en France !
Pour permettre à plus de demandeurs d'emploi de faire partie de cette « classe créative », il faut développer la recherche active : lorsqu'ils perdent un emploi dans un secteur en déclin, les demandeurs n'ont souvent pas le réseau ni les outils pour trouver où et dans quel secteur ils seraient les plus utiles. Le système public doit à tous cette aide, et viser autant la recherche d'emplois salariés que l'aide à la création de nouvelles activités ou d'auto-entreprises. Et il doit être évalué en priorité sur ces missions.
La noirceur des prévisions ne doit pas nous cacher l'essentiel : la croissance dépend certes du contexte mondial ou de la gouvernance européenne, mais elle dépend aussi beaucoup de notre capacité collective à trouver à chacun la meilleure activité possible. Et les réformes qui le permettront ne dépendent que de nous.
Vincent Champain (flt@champain.net), économiste, anime la fondation pour le long terme de l'Institut de l'entreprise.
Antoine Petit est universitaire et directeur général adjoint d'Inria.
mercredi, février 29, 2012
samedi, février 25, 2012
Cout du travail, mythes et réalité
1) La France a bien un coût du travail dans la moyenne haute des pays européens
Le graphique suivant montre le coût du travail horaire en Europe en 2008 (dernière date connue) selon Eurostat. La France est apparaît en tête des pays qui disposent d'une base industrielle forte (Allemagne, UK, Italie). La TVA sociale y a un impact : pour un salaire de l'ordre de 2 SMICs, elle réduit le coût de 5 points, ce qui fait passer le coût français après le coût allemand.
Comme le montre le graphique, ce n'est pas considérable si on le rapporte à l'ensemble du coût, mais l'impact symbolique est là : pour les projets sur lesquels France et Allemagne présentent un écosystème comparable, la France sera désormais préférable à l'Allemagne.
2) Évidemment, la TVA sociale a un effet plus réduit sur la concurrence avec les pays à bas coûts
Si l'on ajoute à la comparaison les pays à bas coûts (graphique ci-après), l'impact de la TVA sociale est beaucoup plus négligeable. En effet,l'écart de compétitivité avec des pays tels que la Chine se réglera avant tout par une convergence des salaires, plus avancée d'ailleurs que beaucoup ne le pensent : le salaire de base d'un ouvrier Foxconn en Chine (qui réalise notamment l'assemblage des I-Phones) est comparable à celui des pays d'Europe de l'Est les moins coûteux.
Si l'on extrapole à horizon 2025 et même 2035 (cf graphique ci-après) l'écart d'évolution des salaires constatée entre Shenzhen et la France, on voit que l'écart de coût devrait se réduire très significativement dans la génération à venir. Autrement dit, nos enfants vont connaître les relocalisations !
3) La compétitivité coût du site France est un enjeu qu'on ne peut écarter
On notera, même après TVA sociale, le taux de prélèvements pesant sur le travail reste en France très élevé (ce qui est en partie compensé par des salaires plus bas). Et c'est bien cela qui est visé par une baisse des cotisations : ramener notre taux très élevé de cotisations employeurs à un niveau plus proche de la moyenne des pays comparables.
Car le problème est bien là : des prélèvements qui pèsent en France plus sur le travail que la moyenne des pays comparables. Avec un double effet :
une distorsion défavorable à l'activité (le coût du travail étant l'une des plus mauvaises assiettes pour faire porter des prélèvements, en raison des effets sur le chômage, notamment pour les bas salaires)
une perte de compétitivité. Pour la plupart de ses activités/produits, la France est en concurrence avec des pays comparables, et les augmentations de coûts se traduisent par moins d'activité dans les secteurs en concurrence. Et parmi ces coûts, les salaires, les taxes et la simplicité de l’environnement réglementaire (lourdeur et prévisibilité des règles notamment fiscales ou sociale) sont les plus regardés, car ils sont à la fois les plus visibles, et ceux dont les investisseurs savent qu'ils sont les plus susceptibles d'évoluer d'un pays à l'autre.
En revanche, il est également vrai que la compétitivité hors coûts joue également, notamment dans les secteurs innovants, ou ceux qui peuvent éviter la concurrence frontale sur les coûts, notamment parce qu'ils sont capitalistiques (dans une partie de l'industrie, le coût du travail n'est pas le premier facteur de coût), ou parce qu'ils reposent sur de la propriété intellectuelle ou un savoir-faire difficile à dupliquer (cf graphique ci-dessous).
Le graphique suivant montre le coût du travail horaire en Europe en 2008 (dernière date connue) selon Eurostat. La France est apparaît en tête des pays qui disposent d'une base industrielle forte (Allemagne, UK, Italie). La TVA sociale y a un impact : pour un salaire de l'ordre de 2 SMICs, elle réduit le coût de 5 points, ce qui fait passer le coût français après le coût allemand.
Comme le montre le graphique, ce n'est pas considérable si on le rapporte à l'ensemble du coût, mais l'impact symbolique est là : pour les projets sur lesquels France et Allemagne présentent un écosystème comparable, la France sera désormais préférable à l'Allemagne.
2) Évidemment, la TVA sociale a un effet plus réduit sur la concurrence avec les pays à bas coûts
Si l'on ajoute à la comparaison les pays à bas coûts (graphique ci-après), l'impact de la TVA sociale est beaucoup plus négligeable. En effet,l'écart de compétitivité avec des pays tels que la Chine se réglera avant tout par une convergence des salaires, plus avancée d'ailleurs que beaucoup ne le pensent : le salaire de base d'un ouvrier Foxconn en Chine (qui réalise notamment l'assemblage des I-Phones) est comparable à celui des pays d'Europe de l'Est les moins coûteux.
Si l'on extrapole à horizon 2025 et même 2035 (cf graphique ci-après) l'écart d'évolution des salaires constatée entre Shenzhen et la France, on voit que l'écart de coût devrait se réduire très significativement dans la génération à venir. Autrement dit, nos enfants vont connaître les relocalisations !
3) La compétitivité coût du site France est un enjeu qu'on ne peut écarter
On notera, même après TVA sociale, le taux de prélèvements pesant sur le travail reste en France très élevé (ce qui est en partie compensé par des salaires plus bas). Et c'est bien cela qui est visé par une baisse des cotisations : ramener notre taux très élevé de cotisations employeurs à un niveau plus proche de la moyenne des pays comparables.
Car le problème est bien là : des prélèvements qui pèsent en France plus sur le travail que la moyenne des pays comparables. Avec un double effet :
une distorsion défavorable à l'activité (le coût du travail étant l'une des plus mauvaises assiettes pour faire porter des prélèvements, en raison des effets sur le chômage, notamment pour les bas salaires)
une perte de compétitivité. Pour la plupart de ses activités/produits, la France est en concurrence avec des pays comparables, et les augmentations de coûts se traduisent par moins d'activité dans les secteurs en concurrence. Et parmi ces coûts, les salaires, les taxes et la simplicité de l’environnement réglementaire (lourdeur et prévisibilité des règles notamment fiscales ou sociale) sont les plus regardés, car ils sont à la fois les plus visibles, et ceux dont les investisseurs savent qu'ils sont les plus susceptibles d'évoluer d'un pays à l'autre.
En revanche, il est également vrai que la compétitivité hors coûts joue également, notamment dans les secteurs innovants, ou ceux qui peuvent éviter la concurrence frontale sur les coûts, notamment parce qu'ils sont capitalistiques (dans une partie de l'industrie, le coût du travail n'est pas le premier facteur de coût), ou parce qu'ils reposent sur de la propriété intellectuelle ou un savoir-faire difficile à dupliquer (cf graphique ci-dessous).
Rendement des placement : faites confiance aux frais !
Les analystes qui suivent les rendements des fonds savent que la très grande majorité du temps, c'est le niveau des frais qui fait la performance sur le long terme (les écarts annuels de performance étant essentiellement aléatoires, les fonds gagnants d'une année étant les perdants de l'année suivante). Vérification en France :
mardi, février 21, 2012
Le SMIC en Chine (Shenzhen) en dessous des plus bas SMIC européens
Smic à Shenzhen : 240 US Dollars/mois http://news.yahoo.com/china-sets-target-average-13-percent-annual-minimum-065914919.html
Deux pays européens (de l'Est) sont en dessous : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=File%3AMW_EUR_Jan_2012.png&filetimestamp=20120210111747e
NB : Cette comparaison ne tient pas compte du temps de travail...
Deux pays européens (de l'Est) sont en dessous : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=File%3AMW_EUR_Jan_2012.png&filetimestamp=20120210111747e
NB : Cette comparaison ne tient pas compte du temps de travail...
dimanche, février 19, 2012
Combien de temps faut-il attendre avant que la croissance revienne ?
Pas de réponse automatique à cette question, et les cas présentés ci-après ne traduisent pas de causalité stricte (et on pourrait discuter des conséquences sociales ou en termes de qualité du service public des réformes UK) mais :
a) Sans réformes de fond celà peut être long (20 ans au Japon)
b) Avec des réformes "fortes" (Hartz en Allemagne, Thatcher en UK) on peut avoir des changements en quelques années
a) Sans réformes de fond celà peut être long (20 ans au Japon)
b) Avec des réformes "fortes" (Hartz en Allemagne, Thatcher en UK) on peut avoir des changements en quelques années
dimanche, février 12, 2012
La Chine ou l'Europe, qui pèse le plus économiquement ?
Si la Chine connait une croissance très élevée (10 % en 2010), elle reste d'une taille un peu moins de 3 fois plus petite que l'Europe. Au total - en dehors des périodes de récession - la Chine, l'Europe et les Etats-Unis ont en ce moment une contribution équivalente à la progression de la richesse mondiale. L'impact de la Grèce est marginal : si elle connaissait une croissance de -100%, celà ne réduirait la croissance européenne que de 1,8 points, et la croissance mondiale de 0,5 points.
A plus long terme, la Chine prendra évidemment la tête du peloton, et finira par dépasser en taille comme en croissance...
A plus long terme, la Chine prendra évidemment la tête du peloton, et finira par dépasser en taille comme en croissance...
samedi, février 04, 2012
L'immobilier à Paris, ca ne peut pas baisser !
L'immobilier est le premier actif des français. Et un placement refuge particulièrement prisé dans les périodes de doutes sur les autres actifs.
Peut-on pour autant prédire que "l'immobilier ne baissera jamais" "l'offre est de toutes façons inférieure à la demande" "Paris est différent du reste de la France" ?
A vous de juger !
Peut-on pour autant prédire que "l'immobilier ne baissera jamais" "l'offre est de toutes façons inférieure à la demande" "Paris est différent du reste de la France" ?
A vous de juger !
mardi, janvier 10, 2012
La TVA spatiale ?
La dépense annuelle de mobile en France est d'un peu plus de 20 Milliards. Si la baisse de 50 % de Free leur bénéficie (soit directement, soit parce que leur opérateur s'ajuste), il gagnent l'équivalent d'une baisse de 1,5 points de TVA !
Autrement dit, Free a inventé la "TVA spatiale", puisque celà équivaut à transférer 1,5 points de TVA sur les martiens...
Autrement dit, Free a inventé la "TVA spatiale", puisque celà équivaut à transférer 1,5 points de TVA sur les martiens...
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dimanche, décembre 18, 2011
Dette publique : entrée gratuite, sortie payante ?
La crise grecque a déclenché une spirale de doutes profonds sur les dettes publiques de l'ensemble de la zone euro. Comme souvent, les marchés et l'opinion sont passés d'un optimiste béat (l'augmentation de la dette et les faibles efforts de contrôle des déficits sont un fait depuis près de 40 ans, sans que grand monde ne s'en soit tellement soucié) à un pessimisme catastrophiste (même si le cas grec sortait de la norme, la zone euro, présente dans son ensemble un niveau de dette qui n'est pas insoutenable). Au passage, ceux qui ont accompagné ou profité de l'augmentation passée de la dette spéculent désormais sur son effondrement !
A titre personnel, je suis plutot partisan de comptes équilibrés, et pense qu'il est absolument nécessaire de veiller à l'équité entre générations. Mais il faut raison garder. D'abord, l'examen des épisodes de désendettement passés est relativement rassurant : peu de défauts, et de nombreux épisodes de réduction progressive. Comme le montre en effet l'excellent article de S. M. A. Abbas, N. Belhocine, A. El-Ganainy et M. Horton, l'écrasante majorité des épisodes de désendettement public s'est faite sans défaut :
Comme le confirme une arithmétique simple, il n'y a pas besoin de faire des choses extraordinaires pour revenir à des niveaux de dette modérés : il suffit d'un point d'inflation supplémentaire sur 25 ans pour ramener la dette de 90 points de PIB à 70 points, et si l'on y ajoute un point de PIB d'effort budgétaire (en plus des efforts normalement prévus pour ramener le deficit au niveau où la dette se stabilise) sur la meme durée, la dette finit à 48 points de PIB...
Car la dette n'est un problème que lorsqu'il n'existe aucune issue pour la rembourser ou si son poids devient insoutenable. Ainsi, une personne disposant du revenu médian français (24.000 euros/an) et qui s'endette sur 30 ans pour acheter une maison à 160.000 euros a au début une dette égale à 666 % de son "PIB" à elle. Des cas comme celui-ci il y en a des centaines de milliers par an sans que celà ne mette en risque le système bancaire !
Le problème ne se pose que si la personne en question se met à trop dépenser (et n'a plus assez d'argent pour rembourser ses mensualités), ou si son revenu n'augmente pas assez par rapport au niveau de la dette (ce qui revient à dire que l'inflation n'est pas suffisante). Mais tant que la maison est solide, la dette n'est pas une soucis, dès lors que chacun est convaincu qu'elle se place sur un chemin de maîtrise crédible et juste, notamment vis-à-vis des générations futures.
A titre personnel, je suis plutot partisan de comptes équilibrés, et pense qu'il est absolument nécessaire de veiller à l'équité entre générations. Mais il faut raison garder. D'abord, l'examen des épisodes de désendettement passés est relativement rassurant : peu de défauts, et de nombreux épisodes de réduction progressive. Comme le montre en effet l'excellent article de S. M. A. Abbas, N. Belhocine, A. El-Ganainy et M. Horton, l'écrasante majorité des épisodes de désendettement public s'est faite sans défaut :
Comme le confirme une arithmétique simple, il n'y a pas besoin de faire des choses extraordinaires pour revenir à des niveaux de dette modérés : il suffit d'un point d'inflation supplémentaire sur 25 ans pour ramener la dette de 90 points de PIB à 70 points, et si l'on y ajoute un point de PIB d'effort budgétaire (en plus des efforts normalement prévus pour ramener le deficit au niveau où la dette se stabilise) sur la meme durée, la dette finit à 48 points de PIB...
Car la dette n'est un problème que lorsqu'il n'existe aucune issue pour la rembourser ou si son poids devient insoutenable. Ainsi, une personne disposant du revenu médian français (24.000 euros/an) et qui s'endette sur 30 ans pour acheter une maison à 160.000 euros a au début une dette égale à 666 % de son "PIB" à elle. Des cas comme celui-ci il y en a des centaines de milliers par an sans que celà ne mette en risque le système bancaire !
Le problème ne se pose que si la personne en question se met à trop dépenser (et n'a plus assez d'argent pour rembourser ses mensualités), ou si son revenu n'augmente pas assez par rapport au niveau de la dette (ce qui revient à dire que l'inflation n'est pas suffisante). Mais tant que la maison est solide, la dette n'est pas une soucis, dès lors que chacun est convaincu qu'elle se place sur un chemin de maîtrise crédible et juste, notamment vis-à-vis des générations futures.
mardi, novembre 15, 2011
Pendant la crise, l'avenir continue !
Article publié ce jour dans Les Echos avec Fabrice Heyries.
Pendant la crise, l'avenir continue !
La crise appelle des réponses immédiates en matière sociale et économique. Mais elle est surtout le symptôme d'une surdose de court-termisme : avoir cru que les entreprises ou l'immobilier pourraient rapporter durablement 15 % avec une croissance de 3 %. Avoir cru que les déficits publics pouvaient durablement s'accumuler sans que les prêteurs s'en soucient. Pour sortir définitivement de la crise, c'est cette logique qu'il faut inverser.
Il fut un temps où les décisions de court terme étaient prises en regardant le long terme, plutôt que l'inverse. Où le Commissariat au Plan faisait partie des institutions qui pesaient le plus et où les travaux qu'il dirigeait fixaient un cap. Entre ceux qui voient dans l'Etat la source de tous les maux et ceux qui y voient la solution de tous les problèmes, on perçoit désormais difficilement une réelle stratégie partant d'un diagnostic sans complaisance des faits pour en déduire des propositions réalistes et bouclant l'équation budgétaire.
Nous sommes arrivés au curieux paradoxe dans lequel les multinationales, censées être instrumentalisées par des fonds de pension court-termistes, pratiquent régulièrement des revues stratégiques, alors que l'Etat, supposé incarner le long terme, s'en est privé. Pourtant, les faits sont là : une étude de 2007 de la « Harvard Business Review » confirme le lien vertueux qui lie la compétitivité d'un pays aux moyens consacrés à son avenir (recherche, éducation, investissements, etc.). Et les travaux de la commission du grand emprunt ont montré que la France s'appauvrit autant par des dépenses de fonctionnement excessives qu'en sous-investissant.
Pourquoi la décision publique fait-elle aussi peu de cas du long terme ? La première raison est méthodologique : les coûts se lisent facilement dans les comptes, l'impact futur se lit péniblement dans des prévisions contradictoires. Prenons le cas de l'aide aux démunis : la détresse des personnes est visible et le coût des mesures qui y répondent à court terme est mesurable. Mais on ne s'est donné que peu de moyens pour identifier et évaluer les mesures permettant de sortir de cette situation. La réponse à cette objection est claire : plus de moyens à l'évaluation des effets à court et à long terme des politiques publiques pour aller « au-delà des comptes ».
L'autre raison est institutionnelle. Les politiques doivent répondre aux problèmes immédiats, mais sont peu questionnés sur l'impact à long terme. Ainsi, chacun reconnaîtra la nécessité de traiter la situation des déserts médicaux et d'assurer la présence de médecins sur l'ensemble du territoire. Y parvenir suppose des décisions difficiles : les perdants auront accès à tous les médias, alors que les gagnants à long terme s'ignoreront. Et il n'y a pas d'institution ou de « parti du long terme » qui ferait de cette masse silencieuse son coeur de cible et bien peu de débats sur ces questions.
Regardons l'exemple du Danemark, qui a mis en place un Conseil de la mondialisation, composé d'experts de toutes nationalités, qui a mené des travaux visant à prendre les décisions permettant au pays de tirer le meilleur parti possible de la mondialisation, dans un climat de débat public ouvert et largement apolitique. Ces travaux ont ensuite permis d'orienter une stratégie vers l'économie de la connaissance, l'innovation et l'entrepreneuriat.
Que faut-il à la France pour en faire de même ? D'abord, un diagnostic non partisan et régulier des enjeux, forces, faiblesses, opportunités et menaces pour notre pays à moyen et à long terme, idéalement publié avant l'élection présidentielle -comme le furent les travaux du rapport « France 2025 : un diagnostic stratégique » ou ceux du Conseil d'orientation des retraites. Ensuite, un débat politique qui permette de choisir des priorités et la personne qui les mettra en place. Après les élections, une commission similaire à ce que fut la commission Attali, qui détaille un plan d'action de mandat, accompagné d'une revue des politiques publiques pour réaliser les redéploiements nécessaires pour financer les priorités. En parallèle, il faut un vrai débat sur les questions de long terme. Il passe par la mobilisation de la société civile, c'est-à-dire chacun d'entre nous. Le débat sur le chiffrage est un premier pas qui ne demande qu'à être dépassé.
Il faut en résumé plus de vrais débats sur ce qui relève des choix politiques et moins de faux débats sur ce qui n'en relève pas, comme l'état des lieux ou la performance réelle des politiques publiques. Car les faits sont têtus : on ne les ignore à court terme qu'au prix de la préparation des crises de demain. L'observatoire du long terme se fera donc une mission de les rappeler.
Vincent Champain, économiste, et Fabrice Heyries, directeur du développement durable de Groupama, animent l'observatoire du long terme de l'Institut de l'entreprise (observatoire@longterme.net)dimanche, novembre 06, 2011
Fukushima à Athènes : milliards contre milliards
* Selon the Economist, le soutien public à Tepco, l'opérateur nucléaire japonais, coûtera environ 46 milliards d'euros, notamment pour indemniser les 89.000 personnes forcées d'abandonner leur domicile.
* Dans un domaine entièrement différent, le coût des abandons de créances à la Grèce coutera aux banques environ 100 milliars de dollars, soit un peu plus du double.
* Autrement dit l'accoutumance au déficit peut avoir des conséquences ... nucléaires !
* Dans un domaine entièrement différent, le coût des abandons de créances à la Grèce coutera aux banques environ 100 milliars de dollars, soit un peu plus du double.
* Autrement dit l'accoutumance au déficit peut avoir des conséquences ... nucléaires !
vendredi, octobre 14, 2011
Un génie de l'ère numérique s'en va...
Il a révolutionné le monde de l'informatique : sans lui pas de téléphones intelligents tels que nous les connaissons, pas de développement des systèmes informatiques de toute nature (des plus petits aux plus gros).
RIP Dennis Ritchie, inventeur du langage C et co-auteur d'Unix.
RIP Dennis Ritchie, inventeur du langage C et co-auteur d'Unix.
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samedi, octobre 01, 2011
La théorie des trois i
Selon Warren Buffet, l'économie suit le cycle des "trois I" : d'abord des innovateurs, qui inventent un nouveau modèle, ensuite des imitateurs, qui le diffusent et le généralisent, pour finir par des imbéciles, qui poussent les promesses d'innovation au-delà du raisonnable, et créent une bulle financière qui finit par éclater, à l'image de la crise de 2000 (une génération après l'invention de l'internet) ou de celle des 2008 (une génération après les grandes dérégulations des marchés financiers).
La question est donc : où sont les innovateurs du prochain cycle ?
La question est donc : où sont les innovateurs du prochain cycle ?
mardi, septembre 20, 2011
Réforme publique : des comptables aux stratéges
(Article paru dans Les Echos le 17 septembre)
Le premier serait d'ignorer le présent et la nécessaire réduction des déficits. Le second serait d'insulter l'avenir, en limitant le débat à plus ou moins de moyens et en ignorant les impératifs qui s'imposeront au cours du prochain mandat, une fois l'équilibre des finances rétabli.
Car l'analyse des cycles de la réforme publique montre des tendances claires. Sur les cinquante dernières années, le premier de ces cycles est une phase de développement, qui fait passer la dépense publique de 35 % du PIB en 1960 à 42 % en 1975. Il s'agit alors d'accompagner le développement du pays, en construisant de grands services publics comme celui de l'emploi, en élargissant l'accès à ces services (comme pour l'enseignement supérieur) et en accompagnant l'activité des entreprises. Une croissance forte et une hausse régulière des prélèvements ont permis de mener cette phase sans gros effort de gestion.
Le choc pétrolier entame un cycle de dérapage budgétaire. Les dépenses publiques atteignent 55 % du PIB en 1995, alors que celle des recettes subit une croissance économique réduite. Les tentatives de relance économique font gagner quelques points d'activité à court terme, mais augmentent en contrepartie la dépense et les déficits publics. La dette progresse, tout en restant soutenable et sans devenir un réel enjeu de débat.
Après 1995, l'adoption du Pacte de stabilité et de croissance et la surveillance des critères de Maastricht donnent une dimension politique nouvelle à la maîtrise des dépenses, conduisant les gouvernements successifs à tenter de maîtriser les taux de prélèvement et de dette. Avec des premiers résultats : des services d'accompagnement des réformes, des services comme la DGME ou l'Anap ont été créés et la LOLF a démontré la possibilité d'un consensus non partisan sur ces sujets. Les dépenses de l'Etat diminuent depuis dix ans et l'objectif de dépenses de santé a été respecté en 2010. Mais cette tâche n'est pas achevée pour les dépenses locales (+ 1,8 point de PIB de 1998 à 2008) ou sociales (+ 0,8 point). La crise a enfin rendu ces efforts peu lisibles, l'effondrement des recettes effaçant les économies réalisées. Elle véhicule également une vision de court terme.
A rebours d'une crise qui pousse vers le court terme, tant il est urgent de donner des gages aux marchés sans lesquels notre pays ne peut plus payer ses dépenses courantes, le cycle suivant sera très probablement celui de la valeur du service public. Dans un cadre financier contraint par construction, les efforts de gestion s'orienteront vers deux questions : celle de la focalisation (compte tenu de moyens contraints, sur quels services concentrer les moyens et l'attention publics ?) et celle de l'évaluation (quelle est la valeur des services pour les usagers et comment l'améliorer ?). Certes, des prémices ont vu le jour sur l'évaluation, nationales avec la mission d'évaluation des politiques publiques ou mondiales avec l'évaluation Pisa sur l'éducation. Mais elles comptent encore peu dans la décision publique. L'évolution des missions a certes été abordée via les externalisations de la Défense ou l'extension des droits fondamentaux à l'accès Internet lors du jugement du Conseil constitutionnel relatif à l'Hadopi. Mais il manque une réflexion d'ensemble sur l'adaptation des services publics à l'évolution des besoins du public et aux possibilités offertes par la technologie.
Le prochain quinquennat marquera une transition entre ce cycle et le cycle actuel. Les projets qui le préparent devront donc passer deux tests. Le premier sera le test du réalisme : proposent-ils des moyens crédibles de réduire la dette publique ? Le second sera le test de la vision : quelles sont les réformes proposées pour améliorer la performance des grands services publics - éducation, santé, emploi ? Et la réponse ne pourra se limiter à mettre plus de moyens : il faudra préciser quels objectifs vont être améliorés et comment.
Car si les efforts pour rétablir l'équilibre des comptes publics resteront nécessaires, il faudra se défier des deux façons de parvenir à la faillite : à court terme en ignorant les comptes, à long terme en négligeant la valeur.
Le premier serait d'ignorer le présent et la nécessaire réduction des déficits. Le second serait d'insulter l'avenir, en limitant le débat à plus ou moins de moyens et en ignorant les impératifs qui s'imposeront au cours du prochain mandat, une fois l'équilibre des finances rétabli.
Car l'analyse des cycles de la réforme publique montre des tendances claires. Sur les cinquante dernières années, le premier de ces cycles est une phase de développement, qui fait passer la dépense publique de 35 % du PIB en 1960 à 42 % en 1975. Il s'agit alors d'accompagner le développement du pays, en construisant de grands services publics comme celui de l'emploi, en élargissant l'accès à ces services (comme pour l'enseignement supérieur) et en accompagnant l'activité des entreprises. Une croissance forte et une hausse régulière des prélèvements ont permis de mener cette phase sans gros effort de gestion.
Le choc pétrolier entame un cycle de dérapage budgétaire. Les dépenses publiques atteignent 55 % du PIB en 1995, alors que celle des recettes subit une croissance économique réduite. Les tentatives de relance économique font gagner quelques points d'activité à court terme, mais augmentent en contrepartie la dépense et les déficits publics. La dette progresse, tout en restant soutenable et sans devenir un réel enjeu de débat.
Après 1995, l'adoption du Pacte de stabilité et de croissance et la surveillance des critères de Maastricht donnent une dimension politique nouvelle à la maîtrise des dépenses, conduisant les gouvernements successifs à tenter de maîtriser les taux de prélèvement et de dette. Avec des premiers résultats : des services d'accompagnement des réformes, des services comme la DGME ou l'Anap ont été créés et la LOLF a démontré la possibilité d'un consensus non partisan sur ces sujets. Les dépenses de l'Etat diminuent depuis dix ans et l'objectif de dépenses de santé a été respecté en 2010. Mais cette tâche n'est pas achevée pour les dépenses locales (+ 1,8 point de PIB de 1998 à 2008) ou sociales (+ 0,8 point). La crise a enfin rendu ces efforts peu lisibles, l'effondrement des recettes effaçant les économies réalisées. Elle véhicule également une vision de court terme.
A rebours d'une crise qui pousse vers le court terme, tant il est urgent de donner des gages aux marchés sans lesquels notre pays ne peut plus payer ses dépenses courantes, le cycle suivant sera très probablement celui de la valeur du service public. Dans un cadre financier contraint par construction, les efforts de gestion s'orienteront vers deux questions : celle de la focalisation (compte tenu de moyens contraints, sur quels services concentrer les moyens et l'attention publics ?) et celle de l'évaluation (quelle est la valeur des services pour les usagers et comment l'améliorer ?). Certes, des prémices ont vu le jour sur l'évaluation, nationales avec la mission d'évaluation des politiques publiques ou mondiales avec l'évaluation Pisa sur l'éducation. Mais elles comptent encore peu dans la décision publique. L'évolution des missions a certes été abordée via les externalisations de la Défense ou l'extension des droits fondamentaux à l'accès Internet lors du jugement du Conseil constitutionnel relatif à l'Hadopi. Mais il manque une réflexion d'ensemble sur l'adaptation des services publics à l'évolution des besoins du public et aux possibilités offertes par la technologie.
Le prochain quinquennat marquera une transition entre ce cycle et le cycle actuel. Les projets qui le préparent devront donc passer deux tests. Le premier sera le test du réalisme : proposent-ils des moyens crédibles de réduire la dette publique ? Le second sera le test de la vision : quelles sont les réformes proposées pour améliorer la performance des grands services publics - éducation, santé, emploi ? Et la réponse ne pourra se limiter à mettre plus de moyens : il faudra préciser quels objectifs vont être améliorés et comment.
Car si les efforts pour rétablir l'équilibre des comptes publics resteront nécessaires, il faudra se défier des deux façons de parvenir à la faillite : à court terme en ignorant les comptes, à long terme en négligeant la valeur.
samedi, juin 18, 2011
Chomage, emploi : poursuivre le bon objectif
En matière de chômage, l'attention se focalise sur le taux ou le nombre de chômeurs. C'est malheureusement un très mauvais indicateur, pour plusieurs raisons.
D'abord, il est fortement influencé par des facteurs sur lesquels un gouvernement a peu de levier : démographie, conjoncture économique mondiale et nationale. Bien sur, la réduction du nombre total de demandeurs d'emploi est en soi une bonne chose lorsque l'on part des niveaux actuellement connus dans la plupart des pays du monde. Mais cette bonne chose peut s'avérer mauvaise en fonction de la façon dont elle est réalisée :
- une réduction du nombre de chômeurs est un échec s'ils sont découragé de chercher un emploi (et sortent alors des listes de Pole Emploi) ;
- si la sortie du chômage résulte de personnes placées en stages ou emploi "occupationnels" (ie, uniquement conçus pour que les gens sortent des statistiques), celà risquera les rendre moins employables ;
- à l'inverse, une partie du chômage et de la recherche d'emploi a une véritable utilité économique, si elle contribue à "développer du capital humain", par exemple par une formation qui permet d'accéder à un emploi de meilleure qualité, ou de sortir d'un emploi menacé ou condamné pour aller vers un secteur en croissance.
Le nombre de demandeurs inscrits est donc un mauvais indicateur. Une bien meilleure façon de piloter les politiques de l'emploi ou le bilan d'un gouvernement est la "valeur ajoutée économique", différence entre la valeur ajoutée de la production (qui compte pour zéro les emplois "occupationnels") diminuée de la valeur "de marché" des qualification mobilisées pour l'obtenir. Ainsi :
- une politique qui permet d'améliorer la valeur ajoutée des emplois contribue positivement à la VAE, alors qu'elle n'a pas d'impact sur le chômage mesuré ;
- une politique qui aide les chômeurs découragés, les seniors ou les femmes à accéder à un emploi est compté positivement, alors qu'elle ne modifie pas le taux de chômage mesuré ;
- une politique qui renforce la "recherche active d'emploi", visant à identifier le meilleur emploi possible pour chacun, au détriments de la gestion administrative des demandeurs est fortement valorisée, alors qu'un pilotage à court terme par la statistique de l'emploi n'en fait rien apparaitre.
D'abord, il est fortement influencé par des facteurs sur lesquels un gouvernement a peu de levier : démographie, conjoncture économique mondiale et nationale. Bien sur, la réduction du nombre total de demandeurs d'emploi est en soi une bonne chose lorsque l'on part des niveaux actuellement connus dans la plupart des pays du monde. Mais cette bonne chose peut s'avérer mauvaise en fonction de la façon dont elle est réalisée :
- une réduction du nombre de chômeurs est un échec s'ils sont découragé de chercher un emploi (et sortent alors des listes de Pole Emploi) ;
- si la sortie du chômage résulte de personnes placées en stages ou emploi "occupationnels" (ie, uniquement conçus pour que les gens sortent des statistiques), celà risquera les rendre moins employables ;
- à l'inverse, une partie du chômage et de la recherche d'emploi a une véritable utilité économique, si elle contribue à "développer du capital humain", par exemple par une formation qui permet d'accéder à un emploi de meilleure qualité, ou de sortir d'un emploi menacé ou condamné pour aller vers un secteur en croissance.
Le nombre de demandeurs inscrits est donc un mauvais indicateur. Une bien meilleure façon de piloter les politiques de l'emploi ou le bilan d'un gouvernement est la "valeur ajoutée économique", différence entre la valeur ajoutée de la production (qui compte pour zéro les emplois "occupationnels") diminuée de la valeur "de marché" des qualification mobilisées pour l'obtenir. Ainsi :
- une politique qui permet d'améliorer la valeur ajoutée des emplois contribue positivement à la VAE, alors qu'elle n'a pas d'impact sur le chômage mesuré ;
- une politique qui aide les chômeurs découragés, les seniors ou les femmes à accéder à un emploi est compté positivement, alors qu'elle ne modifie pas le taux de chômage mesuré ;
- une politique qui renforce la "recherche active d'emploi", visant à identifier le meilleur emploi possible pour chacun, au détriments de la gestion administrative des demandeurs est fortement valorisée, alors qu'un pilotage à court terme par la statistique de l'emploi n'en fait rien apparaitre.
samedi, avril 09, 2011
mardi, février 22, 2011
Révolution, Internet, et Common Knowledge
La presse a parfois qualifié de "fièvre" la multiplication des manifestations dans les pays d'Afrique du nord. En fait, on pourrait plutôt la qualifier de prise de conscience - dans laquelle internet pourrait jouer un rôle crucial, celui de "révélateur de common knowledge".
Le common knowledge traduit le passage de l'état dans lequel on sait une chose (il y a eu une manifestation dans mon pays) à l'état dans lequel tout le monde sait que tout le monde le sait, tout le monde sait que tout le monde sait que tout le monde le sait, etc.
Le rôle d'internet est absolument crucial : autrefois on savait qu'il se passait des choses, mais on
ne savait pas que tout le monde le savait, et donc qu'une action commune était possible. Avec internet tout monde sait que tout le monde sait. Autrement dit, quand "le roi est nu", tout le monde le voit, sait que tout le monde le voit et les efforts pour le cacher sont vains...
Le common knowledge traduit le passage de l'état dans lequel on sait une chose (il y a eu une manifestation dans mon pays) à l'état dans lequel tout le monde sait que tout le monde le sait, tout le monde sait que tout le monde sait que tout le monde le sait, etc.
Le rôle d'internet est absolument crucial : autrefois on savait qu'il se passait des choses, mais on
ne savait pas que tout le monde le savait, et donc qu'une action commune était possible. Avec internet tout monde sait que tout le monde sait. Autrement dit, quand "le roi est nu", tout le monde le voit, sait que tout le monde le voit et les efforts pour le cacher sont vains...
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révolution du jasmin,
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revolution tunisie
mardi, février 01, 2011
Performance et organisation
Comme le souligne une étude très intéressante sur la performance éducative , l'amélioration de la performance nécessite un mode d'organisation plutôt centralisé et autoritaire lorsque l'on part d'une faible niveau, alors qu'il faut au contraire une organisation décentralisé reposant l'initiative des professeurs pour progresser dans un système déjà très performant.
Autrement dit, il faut être centralisé pour développer, puis décentralisé pour innover... Question de l'excellent Dominique Seux : celà s'applique-t-il aux pays - autoritaires pour émerger, puis démocratiques une fois développés ?
Autrement dit, il faut être centralisé pour développer, puis décentralisé pour innover... Question de l'excellent Dominique Seux : celà s'applique-t-il aux pays - autoritaires pour émerger, puis démocratiques une fois développés ?
lundi, janvier 17, 2011
mercredi, décembre 29, 2010
L'OIT vient de publier son rapport mondial sur les salaires.
Deux faits saillants :
a) Alors que les salaires des pays en développement continuent à croitre, ceux des pays développés sont moins dynamiques.
Ainsi, la hausse du pouvoir d'achat mondial est divisée par deux en 2008 et 2009 si l'on retire la Chine !
De la même façon, la dynamique des salaires des pays développés (5% sur dix ans) est très inférieure à celle des pays en développement (+234 % en dix ans en Europe centrale/asie centrale).
Il n'y a ici rien que du très normal : le salaire des actifs correspond à la redistribution de d'une partie de la valeur produite. Rien d'étonnant à ce que cette part croisse plus vite dans les pays qui sont en train de "remonter la chaine de valeur" que dans les pays (ie, dont les salariés sont en train de migrer de l'agriculture vers l'industrie) que dans les pays pour lesquels la hausse de la valeur produite tient davantage à l'augmentation de la productivité des activités existantes.
b) L'Afrique affiche une croissance forte du pouvoir d'achat des salaires (+16 %), trois fois plus forte que les pays développés, et supérieure à la zone Amérique latine/Caraïbes
Même si la situation en Afrique est très contrastée, ces chiffres confirment des études récentes qui confirment un décollage.
Au total, faut-il se féliciter ou regretter ces hausses de salaires ?
Les optimistes pourraient conclure que la hausse du pouvoir d'achat des pays en voie de développement est un atout et crée des marchés pour nos produits. Elle crée également une prime à la stabilité politique/économique susceptible d'avoir un effet "pacificateur".
Les pessimistes noteront que cette croissance va probablement tirer les prix des matières premières (pétrole, métaux,....) à la hausse, ce qui risque de ralentir la croissance des pays développés.
Comme toujours, la résultante sera une "prime aux agiles" : les pays développés capables de développer les marchés émergents tout en réduisant leur consommation de ressources non renouvelables seront gagnants, ceux qui s'enfermeront dans la voie inverse seront perdant. A cet égard, nous pourrions prendre exemple sur l'Allemagne dont le redémarrage économique n'est pas sans lien avec le goût pour les exportations, et l'écologie...
Deux faits saillants :
a) Alors que les salaires des pays en développement continuent à croitre, ceux des pays développés sont moins dynamiques.
Ainsi, la hausse du pouvoir d'achat mondial est divisée par deux en 2008 et 2009 si l'on retire la Chine !
De la même façon, la dynamique des salaires des pays développés (5% sur dix ans) est très inférieure à celle des pays en développement (+234 % en dix ans en Europe centrale/asie centrale).
Il n'y a ici rien que du très normal : le salaire des actifs correspond à la redistribution de d'une partie de la valeur produite. Rien d'étonnant à ce que cette part croisse plus vite dans les pays qui sont en train de "remonter la chaine de valeur" que dans les pays (ie, dont les salariés sont en train de migrer de l'agriculture vers l'industrie) que dans les pays pour lesquels la hausse de la valeur produite tient davantage à l'augmentation de la productivité des activités existantes.
b) L'Afrique affiche une croissance forte du pouvoir d'achat des salaires (+16 %), trois fois plus forte que les pays développés, et supérieure à la zone Amérique latine/Caraïbes
Même si la situation en Afrique est très contrastée, ces chiffres confirment des études récentes qui confirment un décollage.
Au total, faut-il se féliciter ou regretter ces hausses de salaires ?
Les optimistes pourraient conclure que la hausse du pouvoir d'achat des pays en voie de développement est un atout et crée des marchés pour nos produits. Elle crée également une prime à la stabilité politique/économique susceptible d'avoir un effet "pacificateur".
Les pessimistes noteront que cette croissance va probablement tirer les prix des matières premières (pétrole, métaux,....) à la hausse, ce qui risque de ralentir la croissance des pays développés.
Comme toujours, la résultante sera une "prime aux agiles" : les pays développés capables de développer les marchés émergents tout en réduisant leur consommation de ressources non renouvelables seront gagnants, ceux qui s'enfermeront dans la voie inverse seront perdant. A cet égard, nous pourrions prendre exemple sur l'Allemagne dont le redémarrage économique n'est pas sans lien avec le goût pour les exportations, et l'écologie...
samedi, novembre 20, 2010
Démondialisation et protectionnisme : comment concilier défense du modèle social et efficacité économique ?
« C'est ainsi que le droit de douane annule délibérément l'effet de ce qu'on appelle le progrès, qu'il prétend nous ramener à l'état où le monde se trouvait lorsque les transports étaient sinon impossibles, du moins extrêmement onéreux. Un droit de douane disait Bastiat, c'est un antichemin de fer." (J. Rueff, 1980)
Les droits de douane ont mauvaise presse auprès des économistes, qui y voient des outils de protection de certains secteurs économiques insuffisamment compétitifs au prix d’une « taxation » invisible des consommateurs – la collectivité dans son ensemble étant globalement perdante, seuls les secteurs protégés étant gagnants.
A ce sujet, le prix nobel Paul Krugman citait l’anecdote suivante : imaginez un chef d’entreprise textile qui invente une machine miraculeuse qui grâce à un procédé secret, permet de diviser par 10 la production de chemises. Immédiatement, l’inventeur serait célébré comme un héros capable de démontrer l’ingéniosité nationale peut vaincre la force brute des bas salaires. Imaginez maintenant que l’on démontre en fait que la « machine miraculeuse » est en fait un entrepôt, duquel partent des convois qui expédient le textile en Chine et ramènent des chemises. Le héros serait alors immédiatement rabaissé au rang des délocaliseurs.
En partant de cette anecdote, on pourrait conclure que si l’on décidait de taxer les importations dans le second cas, il faudrait aussi taxer l’innovation. On ramènerait alors le débat sur les droits de douane au débat sur le modèle social : si la France peut avoir des chemises moins cher elle doit le faire, la seule question étant réussir à trouver un emploi de meilleure qualité pour les salariés et plus utile la société que la production de chemises trop chères ?
Il existe cependant d’autres types de « droits de douane », tels que la « taxe sur le carbone importé », qui vise à faire payer les coûts de dépollution qu’auraient du payer les entreprises des pays qui n’ont pas de réglementation sur les émissions. Il s’agit en effet ici de supprimer une « concurrence déloyale » en privant d’un avantage indu un concurrent dont la compétitivité se fait aux détriments de l’environnement. Il en va de même des « droits de douane sociaux », qui visent à compenser l’avantage indû dont bénéficient les pays qui font travailler dans des conditions de durée du travail, de sous formation, de représentation des salariés ou de santé indignes.
En effet, les importations de biens et de services importent indirectement un modèle social : si on souhaite disposer en Europe d’un modèle différent de celui du moins exigeant de nos partenaires (moins inégal, plus soucieux des salariés, plus écologique), il faut aller au-delà de la libre circulation des biens et services.
Si le principe théorique de ces droits est peu contestable, la mise en œuvre est extrêmement complexe – mais l’enjeu mérite probablement largement quelques études et la recherche du meilleur compromis possible entre complexité et efficacité. Reste ensuite l'essentiel : engager une discussion constructive avec nos partenaires économiques et associer ce projet à une politique ambitieuse d'aide au développement afin de convaincre nos partenaires qu'un tel dispositif ne constitue pas une mesure protectionniste déguisée mais, au contraire, une mesure parmi d’autres pour mettre en place une mondialisation plus humaine.
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samedi, octobre 02, 2010
Politique industrielle : une nouvelle voie ?
Dans "L'homme et le marché", j'évoquais les quatre piliers d'un gouvernement - comprendre, réunir, créer et répartir.
Plusieurs leviers peuvent permettre la création de richesse supplémentaires, mais les politiques industrielles (au sens anglo-saxon, c'est à dire les politiques publiques visant à développer autant les services que l'industrie ou l'agriculture) sont la voie le plus mise en avant. Ce débat sépare généralement ceux qui estiment qu'il vaut mieux ne rien faire - le bilan des politiques passées étant au mieux neutre et les moyens de l'Etat limités - et ceux qui estiment qu'avec du volontarisme tout est possible - les questions de coût ou de rendement étant secondaires.
Il est vrai que les contraintes de finances publiques, le développement des accords de libre échange (posant des limites à la discrimination favorable aux "champions nationaux") ou les analyses du bilan des politiques interventionnistes (mitigé, avec des succès comme Airbus, mais également des échecs comme Concorde, Minitel,...) ont poussé beaucoup d'analyste à voir la fin des politiques industrielles.
Mais c'est oublier d'autres voies d'interventions, beaucoup moins couteuses et pas forcément moins efficaces telles que :
- la coordination entre les stratégies publiques et les stratégies privées, dans des secteurs fortement régulés. C'est le cas notamment pour les industries de santé, ou les "utilities" (eau, services aux collectivités,...) pour lesquelles une structuration intelligente peut être source d'avantage concurrentiel au niveau mondial ;
- l'appui international des intérêts nationaux, comme c'est le cas notamment pour l'Allemagne dans le domaine des normes techniques, favorisant les produits allemands de qualité ;
- l'innovation dans le secteur public, à l'exemple de l'appui des autorités américaines au développement des puces RFID ;
- le développement au Japon des industries liées au vieillissement, notamment robotique, par un effort concerté entre le gouvernement (dans un rôle de stratége et de coordonnateur de grands projets) et les industriels
Ces outils peuvent avoir une puissance considérable, qui peut être utilisée pour le bien comme pour le mal : l'insuffisance de normes dans le domaine de la finance, initialement pensée pour favoriser le développement d'une industrie, représente sans doute l'erreur de politique industrielle la plus coûteuse de tous les temps. Il existe également des exemples en Europe, dans le secteur de l'énergie, de gouvernements qui ont poussé des normes inadaptées ou excessives dans le but de favoriser son industrie, mais aux détriments des consommateurs.
Ainsi cette "nouvelle voie" n'échappe pas, comme les précédentes, au risque d'abus. Comme pour les précédentes, leur efficacité repose avant tout sur l'intelligence, et le gout pour l'intérêt général de ceux qui les utilisent...
Plusieurs leviers peuvent permettre la création de richesse supplémentaires, mais les politiques industrielles (au sens anglo-saxon, c'est à dire les politiques publiques visant à développer autant les services que l'industrie ou l'agriculture) sont la voie le plus mise en avant. Ce débat sépare généralement ceux qui estiment qu'il vaut mieux ne rien faire - le bilan des politiques passées étant au mieux neutre et les moyens de l'Etat limités - et ceux qui estiment qu'avec du volontarisme tout est possible - les questions de coût ou de rendement étant secondaires.
Il est vrai que les contraintes de finances publiques, le développement des accords de libre échange (posant des limites à la discrimination favorable aux "champions nationaux") ou les analyses du bilan des politiques interventionnistes (mitigé, avec des succès comme Airbus, mais également des échecs comme Concorde, Minitel,...) ont poussé beaucoup d'analyste à voir la fin des politiques industrielles.
Mais c'est oublier d'autres voies d'interventions, beaucoup moins couteuses et pas forcément moins efficaces telles que :
- la coordination entre les stratégies publiques et les stratégies privées, dans des secteurs fortement régulés. C'est le cas notamment pour les industries de santé, ou les "utilities" (eau, services aux collectivités,...) pour lesquelles une structuration intelligente peut être source d'avantage concurrentiel au niveau mondial ;
- l'appui international des intérêts nationaux, comme c'est le cas notamment pour l'Allemagne dans le domaine des normes techniques, favorisant les produits allemands de qualité ;
- l'innovation dans le secteur public, à l'exemple de l'appui des autorités américaines au développement des puces RFID ;
- le développement au Japon des industries liées au vieillissement, notamment robotique, par un effort concerté entre le gouvernement (dans un rôle de stratége et de coordonnateur de grands projets) et les industriels
Ces outils peuvent avoir une puissance considérable, qui peut être utilisée pour le bien comme pour le mal : l'insuffisance de normes dans le domaine de la finance, initialement pensée pour favoriser le développement d'une industrie, représente sans doute l'erreur de politique industrielle la plus coûteuse de tous les temps. Il existe également des exemples en Europe, dans le secteur de l'énergie, de gouvernements qui ont poussé des normes inadaptées ou excessives dans le but de favoriser son industrie, mais aux détriments des consommateurs.
Ainsi cette "nouvelle voie" n'échappe pas, comme les précédentes, au risque d'abus. Comme pour les précédentes, leur efficacité repose avant tout sur l'intelligence, et le gout pour l'intérêt général de ceux qui les utilisent...
vendredi, août 13, 2010
Si un professeur est moins bien payé qu'un banquier, est-ce parce qu'il est moins utile ?
Une étude fort intéressante de Raj Chetty, economiste à Harvard a étudié la "valeur créée" par un bon professeur, par rapport à un professeur médiocre. La réponse : 320.000 $, ce qui correspond au gain de salaire auquel pourra prétendre l'étudiant qui aura eu la chance d'avoir un bon professeur. Soit nettement plus que l'éventuel bonus donné à un professeur exceptionnel dans tous les pays du monde
Cette étude rappelle un fait constant dans toutes les études étudiant le niveau de salaire : ce qui fixe le niveau des salaires est en général moins la valeur créée (celle du professeur est forte) que la capacité de celui qui crée cette valeur à s'en attribuer une partie. Ainsi Albert Einstein aura-t-il très nettement moins gagné au cours de sa vie qu'une grande partie des responsables d'activités de titrisation de produits financiers structurés "toxiques".
Cette étude rappelle un fait constant dans toutes les études étudiant le niveau de salaire : ce qui fixe le niveau des salaires est en général moins la valeur créée (celle du professeur est forte) que la capacité de celui qui crée cette valeur à s'en attribuer une partie. Ainsi Albert Einstein aura-t-il très nettement moins gagné au cours de sa vie qu'une grande partie des responsables d'activités de titrisation de produits financiers structurés "toxiques".
jeudi, août 12, 2010
P est-t-il égal à NP ?
Le 6 aout 2010, un chercheur Indien de 39 ans a apporté des éléments (une preuve de plus de 100 pages encore en cours de vérification, avec semble-t-il des doutes à ce stade) d'une démonstration de l'un des problèmes les plus importants des mathématiques algorithmiques : P <>NP - c'est à dire : existe-t-il des problèmes pour lesquels il est facile de vérifier si une solution convient, mais très difficile de trouver une solution.
Pour donner une image plus romantique : faut-il les mêmes capacités, et éventuellement un peu de méthode, pour apprécier une symphonie de Mozard ou "l'Etre et le Néant" et pour les écrire ?
P désigne les problèmes dont les solutions peuvent être systématiquement trouvées dans un temps "court" par rapport à la longueur du problème. Par exemple, trier les éléments d'une liste de taille N peut se faire en un temps inférieur à N^2 (il suffit par exemple de parcourir la liste pour chercher les plus petit, puis de parcours le reste de la liste pour cherche le 2e plus petit, etc...).
NP désigne les problèmes pour lesquels il n'existe pas de méthode systématique permettant de les résoudre en un temps "court" (il leur faut un temps exponentiel avec la taille du problème, c'est à dire qu'il devient très rapidement trop long à résoudre, même pour un ordinateur), alors qu'il est possible de vérifier si une solution est la bonne en un temps court. Par exemple, savoir dans quel ordre mettre des valises de tailles différentes pour remplir le plus possible le coffre d'une voiture est un problème difficile : à part essayer toutes les solutions, il n'existe pas de méthode simple assurant un succès rapide dans tous les cas. C'est compliqué avec 10 valises, très difficile avec 100.000 valises.
Pour savoir si un problème est dans NP, il ne suffit pas d'avoir du mal à trouver une solution : par exemple, la résolution du Rubiks Cube est difficile pour beaucoup de personnes (alors qu'il est très simple de voir s'il a été résolu ou non), mais il existe pourtant des solutions simples et automatisables pour le résoudre. Les chercheurs qui se sont penché sur ces questions ont ainsi identifié un ensemble de problèmes "NP-complets", à la fois difficiles à résoudre, et tels que, si l'un d'entre eux était résolu (c'est à dire si une méthode simple et systématique de résolution était trouvée), alors une méthode simple pour chacun des problèmes "NP" pourrait en être déduite.
Si P n'est pas égal à NP, celà signifie qu'il existera des problèmes dont la solution est facile à vérifier mais pour lesquels personne ne trouvera jamais une solution simple pour les résoudre. Actuellement, on connait actuellement des tas de problèmes durs à résoudre, mais personne n'est sur - à moins que la démonstration de N = NP soit faite - qu'il existe une méthode simple pour leur trouver une solution. Par exemple : remplir un sac ou un coffre, trouver le parcours le plus court possibles passant par une liste de villes, Tétris, gérer des emplois du temps...
Actuellement, la majorité des scientifiques pense que P <> NP, reste à voir si la démonstration de Vinay Deolalikar tient (celà peut prendre du temps, comme ce fut le cas pour le théorème de Fermat, et nécessiter de compléter la preuve actuellement apportée)... Même dans l'hypothèse inverse il aura confirmé la puissance exceptionnelle de l'Inde dans le domaine informatique, et la force du modèle américain de "chasse aux talents"...
Pour donner une image plus romantique : faut-il les mêmes capacités, et éventuellement un peu de méthode, pour apprécier une symphonie de Mozard ou "l'Etre et le Néant" et pour les écrire ?
P désigne les problèmes dont les solutions peuvent être systématiquement trouvées dans un temps "court" par rapport à la longueur du problème. Par exemple, trier les éléments d'une liste de taille N peut se faire en un temps inférieur à N^2 (il suffit par exemple de parcourir la liste pour chercher les plus petit, puis de parcours le reste de la liste pour cherche le 2e plus petit, etc...).
NP désigne les problèmes pour lesquels il n'existe pas de méthode systématique permettant de les résoudre en un temps "court" (il leur faut un temps exponentiel avec la taille du problème, c'est à dire qu'il devient très rapidement trop long à résoudre, même pour un ordinateur), alors qu'il est possible de vérifier si une solution est la bonne en un temps court. Par exemple, savoir dans quel ordre mettre des valises de tailles différentes pour remplir le plus possible le coffre d'une voiture est un problème difficile : à part essayer toutes les solutions, il n'existe pas de méthode simple assurant un succès rapide dans tous les cas. C'est compliqué avec 10 valises, très difficile avec 100.000 valises.
Pour savoir si un problème est dans NP, il ne suffit pas d'avoir du mal à trouver une solution : par exemple, la résolution du Rubiks Cube est difficile pour beaucoup de personnes (alors qu'il est très simple de voir s'il a été résolu ou non), mais il existe pourtant des solutions simples et automatisables pour le résoudre. Les chercheurs qui se sont penché sur ces questions ont ainsi identifié un ensemble de problèmes "NP-complets", à la fois difficiles à résoudre, et tels que, si l'un d'entre eux était résolu (c'est à dire si une méthode simple et systématique de résolution était trouvée), alors une méthode simple pour chacun des problèmes "NP" pourrait en être déduite.
Si P n'est pas égal à NP, celà signifie qu'il existera des problèmes dont la solution est facile à vérifier mais pour lesquels personne ne trouvera jamais une solution simple pour les résoudre. Actuellement, on connait actuellement des tas de problèmes durs à résoudre, mais personne n'est sur - à moins que la démonstration de N = NP soit faite - qu'il existe une méthode simple pour leur trouver une solution. Par exemple : remplir un sac ou un coffre, trouver le parcours le plus court possibles passant par une liste de villes, Tétris, gérer des emplois du temps...
Actuellement, la majorité des scientifiques pense que P <> NP, reste à voir si la démonstration de Vinay Deolalikar tient (celà peut prendre du temps, comme ce fut le cas pour le théorème de Fermat, et nécessiter de compléter la preuve actuellement apportée)... Même dans l'hypothèse inverse il aura confirmé la puissance exceptionnelle de l'Inde dans le domaine informatique, et la force du modèle américain de "chasse aux talents"...
lundi, juillet 19, 2010
Feu les 15 % de rendement...
Au sommet de la bulle internet, dont nombreuses interrogations existaient sur le fameux "rendement de 15%" recherché par les investisseurs dans tout nouveau projet. Une étude très intéressante de McKinsey montre que cette quête du rendement impossible est la norme sur les marchés...
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