Un vieil article de The Economist (1955) à relire : http://www.economist.com/node/14116121
dimanche, août 25, 2013
Libre-échange transatlantique : regardons les faits
Publié dans Le Monde daté du mardi 19 aout 2013.
Le projet de partenariat transatlantique va-t-il attenter, comme on le dit parfois, à notre modèle social ?
Notons d'abord que la suppression des droits de douanes entre l'Europe et les Etats-Unis ne peut pas avoir de telles conséquences. Les échanges concernés, entre pays au niveau de développement comparables, sont plus proches de ceux qui lient la France et l'Allemagne, que de ceux avec les pays à bas coûts ou pratiquant le dumping.
De plus, le mandat exclut d'ores et déjà le secteur audiovisuel, et l'article 8 indique que la négociation devra garantir "un haut niveau de protection de l'environnement, des travailleurs et des consommateurs, préservant l'acquis réglementaire des Etats membres".
Des études réalisées au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France estiment que les gains de l'accord se traduiront par 0,2 % à 0,5 % de richesse supplémentaire à l'horizon d'une dizaine d'années - soit plus de 100 milliards d'euros de revenu annuel en Europe et plus de 100 000 emplois uniquement dans l'Hexagone.
SANS NAÏVETÉ ET SANS PARANOÏA
On peut discuter des modèles, mais il est difficile de contester qu'un tel accord entre une zone - l'Europe - qui sort tout juste de la récession (+ 0,3 % au deuxième trimestre) et un pays - les Etats-Unis - dont la croissance dépassera 2 % en 2013, va dynamiser les débouchés de nos entreprises. Pour un cycliste qui veut accélérer, sans dopage, il n'y a rien de plus efficace que d'être à l'aspiration d'un coureur plus rapide. Or, du seul fait de leur démographie, les Etats-Unis auront à terme 0,5 point de croissance de plus que le Vieux Continent.
Mais interrogeons-nous aussi sur le fond de l'accord. Il s'agit non seulement de réduire les droits de douanes - par exemple sur les produits français importés aux Etats-Unis - mais aussi de simplifier les règles commerciales, notamment grâce à la "convergence des normes".
Aujourd'hui en effet, vendre un réfrigérateur aux Etats-Unis ou en Europe impose aux fabricants des longueurs de câbles électriques différentes. Ceux qui ont en mémoire les avantages apportés par un standard unique de chargeurs de téléphone apprécieront.
Plus généralement, cet accord donnera aux entreprises du Vieux Continent un accès simplifié à un marché représentant 40 % du commerce mondial. Les PME européennes en seront les principales bénéficiaires. Elles pourront accéder au marché américain aussi facilement qu'elles accèdent à leur marché intérieur.
Dans ce cadre, la négociation qui se présente doit être abordée sans naïveté et sans paranoïa. Assurément, les Etats-Unis souhaiteront écarter certains points lors de ces pourparlers ; l'Europe le fera aussi. La France a d'ailleurs déjà précisé sa position sur l'audiovisuel.
LA PRÉFÉRENCE NATIONALE ÉCONOMIQUE, UNE MAUVAISE RÉPONSE
C'est pourquoi, ceux qui agitent le spectre des poulets décontaminés au chlore, de la viande aux hormones ou de l'invasion des organismes génétiquement modifiés ont mal lu la lettre - préservation de l'acquis - du mandat. Ils ont aussi oublié que le texte final ne pourra être appliqué qu'après un vote du Parlement européen : rien ne sera décidé qui ne soit validé démocratiquement.
A l'heure où les Français souffrent de la hausse du chômage et pâtissent de perspectives peu encourageantes dues à une croissance faible, la tentation est grande de jouer la carte de la préférence nationale sociale, c'est-à-dire le refus de l'étranger, et la recherche de boucs émissaires.
La préférence nationale économique, c'est-à-dire le refus d'échanger, est une mauvaise réponse à de vraies questions. Le projet de partenariat transatlantique ne va pas résoudre tous nos problèmes, mais il y a là une belle occasion de soutenir notre modèle social, si l'accord est associé à de réels garde-fous. Tous ces éléments doivent évidemment faire l'objet d'un débat. Mais il serait préférable qu'il soit éclairé par des faits plus que par des préjugés.
Notons d'abord que la suppression des droits de douanes entre l'Europe et les Etats-Unis ne peut pas avoir de telles conséquences. Les échanges concernés, entre pays au niveau de développement comparables, sont plus proches de ceux qui lient la France et l'Allemagne, que de ceux avec les pays à bas coûts ou pratiquant le dumping.
De plus, le mandat exclut d'ores et déjà le secteur audiovisuel, et l'article 8 indique que la négociation devra garantir "un haut niveau de protection de l'environnement, des travailleurs et des consommateurs, préservant l'acquis réglementaire des Etats membres".
Des études réalisées au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France estiment que les gains de l'accord se traduiront par 0,2 % à 0,5 % de richesse supplémentaire à l'horizon d'une dizaine d'années - soit plus de 100 milliards d'euros de revenu annuel en Europe et plus de 100 000 emplois uniquement dans l'Hexagone.
SANS NAÏVETÉ ET SANS PARANOÏA
On peut discuter des modèles, mais il est difficile de contester qu'un tel accord entre une zone - l'Europe - qui sort tout juste de la récession (+ 0,3 % au deuxième trimestre) et un pays - les Etats-Unis - dont la croissance dépassera 2 % en 2013, va dynamiser les débouchés de nos entreprises. Pour un cycliste qui veut accélérer, sans dopage, il n'y a rien de plus efficace que d'être à l'aspiration d'un coureur plus rapide. Or, du seul fait de leur démographie, les Etats-Unis auront à terme 0,5 point de croissance de plus que le Vieux Continent.
Mais interrogeons-nous aussi sur le fond de l'accord. Il s'agit non seulement de réduire les droits de douanes - par exemple sur les produits français importés aux Etats-Unis - mais aussi de simplifier les règles commerciales, notamment grâce à la "convergence des normes".
Aujourd'hui en effet, vendre un réfrigérateur aux Etats-Unis ou en Europe impose aux fabricants des longueurs de câbles électriques différentes. Ceux qui ont en mémoire les avantages apportés par un standard unique de chargeurs de téléphone apprécieront.
Plus généralement, cet accord donnera aux entreprises du Vieux Continent un accès simplifié à un marché représentant 40 % du commerce mondial. Les PME européennes en seront les principales bénéficiaires. Elles pourront accéder au marché américain aussi facilement qu'elles accèdent à leur marché intérieur.
Dans ce cadre, la négociation qui se présente doit être abordée sans naïveté et sans paranoïa. Assurément, les Etats-Unis souhaiteront écarter certains points lors de ces pourparlers ; l'Europe le fera aussi. La France a d'ailleurs déjà précisé sa position sur l'audiovisuel.
LA PRÉFÉRENCE NATIONALE ÉCONOMIQUE, UNE MAUVAISE RÉPONSE
C'est pourquoi, ceux qui agitent le spectre des poulets décontaminés au chlore, de la viande aux hormones ou de l'invasion des organismes génétiquement modifiés ont mal lu la lettre - préservation de l'acquis - du mandat. Ils ont aussi oublié que le texte final ne pourra être appliqué qu'après un vote du Parlement européen : rien ne sera décidé qui ne soit validé démocratiquement.
A l'heure où les Français souffrent de la hausse du chômage et pâtissent de perspectives peu encourageantes dues à une croissance faible, la tentation est grande de jouer la carte de la préférence nationale sociale, c'est-à-dire le refus de l'étranger, et la recherche de boucs émissaires.
La préférence nationale économique, c'est-à-dire le refus d'échanger, est une mauvaise réponse à de vraies questions. Le projet de partenariat transatlantique ne va pas résoudre tous nos problèmes, mais il y a là une belle occasion de soutenir notre modèle social, si l'accord est associé à de réels garde-fous. Tous ces éléments doivent évidemment faire l'objet d'un débat. Mais il serait préférable qu'il soit éclairé par des faits plus que par des préjugés.
jeudi, août 01, 2013
Transition énergétique : tranchons nos paradoxes !
Publié dans Les Echos, le 1er aout 2013
Vincent Champain, Esther Finidori, Pierre Genas, Amine Lamdaouar et Corentin Sivy
Les désaccords sur lesquels se concluent le débat sur la transition ne sont pas en soi un problème – ils démontrent en effet qu’il y a des choix à faire, et qu’ils ne sont pas simples. Mais ils cachent aussi le fait que notre système énergétique a atteint ses limites, qui se traduisent sous la forme d’au moins quatre paradoxes. Persuadés que nous ne trouverons pas de solutions durables si nous ne nous attaquons pas au fond des problèmes, c’est à l’analyse de ces paradoxes et de leurs causes profondes que le pôle « Energie » de Terra Nova s’est livré.
Le premier paradoxe est celui de l’inversion des temps. Il voit les choix de long terme inhérents aux politiques de l’énergie malmenés par des visions de court terme, alors que les investissements énergétiques se situent dans des temps longs. Mais il a également pour cause les défauts fondamentaux dans la façon dont la logique de marché a été introduite dans l’énergie - par exemple, en introduisant le marché là où il aurait été préférable de renforcer la régulation, et à l’inverse, en échouant introduire une vraie concurrence dans le domaine de la production. Pour être résolu, ce paradoxe nécessite que l’Etat reprenne en France un rôle de stratège, qu’il a en grande partie abandonné, et fixe des orientations de long terme stables dans le temps, mais également que l’architecture du marché européen de l’énergie soit revue en profondeur.
Le paradoxe démocratique tient à l’écart entre la place de la transition dans l’agenda politique, et la faible implication des citoyens sur ces sujets. Pour le résoudre, il faut mettre en place les conditions d’une véritable démocratie énergétique, à commencer par une information précise sur les enjeux, les choix possibles, et leurs conséquences, sous une forme qui rende ces informations réellement accessibles à chacun. Ce paradoxe démocratique est également mondial : les débats sur la transition concernent des pays qui ne réalisent qu’une part minoritaire des émissions de CO2. Il est donc nécessaire d’agir de façon volontaire à la fois en France, et en renforçant notre « diplomatie climatique » nationale et européenne.
Le paradoxe de la mobilité, c’est que le sujet contribuant à la majorité des émissions de CO2 fut pratiquement absent des débats. La résolution de ce paradoxe suppose une approche coordonnée là où les différents leviers (urbanisme, transport, stratégie industrielle…) sont actuellement utilisés de façon peu coordonnée. Il est également nécessaire de veiller à ce que chacun puisse accéder à la mobilité économe (par exemple, en n’oubliant pas le gaz, qui présente les coûts d’achats les plus faibles), donner des signaux-prix incitatifs et utiliser davantage le potentiel de l’open data pour permettre à chacun d’optimiser ses déplacements.
Le paradoxe du financement, enfin, est ce cercle vicieux par lequel l’absence d’investissements nous rend plus pauvres. Il peut être levé, comme le montrent les études réalisées en Allemagne. Cela suppose cependant de donner aux investissements nécessaires – souvent de durée longue et de risque faible – des coûts de financements plus proches des taux de retours attendus des infrastructures publiques, que de ceux actuellement exigés par les marchés pour les projets énergétiques. Il est par ailleurs nécessaire, en parallèle, de développer les investissements privés dans l’énergie, autant en assurant aux énergéticiens des prix qui leurs en donnent les moyens, qu’en développant la concurrence là où elle est source d’innovation.
Le débat ne résoudra pas ces paradoxes, et plusieurs d’eux entre nécessitent encore un travail supplémentaire avant de pouvoir donner lieu à des solutions réalistes, notamment s’agissant de la mobilité, la définition d’une architecture alternative pour le système énergétique européen, la conciliation des objectifs nationaux et des contraintes mondiales, ou l’analyse du coût futur pour les entreprises ou les particuliers des différentes options possibles.
Si nous n’y arrivons pas, nous assisterons à la multiplication d’anomalies similaires à celle constatée récemment en France pour la production électrique : des dépenses sans précédent en faveur des renouvelables, et des dispositifs ambitieux pour réaliser des économies largement effacés par l’effet des prix de marché (charbon peu coûteux, flexibilité et faibles émissions du gaz insuffisamment valorisés, prix du carbone insuffisant) conduisant à une hausse des émissions de C02 du mix électrique, en plein débat sur l’énergie !
mercredi, juillet 10, 2013
Les effets de la pollution en Chine : une perte de 2,5 milliards d'année de vie
Les effets de la pollution en Chine : une perte de 2,5 milliards d'année de vie selon la National Academy of Science http://www.pnas.org/content/early/2013/07/03/1300018110
dimanche, juillet 07, 2013
vendredi, juin 21, 2013
Modèles de croissance : ne pas se tromper de guerre !
Paru dans les Echos le 21 juin
Les généraux de temps de paix excellent dans la diplomatie et savent diriger quand il s'agit d'utiliser leur supériorité par rapport à l'ennemi. A l'inverse, les généraux de temps de guerre réussissent des missions impossibles et trouvent les opportunités qui retournent une situation difficile. Les premiers, courtois et soucieux des convenances, se concentrent sur les grandes lignes, laissant leur organisation définir les plans d'action détaillés. Soucieux d'être dans le vrai, les seconds acceptent d'être moins consensuels ; ils sont présents au coeur des batailles à gagner et célèbrent les victoires avec leurs troupes. Sans appétit pour le consensus, ils savent que les opportunités naissent des contradictions exprimées puis résolues.
Il en va de même en entreprise : après avoir créé Apple, Steve Jobs en fut écarté par un ancien de Pepsi, John Sculley, qui développa l'entreprise lors du boom de la micro-informatique des années 1980. Il revient dix ans plus tard pour réinventer Apple et lui éviter la faillite. Comme le note « Forbes », les dirigeants sont adaptés aux périodes de paix ou aux temps de guerre, rarement aux deux. La littérature managériale traite majoritairement de méthodes de temps de paix, périodes auxquelles le succès repose sur la reproduction d'une méthode.
La même distinction vaut en matière économique. Durant les Trente Glorieuses, la France devait réaliser une « croissance d'expansion ». La diriger consistait à utiliser les atouts de notre pays en diffusant des recettes qui marchent (développement des réseaux d'infrastructure, élévation du niveau d'éducation, mise en place d'assurances sociales à couverture large…). C'était le temps des grandes stratégies et de la planification à la française.
Depuis, nous avons rejoint les meilleurs en richesse par heure travaillée et sommes entrés dans une « croissance contrainte », où l'enjeu n'est plus de rejoindre d'autres pays, mais au contraire trouver comment faire mieux qu'eux, tout en assurant emploi et solidarité. Il s'agit de nous donner les moyens de gagner des batailles économiques. De ne pas étouffer ceux qui sont capables de remporter ces batailles dans des visions trop décalées du réel - on pense aux enjeux du prix de l'énergie (compatibles avec une maîtrise des émissions de CO pourvu que les outils utilisés n'ignorent pas les réalités économiques). Ou aux promesses du « big data » (où nous avons des atouts, mais sommes handicapés par la multiplicité des cadres légaux européens). Ou encore aux emplois de service, insuffisamment valorisés alors qu'ils correspondent au profil de la majorité de ceux qui cherchent un emploi.
Vu d'un économiste de temps de paix, nous avons besoin d'une stratégie et d'un modèle dans lequel les entreprises inscriront mécaniquement leur développement. Un économiste de temps de guerre considérera, à l'inverse, qu'il faut laisser les acteurs économiques trouver comment mieux utiliser nos ressources - notamment 15 % de la population active sans emploi - en réduisant les barrières qui font consensus contre elles (part des prélèvements sur le travail, régulations limitant l'initiative économique, excès de centralisation, faiblesse du pilotage par la valeur des services publics…), et en cherchant les meilleures options pour les autres (régulations sociales, répartition des prélèvements…).
Si les tendances telles que le rattrapage des pays émergents ou le niveau de compétition économique mondial sont là pour durer, alors nos décideurs devront être davantage le profil du général de temps de guerre et rechercher la confrontation au réel plus que le consensus. Paradoxalement, cette confrontation réduira le stress du « mal français » : nous n'avons aucune raison de vivre moins bien demain qu'hier, de nous priver du potentiel de production des demandeurs d'emploi ou de ne pas profiter de toutes les innovations à venir. Et de ne pas célébrer ensemble de futures victoires économiques !
mercredi, avril 03, 2013
Le big data vous menace-t-il ?
Chaque minute, 204 millions de mails sont échangés, 47000 applications mobiles sont téléchargées, 3000 photos sont mises en ligne - et 20 personnes sont victimes d'usurpation d'identité. Au total, plus d'un demi teraoctet[1] de données sont échangés. Et ces nombres continueront à augmenter avec l'évolution de l'usage d'internet mais surtout celui de ses « usagers » - il y aura en effet bientôt plus d'objets que de personnes reliés à internet. Votre voiture signalera au concessionnaire un besoin de maintenance évitant une panne et aidera votre assureur à vous proposer une couverture plus adaptée à votre conduite. Votre machine à laver pourra mettre à jour un programme de lavage plus économe. Le réseau électrique indiquera à chaque véhicule électrique le moment le plus opportun pour se recharger en évitant les files d'attente aux bornes. Tous les secteurs bénéficieront ainsi du Big Data, c'est à dire de l'analyse de masses considérables de données d'origines (réseaux sociaux, blogs, capteurs...) et de formats (textes, videos, géolocalisation ...) multiples.
Quel impact sur la sécurité ?
Le potentiel de ces technologies est considérable, mais il soulève des craintes en matière de sécurité qui le sont tout autant : si les données, autrefois limitées à l'usage pour lequel elles étaient collectées (comme identifier son client pour un commerçant) voient leur utilisation se multiplier à l'infini, ne va-t-on pas aussi multiplier les risques à l'infini ? Le développement des solutions big data reposant sur de grandes masses de données hébergées par des solutions matérielles et logicielles diverses et déployées sur des réseaux parfois externes, ne va-t-il pas augmenter à la fois les points de vulnérabilité, et l'ampleur des conséquences en cas d'attaque ?
Le potentiel de ces technologies est considérable, mais il soulève des craintes en matière de sécurité qui le sont tout autant : si les données, autrefois limitées à l'usage pour lequel elles étaient collectées (comme identifier son client pour un commerçant) voient leur utilisation se multiplier à l'infini, ne va-t-on pas aussi multiplier les risques à l'infini ? Le développement des solutions big data reposant sur de grandes masses de données hébergées par des solutions matérielles et logicielles diverses et déployées sur des réseaux parfois externes, ne va-t-il pas augmenter à la fois les points de vulnérabilité, et l'ampleur des conséquences en cas d'attaque ?
Notons d'abord qu'il est souvent plus aisé d'accéder à une donnée sensible grâce à des vulnérabilités humaines (obtenir par ruse des informations au téléphone, s'introduire dans un bâtiment sous une fausse identité...) qu'en tirant partie de failles techniques. D'autre part, les bases de données classiques concentrent souvent dans un même lieu des données structurées alors que les données du Big Data se présentent à prime abord sous des supports distribués et peu accessibles. Enfin, un fichier client peut se copier sur la carte mémoire d'un téléphone. Ce n'est pas le cas pour une masse de données de plusieurs pétaoctets, dont le temps de téléchargement est également prohibitif (plusieurs années). Le Big Data rend par ailleurs possible de nouveaux outils [2] qui utilisent sa puissance pour déjouer les attaques des pirates, par exemple en détectant en temps réel les transactions bancaires suspectes.
Plus de moyens de contrôle
Soulignons enfin que, géré de façon professionnelle, un projet de Big Data s'accompagne généralement d'une augmentation des moyens consacrés à la sécurité de données au regard des risques potentiels. Il existe en effet de nombreuses techniques pour protéger l'anonymat, qu'il s'agisse de méthodes de collecte (confier le traitement de données ne devant pas être rapprochées à des entités indépendantes), d'algorithmes de hachage (qui permettent de masquer l'identité des personnes) ou de contraintes portant sur les requêtes pour rendre impossibles l'identification des personnes, même indirecte.
Une régulation compétitive pour pérenniser notre modèle de protection
Le développement du Big Data fait l'objet d'une concurrence mondiale intense entre entreprises et entre Etats. Pour avoir une chance d'en influencer les normes, notamment de protection des données individuelles, nous devrons être à la fois présents et compétitifs. Pour cela, il faudra relever trois défis:
Le développement du Big Data fait l'objet d'une concurrence mondiale intense entre entreprises et entre Etats. Pour avoir une chance d'en influencer les normes, notamment de protection des données individuelles, nous devrons être à la fois présents et compétitifs. Pour cela, il faudra relever trois défis:
- Le défi de la vision et des moyens
Alors que le volume des données augmente de 40 % par an, les budgets informatiques progressent dix fois moins vite. Nous manquons de compétences propres au Big Data, qu'il s'agisse de « data scientists » disposant à la fois de compétences statistiques, en programmation et en architecture informatique, de « business analysts » capables de traduire les résultats de ces analyses en opportunités commerciales, ou de spécialistes en « Big Sécurité ». Par ailleurs, hormis les directeurs informatiques, rares sont les membres de comité exécutif maîtrisant ces enjeux. De ce fait, très peu d'entreprises disposent d'une feuille de route operationnelle en matière de Big Data.
- Le défi de la sécurité des données
Le Big Data manipule des données qui doivent être protégées conformément à une législation à la fois fluctuante dans le temps et selon les Etats. Une fuite de données sensibles peut entacher durablement l'image de marque d'une organisation et causer de coûteux contentieux. Ces risques peuvent tout à fait être maîtrisés par une conception adaptée des projets, et grâce à des audits limitant les dérives ultérieures. Mais cette maîtrise ne s'improvise pas, et sera difficile à réaliser sans l'appui d'un partenaire ayant développé une compétence forte (par exemple, un fournisseur d'équipements) ou d'un conseil spécialisé.
- Concilier régulation et stratégie d'innovation
Dans le domaine du téléphone mobile, l'Europe a su faire de sa norme GSM un avantage compétitif permettant un développement du mobile plus rapide qu'aux Etats-Unis. A l'inverse, c'est en grande partie en raison de l'existence de langues multiples en Europe que les initiatives de moteurs de recherche européens ont rapidement été dominées par leurs concurrents américains, capables de s'adresser avec le même produit à des centaines de millions d'utilisateurs parlant la même langue. En matière de Big Data, les entreprises sont en Europe dans le deuxième cas, soumises à un patchwork de lois conçues dans une vision traditionnelle de collecte, de stockage et d'utilisation prévisible et ordonnancée des données, difficilement transposable aux données massives. Elles se battent face à la compétition mondiale avec des handicaps que n'ont pas leurs concurrents. Un travail important est donc encore nécessaire pour définir un cadre qui soit à la fois protecteur des libertés individuelles, et favorable au développement du Big Data, tout en profitant des atouts offerts par la technologie pour maintenir - et même souvent renforcer - ce niveau de protection.
Au total, l'efficacité et la réactivité avec laquelle nous adopterons, au niveau Européen, une telle approche de la régulation du Big Data déterminera notre capacité à développer des champions en Europe - centres de recherche de groupes mondiaux, ou entreprises européennes. Dans le cas inverse, ces développements se feront ailleurs, et nous serons triplement perdants : nous perdrons des emplois à valeur ajoutée, nous passerons à côté de l'essentiel des bénéfices économiques et nous n'aurons aucune prise sur les standards de protection de données qui nous seront imposés de l'extérieur.
[1]Un teraoctet = mille gigaoctets = mille milliards de caractères
[2]Voir par exemple le site de la CNIL
lundi, avril 01, 2013
Economiques, sociales et politiques : les révolutions du « big data », et pourquoi s’en réjouir
Quel
serait la plus grosse surprise d’une personne vivant dans les année
80, et qui serait projetée dans la France d’aujourd’hui ?
Peut-être de savoir que chacun peut, grâce à un équipement qui
tient dans sa poche, accéder à la quasi-totalité du savoir de
l’humanité de façon quasi-immédiate. Mais sans doute davantage
de constater qu’internet sert en grande partie pour échanger ses
états d’âmes sur des sites sociaux, regarder des photos de chats
ou écouter des chanteurs Coréens à la mode…
Vision
excessive ? Critique facile ? Sans doute ! Mais elle a
le mérite d’illustrer que nous sommes encore très loin d’avoir
ne serait-ce qu’effleuré toutes les possibilités offertes par les
réseaux de données. C’est du reste le cas de toutes les grandes
innovations : elles se diffusent d’abord lors d’une phase de
« substitution ».Dans cette phase, l’innovation se
diffuse en remplaçant d’une façon plus efficace des technologies
anciennes – c’est ainsi que l’éclairage électrique a
remplacé la bougie, la voiture les calèches ou les métiers à
tisser mécanique ont remplacé les tisserands. L’innovation permet
alors de faire mieux ou plus vite ce qu’on faisait déjà avant, en
« cannibalisant » des technologies moins adaptées – la
fameuse « destruction créatrice » théorisée par
Schumpeter.
Vient
ensuite un temps « d’extension des possibles », dans
lequel apparaissent de nouvelles possibilités impossibles à
réaliser auparavant. C’est ainsi que les révolutions successives
des transports ont bouleversé notre façon de produire – rendant
possible, par exemple, la conception en Californie, la production en
Chine à partir de composants venant d’Asie du Sud Est, et les
ventes en France. Le développement des assurances publiques et
privées a accompagné l’évolution de notre façon de vivre
ensemble –la cellule familiale traditionnelle a évolué au fur et
à mesure qu’apparaissaient d’autre moyens de de s’assureur
face à la vieillesse, la maladie ou le chômage. La diversification
des médias a changé notre relation au pouvoir politique, d’un
monde « ORTF » dominé par une information descendante, à
la multiplication des chaînes de radio ou de télévisions, comme
des think tanks qui constituent autant de contrepouvoirs critiques.
Malgré
les apparences, cette phase « d’extension des possibles »
est encore balbutiante dans le domaine du numérique. Le « big
data » (c’est-à-dire l’existence de bases de données
gigantesques) et « l’internet des choses »
(c’est-à-dire la possibilité pour les objets et les machines à
communiquer entre eux et avec nous) nous annoncent en effet des
évolutions sans précédents.
Dans
le champ économique, l’internet industriel va permettre une
accélération de la productivité : en plaçant sur les
machines (moteurs d’avions, turbines électriques, …) des
capteurs et de la puissance de calcul, nous les rendront plus rapides
et plus efficaces. Une meilleure gestion de la puissance des moteurs
permet déjà de réduire leur consommation.
Les
centrales électriques pourront ajuster leur production plus finement
à la demande et réduire ainsi les pertes : fournir rapidement
de l’énergie en cas de besoins (souvent imprévisibles), arrêter
la production quand la demande baisse (et économiser ainsi de
l’énergie). L’imagerie médicale ira de plus en plus au-delà de
la traditionnelle « radio » pour être numérique. Elle
permettra de construire des modèles en trois dimensions pour
améliorer les diagnostics, guider à distance le geste du chirurgien
ou permettre d’imprimer en trois dimensions des prothèses sur
mesure – pour remplacer une hanche, une dent, et peut-être un jour
un cartilage, voir certains organes. Un mélange de capteurs et de
systèmes experts permettra également d’optimiser l’utilisation
des infrastructures : dans le domaine ferroviaire, ils
permettront à la fois d’améliorer la sécurité et évitant tous
les accidents liés à un défaut de coordination et d’augmenter
le nombre de trains pouvant utiliser le réseau à un moment donné –
tâche que l’ouverture à la concurrence du rail va rendre
particulièrement critique. Dans le domaine automobile, nous
disposerons d’automobiles– électriques ou au gaz – qui
communiqueront avec les autres véhicules qui partagent la route avec
nous ainsi qu’avec les panneaux de signalisation pour augmenter le
trafic, raccourcir les trajets et éviter les accidents.
Dans
le champ politique, nous n’avons probablement qu’effleurés les
changements liés au « big data », notamment à cause du
manque de données ! Notons d’abord les changements intervenus
dernièrement, à commencer par le débat sur le « chiffrage
des programmes ». Nés grâce au web. Sans internet, en effet,
personne n’aurait eu la force de frappe permettant à la fois de
poser des questions - les promesses faites dans les campagnes
présidentielles sont-elles réalisables – et d’apporter des
éléments de réponse. Débuté en 2007 par l’initiative d’un
think tank – l’Institut de l’Entreprise – ce débat a conduit
des millions de personnes à venir consulter les informations sur le
chiffrage. Au point d’être largement imité cinq ans plus tard par
d’autres think tanks, ainsi que les partis eux-mêmes, qui annexent
désormais un budget à leur programme présidentiel – cas unique
dans le monde ! Avec des conséquences heureuses : d’abord,
plus aucun parti ne peut aborder la campagne présidentielle comme un
« mirobolathon » consistant à aligner les promesses à
chaque catégorie d’électeurs. Une cohérence s’impose sur le
coût de la somme des promesses. C’est également l’existence
d’une « feuille de route financière » permet, par
exemple, au président François Hollande de pouvoir annoncer dès la
première année des orientations fiscales pour 5 ans – une
visibilité cruciale pour les investisseurs français et étrangers.
Mais il reste encore beaucoup à faire. En effet, la rigueur sur les
comptes ne servirait à rien si elle n’était pas accompagnée
d’une plus grande rigueur sur la valeur ajoutée des politiques
publiques. L’Europe dans son ensemble a encore des progrès à
faire dans ce domaine : alors qu’elle dispose du service
public le plus important du monde, pratiquement aucun des principaux
efforts pour fournir des données sur la valeur de ces services ne
vient d’Europe – qu’il s’agisse du classement de Shangai, de
le mesure de l’efficacité de la réglementation de la Banque
Mondiale, ou de la comparaison mondiale des systèmes éducatifs de
l’OCDE. Autrement dit, la première étape du « big data »
- l’existence de données – fait défaut. Ou plus précisément,
nous disposons de données très détaillées sur les coûts,
mais d’à-peu-près rien sur la valeur
de l’action publique ! Le premier pas serait donc de
développer ces mesures de valeur ajoutée des services essentiels :
en quoi notre système de formation augmente les chances d’obtenir
un emploi et répondent aux besoins des entreprises ? en quoi
notre système éducatif atteint-il son objectif d’enseignement des
savoirs essentiels et de donner à nos enfants les armes pour
s’insérer dans la société – à commencer la confiance en
eux-même ? en quoi notre système de santé répond aux besoins
de santé ? en quoi notre système d’accompagnement des
demandeurs d’emploi accélère-t-il le retour à l’emploi ?
Dans aucun de ces domaines il n’existe de « big data »
- au mieux des études ponctuelles ou des audits administratifs, et
c’est là que se situe l’enjeu le plus important pour les années
à venir.
Dans
le domaine social, enfin, le « big data » recèle à la
fois des opportunités et des menaces. Sans minimiser l’attention
qui nécessite le second point, notre pays est probablement l’un
des plus avancés en termes de contrôle des menaces – la
protection des données individuelles est en Europe plus stricte
qu’ailleurs, et en France plus stricte qu’en Europe. Les
opportunités ont parfois été questionnées – certains voyant
dans les adolescents qui tchattent devant leur ordinateur une
négation des relations sociales. Le numérique, un mode mineur de
relation ? A voir ! Les chercheurs qui se sont penchés sur
le bonheur (par exemple :
http://www2.warwick.ac.uk/fac/soc/economics/staff/academic/oswald/ijeclarkos.pdf)
constatent que trois choses principales affectent le bonheur :
la santé, l’emploi et la présence d’une âme sœur. Les deux
premiers relèvent de services publics, ou font à minima l’objet
d’interventions publiques significatives. Le troisième relève
d’institutions variables selon le lieu et le temps : si les
familles jouent un rôle dans de nombreux pays, l’école,
l’université ou le travail sont chez nous le premier lieu de
rencontre. Un seul pays dans le monde – Singapour – a choisi de
confier cette tâche à un service public, véritable « Pôle
Emploi des cœurs ». Pour tous les autres, les réseaux sociaux
ou les sites de rencontre jouent un rôle croissant. Et si l’on
sort des questions de cœur, beaucoup ont pu retrouver un ami perdu
de vue ou démarrer une amitié grâce aux recommandations d’un
site social. Et cette tendance est probablement appelée à se
développer. Car c’est là que réside la promesse du « big
data » dans le domaine social : explorer notre préférence
ou nos choix, pour élargir nos horizons en nous faisant accéder à
des possibilités nouvelles, et inaccessibles auparavant. L’un des
plus anciens exemples dans ce domaine est Jester
(http://eigentaste.berkeley.edu), l’outil de recommandation de
blagues en ligne, qui se base sur les préférences des internautes,
ainsi que sur vos appréciations pour vous proposer des blagues qui
sont de plus en plus adaptées à votre sens de l’humour. Cette
technique de « filtrage collaboratif » a pour le moment
surtout été utilisée dans le domaine commercial, et de façon
limitée – par exemple pour vous suggérer des livres correspondant
à votre style. Elle pourrait nous ouvrir des esp aces beaucoup plus
larges – nous faire par exemple découvrir des styles de musiques
correspondant à nos lectures, des vacances en ligne avec nos
restaurants favoris, ou des personnes qui, ailleurs dans le monde,
ont ri aux mêmes films. Les réseaux sociaux n’ont fait
qu’effleurer ces possibilités…
Le
« big data » est l’expression à la mode pour exprimer
une idée finalement simple : jusqu’à présent, nous avons
surtout utilisé internet pour faire plus rapidement ce que nous
faisions déjà avant. Ca faisant, nous accumulons des quantités
considérables de données de toutes natures. A l’avenir, l’analyse
automatique de ces données nous permettra d’identifier des
aiguilles dans la botte de foin des informations disponibles. Elle
ouvrira de nouveaux espaces économiques qui permettront plus de
croissance en utilisant mieux les équipements industriels. Elle
révolutionnera également la politique en permettant un meilleur
contrôle des citoyens sur leur vie et sur ceux auxquels ils la
confient. Elle renforcera enfin nos relations, en nous ouvrant des
espaces de découverte supplémentaires. Nous pas en noyant les
relations humaines dans les « eaux glacées » d’échanges
numériques, mais au contraire en nous offrant des passerelles avec
les quelques personnes qui, parmi des milliards d’internautes,
partageront avec nous passions ou émerveillements.
Vincent
Champain,
Economiste
et président de l’Observatoire du Long Terme
Libellés :
big data,
démocratie 2.0,
e-democracy,
e-démocratie,
politique 2.0
samedi, mars 16, 2013
Healthcare productivity is better than you think
Published in French in Les Echos, 03/04/2013
A Mozart string quartet takes just as long to
play in 2012 as it did in the 18th century. That is why the price of
live performances has not gone down, unlike the price of most products that
have experienced an increase in productivity. This is what economist William
Baumol calls the “cost disease.” This disease concerns services based
essentially on professionals’ time and skills – in the case of healthcare,
doctors, caregivers and healthcare workers in general.
And yet, significant progress
has been made in the field of cancer treatments. Development of surgical
techniques leads to less invasive operations and fewer complications. Digital
imagery, combined with specific markers, makes for greater certainty in
diagnoses and more targeted procedures. The digital revolution in medicine
enhances both the quality and productivity of healthcare. It transforms medical
techniques (digital or robotic imagery), patient care (data analysis to better
target procedures and reduce costs) and access to treatment (sharing medical
images through networks, thus reducing test duplications and the exodus of
doctors from certain regions). Unfortunately, this progress is not always
visible: when a factory worker increases his output by 50% in return for a 20%
raise, statistics show increased productivity. If the healthcare system reduces
the mortality rate of cancer by 50% thanks to a 5% increase in costs,
statistics only show the cost increase. Healthcare is not in the grip of a
“cost disease;” it is suffering from an imperfect assessment of its value! To
solve this problem, we need better to improve the way we measure both the value
of healthcare procedures and the quality and rapidity of treatments at the
national level, and the way we benchmark this value at the European level. Of
course, healthcare cannot be reduced to mere statistics, but it deserves more
than the sole costs numbers.
Furthermore, our country has undeniable
industrial strengths: world-renowned practitioners, cutting-edge research
facilities such as the Gustave Roussy Institute, Inria and the Atomic Energy
and Alternative Energies Commission, innovative start-ups such as Medtech (a robotic
surgery specialist) and world-class production sites and centers of expertise,
such as General Electric’s mammogram equipment production site in Buc. However,
we are not the only ones who want to develop this sector. There is little
chance of France winning this worldwide competition without a truly industrial
healthcare strategy.
This
is particularly true in the field of digital healthcare, where we need a
strategy to develop not only infrastructure, but contents and uses as well.
Regarding infrastructure, the problem has less to do with “technical” layers
(networks or hosting solutions) than these layers’ interaction with equipment
of diverse origins, not to mention change management to bring hospital professionals
on board. When it comes to content and use, France rolls out four times fewer
digital imagery systems than Denmark. We are closing the gap thanks to regional
“cloud” projects, but it is essential to continue guiding and encouraging these
projects at the national level.
Rather than “cost disease,” our
healthcare industry is suffering from a two-fold vision problem: it is both
far-sighted, as it has trouble seeing its own advantages close-up, and
short-sighted, as it is unable to make out a long-term industrial strategy that
would help develop its strengths.
Libellés :
cancer,
e-health,
healthcare productivity,
imagery,
r d investment
lundi, mars 04, 2013
Le système de santé est-il victime de la malédiction des coûts, ou d'une insuffisance d'évaluation ?
Il faut en 2012 autant de temps qu'au XVIIIe siècle pour exécuter un quatuor à cordes de Mozart. Et c'est pourquoi le prix des spectacles vivants ne baisse pas par rapport à celui de la plupart des produits qui connaissent des gains de productivité - ce que l'économiste William Baumol appelle la « malédiction des coûts ». Cette malédiction concerne les services qui reposent surtout sur le temps et le talent de professionnels - dans le cas de la santé, médecins, soignants et l'ensemble des personnels.
Pourtant, des avancées significatives ont été réalisées dans le traitement du cancer. Le développement des techniques chirurgicales permet des opérations moins invasives et avec moins de complications. L'imagerie numérique, combinée à des marqueurs spécifiques, permet de rendre les diagnostics plus sûrs et de mieux cibler les interventions. La révolution numérique médicale améliore autant la qualité que la productivité des soins. Elle bouleverse les techniques médicales (imagerie numérique ou robotique), le suivi des patients (l'analyse des données permettant de mieux cibler le suivi et d'en réduire les coûts) ou l'accès aux soins (le partage d'images médicales en réseau réduisant les doubles examens tout en offrant des solutions aux problèmes de désertification médicale).
Ces progrès sont malheureusement peu visibles : quand un ouvrier produit deux fois plus pour un salaire en hausse de 20 %, les statistiques enregistrent une hausse de la productivité. Si le système de santé réduit de 50 % la mortalité d'un cancer pour 5 % de coûts en plus, les statistiques n'enregistrent que la hausse des coûts. Plutôt que d'une malédiction des coûts, c'est de l'insuffisance de l'évaluation qu'est victime le système de santé ! Pour y remédier, il est nécessaire d'améliorer la mesure de la valeur apportée par les soins et la qualité ou la rapidité de prise en charge au niveau national, voire au niveau européen. Non que la santé puisse se réduire à des statistiques, mais parce qu'elle mérite mieux que le seul pilotage par les coûts.
Par ailleurs, notre pays dispose d'atouts industriels certains : des praticiens renommés mondialement, des établissements de recherche de pointe comme l'Institut Gustave Roussy, l'Inria ou le CEA, des start-up innovantes comme Medtech (spécialiste du robot chirurgical) ou des centres d'expertise et de production de classe mondiale, tels que ceux de General Electric à Buc pour la mammographie. Cependant, nous ne sommes pas seuls à vouloir développer ce secteur. Il est donc peu probable que la France gagne cette concurrence mondiale sans une véritable stratégie industrielle de santé.
C'est particulièrement vrai dans le domaine de la santé numérique, où nous avons besoin d'une stratégie développant à la fois les infrastructures, les contenus et les usages. S'agissant des infrastructures, le problème se situe moins au niveau des couches « techniques » (réseaux ou solutions d'hébergement) qu'au niveau de leur articulation avec des équipements de toutes origines et, surtout, de la conduite du changement assurant une adhésion des professionnels. S'agissant des contenus et des usages, le déploiement de dispositifs d'imagerie numérique est en France le quart de ce qu'il est au Danemark. Ce retard est en train d'être rattrapé grâce aux projets de « clouds » régionaux, mais le niveau national doit continuer à encourager et accompagner ces projets.
Plutôt que d'une malédiction des coûts, notre santé est donc davantage victime d'un double problème de vue : à la fois hypermétrope, car elle voit difficilement de près ses propres bénéfices, et myope avec des difficultés à voir au loin une stratégie industrielle permettant d'en développer les atouts.
Paru dans Les Echos le 4 mars 2013
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lundi, février 25, 2013
Pour sortir de la crise, la fin du temps de l’innocence ?
Face aux difficultés à joindre les deux bouts, notre pays en crise peine à se projeter dans l’avenir et à retrouver l’envie et les moyens à changer la vie de la prochaine génération. Paradoxalement, c’est pourtant là que réside le début du cycle et la sortie de crise, en débloquant trois leviers, collectifs, individuels et financiers.
Collectivement, il faut accepter un “devoir de vérité”. C’est l’esprit des accords compétitivité emploi, qui permettent d’ajuster les coûts plutôt que l’emploi. Ce sont les “stress test” des banques, la maitrise des déficits publics ou la fameuse “paille de fer” passée par les nouveaux dirigeants sur les comptes de leur entreprise. Car rien ne se construit sur des objectifs intenables ou des comptes faux. Il faut ensuite retrouver une confiance collective suffisante pour construire à nouveau. Francis Fukuyama soulignait six critères communs à tous les groupes humains (pays, tribus … ou entreprises) caractérisés par une forte confiance mutuelle : l’existence de sous-groupe de taille humaine (tels les 50 personnes qui forment le chantier, brique élémentaire même dans les projets les plus gigantesques), l’existence de frontières nettes permettant de définir qui fait partie du groupe, l’intensité des relations en son sein, l’existence de valeurs et d’une culture commune, le niveau de justice entre les membres et, enfin, le niveau de transparence au sein du groupe. Autant de critères presque désuets à l’ère de la mondialisation, des amis facebook et des anonymous...
Individuellement, nous devons retrouver la capacité à construire l’avenir. Nous avons besoin d’entrepreneurs innovants pour inventer de nouveaux marchés. Mais nous avons également besoin d’intrapreneurs, qui vont bousculer les grandes entreprises ou les administrations. Car si certaines innovations naissent dans des startups, d’autres nécessitent une infrastructure ou des moyens qu’on ne trouve que dans des entreprises devenues grandes. L’ignorer c’est nous condamner à voir des innovations en France mais les développements à l’étranger.
Nous devons enfin donner des moyens à nos rêves. C’est vrai pour l’Etat, dont les investissements sont la première victime des réductions de déficit. Alors qu’il faudrait faire l’inverse : moins de déficits, mais plus d’investissements, autant pour préparer la croissance de demain que pour préserver celle d’aujourd’hui. Car le “multiplicateur” (l’augmentation de croissance induite par une hausse de dépenses) des investissements est de loin le plus élevé. C’est aussi vrai pour les entreprises, dont les dépenses de recherche pâtissent de la crise. A cet égard la stabilisation du crédit impôt recherche pour 5 ans est salutaire. L’appui au commerce extérieur l’est tout autant : aucune entreprise n’investissant sans marchés, il est nécessaire d’aller la chercher ailleurs la croissance qui nous fait défaut pour le moment.
Dans une économie où plus de la moitié des fonds des entreprises cotées viennent de l’étranger, ces derniers doivent enfin retrouver de notre pays une image davantage tournée vers l’avenir, et marquée par des valeurs plus positives qu’une taxe à 75 % ou les imprécations d’un fabricant de pneumatiques provocateur. Sans remettre en cause la solidarité envers les innocents touchés par la crise, la reprise ne viendra que lorsque nous arriverons à convaincre le monde de partager nos rêves d’avenir. Pour cela, commençons par mettre ces rêves au centre de nos débats !
samedi, février 23, 2013
Prix du carbone : le charbon brûle et nous regardons ailleurs...
Les émissions de CO2 ont des effets néfastes qui font l'objet d'un consensus large, notamment dans le fameux rapport Stern de 2006 qui a analysé le coût du changement climatique (voir aussi sur le site de la Nasa). Ce rapport avait été jugé alarmant. Or Lord Stern déclarait récemment que la situation était en fait bien pire qu'il l'avait analysé. Dans le même temps, malgré tous les discours sur l'énergie verte, les centrales à charbon tournent à plein régime en Europe, le prix du charbon (que les Etats-Unis exportent) devenant plus compétitif que le gaz (que les Etats-Unis n'exportent pas) ! Et ceci, dans l'indifférence générale compte tenu de la complexité des mécanismes en jeu...
Il y a quelques années, les émissions de CO2 n'étaient pas encadrées. Et, de fait, interdire purement et simplement les émissions de CO2 serait difficile car chacun en produit en respirant ! La voie la plus réaliste consiste donc à se concentrer sur les usages les plus importants ou pouvant être régulés (industrie, hydrocarbures,...) et les techniques permettant d'absorber le CO2 (la reforestation ou la capture et séquestration du carbone, qui consiste à absorber le CO2 produit par certaines industries pour éviter qu'ils ne soit émis dans l'atmosphère), en cherchant des mécanismes qui incitent chacun à produire moins de CO2 ou à compenser ses émissions de CO2, tout en évitant des effets trop négatifs du point de vue économique. Par ailleurs, les conséquences des émissions de CO2 sur le climat étant globales, tout effort porté dans un pays mais pas dans le reste du monde aurait pour seul effet de déplacer une partie des industries émettrices de CO2 (et les emplois qui vont avec) vers les pays les plus laxistes?
Consciente du problème, l'Europe a été la première à se doter d'un système visant à réduire les émissions, l'ETS (Emission Trading System). Ce système est relativement complexe, car il vise à concilier deux objectifs contraires : donner des incitations aux gros émetteurs de CO2 à réduire leurs émissions, en évitant que cette contrainte ne soit ingérable du point de vue économique. Ce système couvre plus de 10.000 sites industriels, et définit pour l'ensemble de ces sites un objectif (décroissant) d'émissions de CO2. Chaque site reçoit des permis d'émission, et ceux qui dépassent les émissions prévues doivent acheter des permis, ceux qui émettent moins que prévu peuvent céder leur permis. La cible d'émissions étant ajustée au cours du temps, ce système permet donc de pousser les sites concernés à réduire leur émissions, tout en "minimisant la douleur" : cette réduction sera en effet concentrée sur les sites qui peuvent réduire à moindre coût (qui céderont leurs permis à ceux pour lesquels ces coûts seraient prohibitifs). Ce marché permet également de faire apparaître un "prix du carbone" (celui des permis d'émission) qui donne une valeur de repère pour ceux qui veulent inventer des techniques de réduction du CO2 et les proposer aux industriels.
La crise est cependant venu perturber ce système, puisque l'activité industrielle s'est fortement réduite, ce qui permet de remplir les objectifs d'émission avec moins d'efforts que prévu. Celà se traduit sur les prix du CO2, qui sont tombés à 4€ la tonne. A titre de comparaison une étude menée par Alain Quinet sur ce sujet montrait qu'émettre du CO2 devrait "coûter" environ 30 € la tonne pour arriver à un point où l'émetteur de CO2 paye pour les effets négatifs de ses émissions. Ce prix bas du carbone a des conséquences importantes : hausse des importations de charbon en Europe (facilitées par ailleurs par la baisse du prix du charbon) brûlé dans les centrales électriques, net ralentissement du développement d'énergies plus propres (gaz), arrêt de projets de recherche (notamment le stockage et la séquestion du CO2)...
Afin de tenter de "réparer" ce marché, la Commission Européenne a proposé, et obtenu un vote sur un système de "mise en réserve" des permis d'émissions, qui seront retirés du marché de façon temporaire. A ce jour, cette proposition n'a cependant eu qu'un effet modeste sur le prix du carbone.
Le résolution du problème n'en est donc qu'à ses débuts. Pour avancer il faudra
- que d'autres zones que l'Europe se dotent de systèmes similaires, afin de permettre d'accélérer la contrainte sur les émissions sans risque de voir se déplacer ces industries dans les pays les plus laxistes. A cet égard les intentions des USA et de la Chine sont un très bon signal, mais qui doit être transformé..L'alternative serait une taxe sur le carbone importé (difficile à concilier avec les accords de libre échange) ou une taxe sur le carbone consommé (sorte de "tva carbone") ;
- que le système évolue afin de conduire à un prix du CO2 "économique" (de l'ordre de 30 €/tonne), soit parce que le redémarrage économique ramène le prix sur la trajectoire initialement prévue, soit par une évolution de ce système (prix plancher, taxe complémentaire,...). A l'inverse, il est cependant nécessaire de donner enfin aux industriels un système stable, lisible et sans distorsions de compétitivité : les réformes devront être suffisamment profondes pour régler durablement le problème ;
- enfin, et surtout, faire preuve de pédagogie à la fois sur les conséquences des émissions de CO2 (la crise a fait sortir la question du climat des débats, et rend les conséquences en termes d'emploi d'autant plus sensibles), et les enjeux certes complexes mais absolument essentiels des marchés de carbone.
Entretemps, la situation du climat ne va pas s'améliorer. Et on peut s'étonner que ce sujet semble beaucoup moins mobiliser que, par exemple, la taxe "Tobin", alors que l'efficacité de la réduction des émissions de carbone sur le climat fait nettement plus consensus que l'intérêt d'une taxe sur les transactions...
Il y a quelques années, les émissions de CO2 n'étaient pas encadrées. Et, de fait, interdire purement et simplement les émissions de CO2 serait difficile car chacun en produit en respirant ! La voie la plus réaliste consiste donc à se concentrer sur les usages les plus importants ou pouvant être régulés (industrie, hydrocarbures,...) et les techniques permettant d'absorber le CO2 (la reforestation ou la capture et séquestration du carbone, qui consiste à absorber le CO2 produit par certaines industries pour éviter qu'ils ne soit émis dans l'atmosphère), en cherchant des mécanismes qui incitent chacun à produire moins de CO2 ou à compenser ses émissions de CO2, tout en évitant des effets trop négatifs du point de vue économique. Par ailleurs, les conséquences des émissions de CO2 sur le climat étant globales, tout effort porté dans un pays mais pas dans le reste du monde aurait pour seul effet de déplacer une partie des industries émettrices de CO2 (et les emplois qui vont avec) vers les pays les plus laxistes?
Consciente du problème, l'Europe a été la première à se doter d'un système visant à réduire les émissions, l'ETS (Emission Trading System). Ce système est relativement complexe, car il vise à concilier deux objectifs contraires : donner des incitations aux gros émetteurs de CO2 à réduire leurs émissions, en évitant que cette contrainte ne soit ingérable du point de vue économique. Ce système couvre plus de 10.000 sites industriels, et définit pour l'ensemble de ces sites un objectif (décroissant) d'émissions de CO2. Chaque site reçoit des permis d'émission, et ceux qui dépassent les émissions prévues doivent acheter des permis, ceux qui émettent moins que prévu peuvent céder leur permis. La cible d'émissions étant ajustée au cours du temps, ce système permet donc de pousser les sites concernés à réduire leur émissions, tout en "minimisant la douleur" : cette réduction sera en effet concentrée sur les sites qui peuvent réduire à moindre coût (qui céderont leurs permis à ceux pour lesquels ces coûts seraient prohibitifs). Ce marché permet également de faire apparaître un "prix du carbone" (celui des permis d'émission) qui donne une valeur de repère pour ceux qui veulent inventer des techniques de réduction du CO2 et les proposer aux industriels.
La crise est cependant venu perturber ce système, puisque l'activité industrielle s'est fortement réduite, ce qui permet de remplir les objectifs d'émission avec moins d'efforts que prévu. Celà se traduit sur les prix du CO2, qui sont tombés à 4€ la tonne. A titre de comparaison une étude menée par Alain Quinet sur ce sujet montrait qu'émettre du CO2 devrait "coûter" environ 30 € la tonne pour arriver à un point où l'émetteur de CO2 paye pour les effets négatifs de ses émissions. Ce prix bas du carbone a des conséquences importantes : hausse des importations de charbon en Europe (facilitées par ailleurs par la baisse du prix du charbon) brûlé dans les centrales électriques, net ralentissement du développement d'énergies plus propres (gaz), arrêt de projets de recherche (notamment le stockage et la séquestion du CO2)...
Afin de tenter de "réparer" ce marché, la Commission Européenne a proposé, et obtenu un vote sur un système de "mise en réserve" des permis d'émissions, qui seront retirés du marché de façon temporaire. A ce jour, cette proposition n'a cependant eu qu'un effet modeste sur le prix du carbone.
Le résolution du problème n'en est donc qu'à ses débuts. Pour avancer il faudra
- que d'autres zones que l'Europe se dotent de systèmes similaires, afin de permettre d'accélérer la contrainte sur les émissions sans risque de voir se déplacer ces industries dans les pays les plus laxistes. A cet égard les intentions des USA et de la Chine sont un très bon signal, mais qui doit être transformé..L'alternative serait une taxe sur le carbone importé (difficile à concilier avec les accords de libre échange) ou une taxe sur le carbone consommé (sorte de "tva carbone") ;
- que le système évolue afin de conduire à un prix du CO2 "économique" (de l'ordre de 30 €/tonne), soit parce que le redémarrage économique ramène le prix sur la trajectoire initialement prévue, soit par une évolution de ce système (prix plancher, taxe complémentaire,...). A l'inverse, il est cependant nécessaire de donner enfin aux industriels un système stable, lisible et sans distorsions de compétitivité : les réformes devront être suffisamment profondes pour régler durablement le problème ;
- enfin, et surtout, faire preuve de pédagogie à la fois sur les conséquences des émissions de CO2 (la crise a fait sortir la question du climat des débats, et rend les conséquences en termes d'emploi d'autant plus sensibles), et les enjeux certes complexes mais absolument essentiels des marchés de carbone.
Entretemps, la situation du climat ne va pas s'améliorer. Et on peut s'étonner que ce sujet semble beaucoup moins mobiliser que, par exemple, la taxe "Tobin", alors que l'efficacité de la réduction des émissions de carbone sur le climat fait nettement plus consensus que l'intérêt d'une taxe sur les transactions...
lundi, février 18, 2013
Faut-il investir dans les pays à faible croissance ? La réponse est oui !
Investing in a low growth world. Definitively worth reading :http://www.gmo.com/ websitecontent/ GMO_QtlyLetter_4Q2012.pdf
mercredi, janvier 02, 2013
Interest rates long term series / series longues de taux d'intérêts
Comme le souligne l'auteur : c'est maintenant le meilleur moment depuis que les séries existent pour engager des investissements de long terme !
http://www.ritholtz.com/blog/2013/01/long-interest-rates-1790-to-present/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+TheBigPicture+%28The+Big+Picture%29
http://www.ritholtz.com/blog/2013/01/long-interest-rates-1790-to-present/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+TheBigPicture+%28The+Big+Picture%29
dimanche, décembre 30, 2012
2030 Megatrends & Monthy Python's view on creativity
- Un rapport intéressant sur les grands tendances et ruptures d'ici 2030. A lire !
- John Cleese sur la créativité. Brillant.
A 10:20, une tirade très intéressante sur les raisons pour lesquelles les enjeux de long terme on du mal à se faire leur place dans le débat politique.
A 20:00-22:00, un passage brillant sur pourquoi un style de management trop incisif tue la créativité.
- John Cleese sur la créativité. Brillant.
A 10:20, une tirade très intéressante sur les raisons pour lesquelles les enjeux de long terme on du mal à se faire leur place dans le débat politique.
A 20:00-22:00, un passage brillant sur pourquoi un style de management trop incisif tue la créativité.
mercredi, décembre 12, 2012
Pour une approche stratégique de la fiscalité
Dans le rapport EU Unlimited nous plaidons pour une approche plus stratégique de la fiscalité, consistant à épuiser en priorité les taxes "intelligentes" avant d'augmenter celles qui peuvent nuire à l'activité économique et/ou à la compétitivité. Il y a un très bel exemple sur TED à propos des "taxes de congestion" - ou comment une taxe peut augmenter la satisfaction des usagers.
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dimanche, décembre 09, 2012
Le syndrome du réverbère
Faut-il chercher ses clefs égarées en pleine nuit sous le réverbère, où la lumière facilite la recherche,
ou explorer toutes les directions au risque de devoir tâtonner un peu ?
Premier exemple, les politiques d’innovations. A juste titre, la figure de l’entrepreneur est au
centre des débats. Moins celle de son cousin germain, « l’intrapreneur », qui transforme une
idée en projet à l’intérieur d’une entreprise existante. Et pourtant, dans de nombreux secteurs,
la réussite de la France repose sur le second plus que le premier, tel que celui des technologies
vertes « industrielles », nécessitant des milliards d’investissements et la masse critique mondiale
d’une grande entreprise. De même, la compétitivité du modèle industriel « fabs, labs and advices »,
repose sur la combinaison d’innovations technologiques, de procédé et de services propres aux
offres des grandes entreprises. Impossibles sans intrapreneurs, ces innovations constituent la seule
alternative au modèle « fabless » d’entreprises industrielles à la production délocalisée dans les pays
à faibles coûts. C’est enfin à des intrapreneurs que l’on doit de nombreuses innovations telles que le
monospace, le transistor ou les post-it.
Et pourtant, quelle reconnaissance pour l’intrapreneur ? Récompensé par son employeur s’il
découvre un vaccin contre la malaria, il sera plus taxé que celui qui revend un site érotique. Et
les propositions telles de recentrage du crédit-impôt recherche sur les entreprises nouvelles
entraineraient l’exil d’une partie d’entre eux.
Deuxième exemple, le financement des entreprises. La situation est grave : avant la crise, la somme
des prêts aux entreprises de la zone euro augmentait de 600 milliards d’euros par an. Désormais, les
nouveaux prêts ne font que compenser ceux arrivés à échéance. Les entreprises d’Europe ont ainsi
perdu 600 milliards de nouveaux financements, soit l’équivalent de l’ensemble des dépenses de R&D
en Europe, privées ou publiques, ou trois fois le PIB Grec. De la même façon, les levées de capital
investissement ont été divisées par 4, et les introductions en bourse par plus de trois.
Or l’affacturage, c’est-à-dire le financement des factures, qui permet aux entreprises de recevoir
immédiatement les fonds d’une facture payable à terme, est l’une des seules sources de financement
à croître malgré la crise, de plus de 17 % entre 2008 et 2010. Peu visible dans les débats sur le
financement, il représente désormais un volume comparable aux levées de fonds du capital
investissement ou aux introductions en bourses. Une entreprise en difficulté peut en bénéficier si elle
dispose de clients solvables. Les TPE, soit la majorité des 3 millions d’entreprises en France, peuvent
en bénéficier sans formalités excessives, alors que moins de 100.000 bénéficient des outils publics de
financements des PME.
Pour accélérer l’affacturage, il ne faut pas chercher loin le client qui représente à la fois le risque
– et donc le coût de financement - le plus faible et qui pourrait proposer au plus grand volume de
fournisseurs un paiement accéléré de ses factures : c’est le secteur public. Ses achats représentant
plusieurs dizaines de milliards par an, l’apport de financement aux entreprises serait significatif,
même si seule une minorité des fournisseurs publics y recourraient. Contrairement à d’autres
mesures d’appui au financement, proposer l‘option pour le Paiement Immédiat de l’Etat (PILE) ne
coûterait rien au contribuable. Elle serait accessible simplement pour les entreprises, et relativement
rapide à mettre en œuvre, indépendamment des évolutions engagées pour faire évoluer les
paiements publics, qu’elle pourrait également accompagner.
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jeudi, décembre 06, 2012
Comment relancer la croissance en Europe - la méthode Europe (Un)Limited
Publication ce jour de "Europe Unlimited", un rapport du GE European Policy Center, réalisé par une équipe d'une trentaine d'experts mondiaux. Piloté par un groupe de travail européen (Alessandro en Italie, Wolfgang en Allemagne, Hendrik en Belgique et moi-même en France), ce rapport cherchait à apporter une méthode et des propositions nouvelles sur un thème ancien : comment relancer la croissance.
Pour ce faire, nous avons engagé un travail de fond, qui nous a amené à analyser de façon systématique les leviers qui, vu des entreprises européennes, seraient nécessaires pour relancer la croissance. Nous avons ensuite recherché les solutions compatibles à la fois avec l'intérêt général, et l'état actuel des finances publiques, avant de les prioriser en fonction de leur impact potentiel et de leur difficulté de mise en oeuvre.
Le rapport issu de ce travail reprend les analyses et les propositions principales tirées de ce travail. Quelques exemples des nombreuses analyses contenues dans ce travail:
- pour une boulangerie de quartier comme pour une multinationale, il faut trois composantes principales pour croître : une demande (ie des clients prêts à acheter), des facteurs de production de qualité pour faire les produits ou services qui répondent à cette demande ainsi que des "catalyseurs de croissance" (services publics fournis aux entreprises ou réglementations)
- s'agissant de la demande, les propositions portent notamment sur la nécessité de pouvoir davantage "importer la compétitivité", mais également de veiller non seulement au niveau des dépenses publiques, mais également leur structure (la part des "dépenses d'avenir" dans les dépenses publiques est plus faible en Europe qu'aux Etats-Unis)
- s'agissant des facteurs de production, les propositions portent notamment sur le développement des formes alternatives de financement (financement adossé), mais également le développement des intrapreneurs (analogues dans les grandes entreprises de ce que sont les entrepreneurs dans les startups) afin d'aider les innovation à atteindre des marchés mondiaux
- s'agissant des catalyseurs de croissance, le travail a notamment analysé la contribution à la croissance des "services publics aux entreprises". Les analyses montrent que l'Europe dispose là d'un potentiel de croissance très significatif, et qui pourrait être mobilisé avec des coûts très modestes.
Et vous, que faudrait-il à votre entreprise pour qu'elle puisse accélérer sa croissance ?
dimanche, novembre 25, 2012
Gagner en bourse (bis) : une tortue qui surprend vaut mieux qu'un lièvre qui déçoit
Analyse amusante de The Atlantic : http://www.theatlantic.com/business/archive/2012/11/greeces-stock-market-is-beating-chinas-in-2012-wait-what/265499/
Celui qui a acheté des actions de la bourse d'Athènes mi-2012 et qui les a revendu au plus haut à la rentrée aura gagné 85 % !
Celui qui a acheté des actions de la bourse d'Athènes mi-2012 et qui les a revendu au plus haut à la rentrée aura gagné 85 % !
mercredi, novembre 07, 2012
Le crédit d'impôt compétitivité, rempart contre la chute des investissements.
Le crédit d'impôt compétitivité, rempart contre la chute des investissements.
La décision du gouvernement d'accorder aux entreprises une baisse de 20 milliards de leur coût du travail a pu surprendre ceux qui ont eu une lecture politique de la situation. En revanche, elle n'étonnera pas ceux qui, depuis cet été, scrutaient avec inquiétude l'économie.
Dès août dernier, Eurostat publiait en effet les comptes des entreprises de la zone euro, et fournissait des données très intéressantes sur les profits et les investissements en Europe, et inquiétantes pour la France.
En niveau, d'abord, la France se caractérise par des profits plus faibles, et des investissements également plus faibles en moyenne depuis 10 ans. Ces niveaux doivent cependant être considérés avec prudence, car ils comparent des choses différentes (notamment l'entreprise moyenne en France ou au Royaume-Uni n'est pas la même en termes de secteur ou de taille).
Il est donc plus intéressant d'analyser les évolutions. Ces dernières montrent que les entreprises françaises se caractérisent par une bonne tenue des investissements par rapport à la moyenne. C'est a priori une bonne chose.
Cette évolution est-elle liée à celle des profits ? Pour le moment, non : depuis 10 ans, la France est le seul pays dans lequel les entreprises ont augmenté leurs investissements malgré la baisse des profits.
Est-ce durable ? Evidemment non : continuer à investir malgré des profits qui baissent reviendrait à "courir sur l'air", à la façon du coyote de Tex Avery : à un moment, la gravité reprendrait ses droits et une chute serait inévitable. Pour poursuivre une telle croissance des investissements, il faut que les entreprises disposent des marges qui permettent de soutenir cette croissance.
Autrement dit, sauf mesures permettant aux entreprises de ne pas trop dégrader leur taux de marge on pouvait s'attendre à un effondrement des investissements des entreprises, négatif pour la croissance à court terme et pour la productivité et la compétitivité à moyen terme.
Comment traiter ce risque alors que le budget 2013 est serré à l'extrême ? Il fallait pour celà une mesure qui donne de l'air aux entreprises dès 2013, mais dont le coût sur les finances publiques ne se fasse sentir qu'en 2014 - et c'est exactement ce que permettra la mesure de crédit d'impôt...
mardi, octobre 23, 2012
La préférence nationale économique : une erreur, hier comme demain.
(Article publié dans Le Monde le 23 octobre 2012)
Imaginez qu'un chercheur invente une technologie qui divise par deux le coût de production d'une voiture. Sa contribution à la croissance et à la compétitivité ferait probablement l'unanimité. Supposez maintenant qu'un entrepreneur arrive à ce résultat en important une partie des pièces. Il y a fort à parier qu'il serait condamné par tous. Et pourtant, les deux auront exactement le même résultat sur l'emploi ou la compétitivité.
Cette parabole empruntée au Nobel Paul Krugman, illustre la contradiction de la"préférence nationale économique". Or, à l'heure où les efforts convergent pour renforcer la compétitivité des économies européennes, il est utile de rappeler quelques faits :
- 30 millions d'emplois européens n'existent que grâce au commerce mondial, 50 % de plus qu'en 1995. Cette part sera croissante, le reste du monde croissant plus vite que nous : en 2015, il est probable que 90 % de la croissance mondiale soit créée hors d'Europe. Sans commerce international, nous ne pourrons en bénéficier.
- Beaucoup de produits "made in China" sont constitués de composants du monde entier. Ainsi, un IPhone importé de Chine ne comporte que 4 % de coûts d'assemblage en Chine, 6 % de composants américains mais 17 % de composants allemands ! C'est donc en termes de valeur ajoutée qu'il faut raisonner, et non d'origine des importations.
- Le décrochage de compétitivité de certains pays européens est d'abord un problème de concurrence entre pays avancés : l'Europe a globalement bien résisté et réussi à conserver ses parts de marchés mondiales vis-à-vis des émergents. Mieux, elle est encore loin d'avoir tiré tous les bénéfices possibles du libre échange : l'agenda de négociation en cours peut faire gagner 275 milliards d'Euros, soit l'équivalent de l'économie du Danemark. A cette fin, l'Europe a engagé un programme de négociations commerciales bilatérales sans précédent pour assurer une meilleure réciprocité des échanges avec ses partenaires et améliorer l'accès de nos entreprises aux marchés en croissance.
Face aux difficultés conjoncturelles, le commerce représente donc un levier de croissance essentiel, sous réserve d'adopter une stratégie ciblée à la fois sur le développement des échanges et la localisation en Europe d'une valeur ajoutée aussi forte que possible. Ce développement pose toutefois deux questions légitimes.
La deuxième question est celle du développement durable. Elle est d'abord interne : les produits des pays avancés ne génèrent pas moins d'émissions que ceux des pays en développement. Mais l'augmentation des normes environnementales de nos partenaires est également importante. L'Europe peut la favoriser par une triple action: montrer l'exemple, établir des coopérations bilatérales et définir des règles multilatérales.
Le protectionnisme est une tentation récurrente en période de faible croissance, mais il a entraîné le monde dans une spirale récessive après la crise de 1929. Or les arguments pour s'y opposer alors restent plus que jamais valides, car c'est durablement à l'extérieur de l'Europe que se trouveront des croissances supérieures à 3 %. Mais la voie de l'ouverture est exigeante ; elle impose à l'Europe de peser de tout son poids pour obtenir de ses partenaires l'ouverture de leur marché et un commerce loyal. En interne, il s'agit d'investir dans la lutte contre le changement climatique et d'adapter un modèle social aux réalités d'une économie moderne et ouverte, sans affaiblir son niveau de protection.
Et de le faire rapidement, car le monde ne nous attendra pas.
Eric Peters, conseiller du président de la Commission européenne et Vincent Champain, économiste et animateur de l'Observatoire du long terme
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