(Article publié le 16 avril 2012 par Les Echos)
L'industrie du futur a parfois été présentée sous la forme d'entreprises sans usines (« fabless »), centrées sur la conception et expédiant la production en Asie, à jamais plus compétitive. En réalité, le coût du travail en Bulgarie est, en 2012, inférieur au salaire de Foxconn, en Chine. L'inflation salariale y dépassant 10 %, leurs coûts salariaux approcheraient les nôtres dans vingt ans. Déjà, des cas de relocalisations sont signalés. Mais il serait erroné d'y voir le signe d'un retour spontané de l'industrie d'autrefois, d'abord parce que l'industrie est de plus en plus une « industrie 2.0 », à la fois plus intégrée, ouverte et distribuée. Ensuite, parce que son retour dépendra certes d'évolutions macroéconomiques, mais surtout des choix stratégiques à prendre dans les années à venir.
Cette industrie 2.0 est intégrée dans son environnement. Elle offre à la fois des équipements, des systèmes informatiques et des services destinés à optimiser la productivité de leurs actifs au contexte spécifique de chaque client - par exemple le rendement énergétique, le taux d'utilisation d'un bloc opératoire ou l'efficacité d'un moteur d'avion. Elle intègre davantage les contraintes environnementales de la production de l'équipement jusqu'à son recyclage. Loin de la séparation conception-production du modèle « fabless », ce modèle repose sur le « fabs, labs & advices », soit une coopération étroite entre centres de production, de recherche et de services.
Elle est également intégrée mondialement : la relocalisation en France ira de pair avec la poursuite d'une logique de « chaîne de valeur mondiale ». A l'image de l'emploi de l'automobile allemande qui doit la croissance de son emploi en Allemagne à sa sous-traitance en Europe de l'Est, la France doit savoir concentrer ses ressources sur les parties de chaîne de valeur où elle peut être compétitive. Pour gagner des emplois en France et exporter, il faut à la fois savoir importer judicieusement et attirer les entreprises capables de positionner la France au bon endroit de cette chaîne de valeur.
L'industrie 2.0 est ouverte et repose sur des partenariats entre multinationales (qui savent gérer des volumes importants et accèdent à un marché mondial) et PME (qui maîtrisent des techniques pointues), entre entreprises (qui innovent en transformant des idées en euros) et la recherche publique (qui explore en transformant des euros en idées), entre l'entreprise et ses clients (qui contribuent à la définition de nouveaux produits). Pour cela, nous devons améliorer la coopération recherche-entreprise et les financements associés qui, hormis le crédit impôt recherche, sont parfois inadaptés aux modes d'innovation des grands groupes.
Cette industrie est distribuée dans son architecture. Elle propose moins de gros équipements et plus de réseaux d'équipements moyens connectés. Ce sont des réseaux intelligents, qui permettent de tirer meilleur parti de sources d'énergies, telles que le vent, le solaire ou la cogénération, ou les systèmes qui permettent de faire communiquer des équipements médicaux entre eux et avec les médecins.
A l'image de l'Allemagne dans les machines-outils ou de la France dans les moteurs d'avion, les turbines à gaz ou le matériel médical, l'industrie 2.0 offre un potentiel considérable. Pour le réaliser, nous devrons cependant nous doter d'une stratégie de « croissance créative » visant d'abord la disponibilité de facteurs de production compétitifs (capital, talents, énergie, services publics...), ensuite, la simplicité pour les entreprises à combiner ces facteurs entre eux et avec des composantes importées de façon innovante (simplicité du droit, création d'entreprises, attractivité pour les multinationales, facilitation des partenariats...) et, enfin, l'accès à une demande forte (ouverture commerciale européenne et mondiale).
Autrement dit, cette "stratégie industrielle 2.0" devra assurer aux projets industriels une terre fertile, plutôt que de vouloir décréter quels arbres doivent être plantés !
lundi, avril 16, 2012
dimanche, mars 25, 2012
Dette publique et soutenabilité : le cas de la dette scolaire aux USA.
Dans un billet précédent expliquait qu'on pouvait réduire le débat sur la dette à celui, d'une part des retraites (principal passif public) et, d'autre part, celui du système éducatif (qui développe le premier des actifs, le capital humain).
A remettre en perspective avec un article récent sur la dette scolaire américaine
A remettre en perspective avec un article récent sur la dette scolaire américaine
dimanche, mars 11, 2012
Match France-Allemagne : qui gagne ?
Comparaison du taux de croissance français et du taux allemand, depuis 30 ans :
- trait plein : écart annuel de croissance (croissance française - croissance allemande)
- trait en pointillé : cumul depuis 1981
Le premier graphique donne l'écart de croissance, le 2e donne l'écart de croissance par actif (ie, donne l'écart de croissance corrigé du fait que l'Allemagne à de moins en moins de population active). Comme on le voit, on n'est pas très loin d'un match nul, au mieux...
- trait plein : écart annuel de croissance (croissance française - croissance allemande)
- trait en pointillé : cumul depuis 1981
Le premier graphique donne l'écart de croissance, le 2e donne l'écart de croissance par actif (ie, donne l'écart de croissance corrigé du fait que l'Allemagne à de moins en moins de population active). Comme on le voit, on n'est pas très loin d'un match nul, au mieux...
dimanche, mars 04, 2012
Rechercher un emploi revient à lancer un avion en papier dans l'espace !
Intéressant point de vue de Wharton : Why the Job Search Is Like 'Throwing Paper Airplanes into the Galaxy' - Knowledge@Wharton
knowledge.wharton.upenn.edu
Why the Job Search Is Like 'Throwing Paper Airplanes into the Galaxy' by Knowledge@Wharton, the online business journal of the Wharton School. Knowledge@Wharton covers research in Finance, Strategic Management, Marketing, Leadership, Business Ethics and 9 other knowledge research categories.
knowledge.wharton.upenn.edu
Why the Job Search Is Like 'Throwing Paper Airplanes into the Galaxy' by Knowledge@Wharton, the online business journal of the Wharton School. Knowledge@Wharton covers research in Finance, Strategic Management, Marketing, Leadership, Business Ethics and 9 other knowledge research categories.
samedi, mars 03, 2012
Politiques de l'emploi : l'éternel retour ?
En politique, les vraies différences ne se font pas sur les concepts, mais sur les moyens et la volonté. « Ce que tu veux, veux-le de telle manière que tu puisses en vouloir le retour éternel. » Appliquons cette règle aux politiques de l'emploi : que faudrait-il refaire et ne pas refaire ?
Ce que nous ne referions pas, ce sont les dispositifs qui naissent en fanfare et meurent dans l'indifférence - la multitude des contrats inventés à l'occasion d'une crise et qui s'adressent aux manifestations les plus médiatiques du chômage plutôt qu'à ses causes profondes.
Ce que nous referions sont les « piliers » des politiques de l'emploi : les allégements du coût du travail ; les dispositifs d'accompagnement renforcé qui aident des chômeurs privés de repères à encadrer leur recherche ; les emplois aidés, créés « sur mesure » pour ceux qui ne peuvent accéder directement à un emploi « normal » (chômeurs de longue durée, handicapés...). Ces piliers sont nécessaires pour avoir une économie qui produise ce que le marché ne génère pas : une baisse des inégalités et une certaine solidarité nationale face au chômage. Ils reviennent donc, en ordre dispersé, à chaque législature. Ils sont parfois opposés, alors qu'il est possible de les intégrer dans une réforme qui attaquerait les causes profondes du chômage.
Pour vaincre le chômage, il faut trois choses. D'abord, encadrer la démarche des demandeurs d'emploi. Leur tâche demande en effet des connaissances, et des initiatives qui dépassent en complexité le contenu de bien des emplois - faire un bilan sur soi-même, connaître le « marché » et ses évolutions, définir un objectif, se former... - et est difficile à mener seul.
Ensuite, la France a su transformer son industrie, s'ouvrir à l'international ou se doter d'un SMIC et d'assurances sociales financées par des cotisations. Ce sont des choix pertinentes, mais ils ont condamné certains emplois sans créer des emplois de substitution. Pour cela, il aurait fallu solvabiliser des millions d'emplois, pour ramener leur coût au « niveau du marché » sans sacrifier le revenu de ceux qui les occupent. Certes, les allégements de cotisations ont ce but, mais ils ne suffisent pas - ni en niveau (après allégement, nous restons des champions de l'imposition des salaires), ni en structure (ils sont ciblés sur les bas salaires, ce qui est nécessaire compte tenu de l'existence du SMIC, mais oublient les salaires moyens, les plus touchés par la concurrence internationale).
Enfin, il faut coordonner notre réponse au chômage, aujourd'hui diluée entre entreprises, Unedic et Etat. Par ailleurs, l'Etat est compétent pour traiter un chômage dont les ravages se font sentir dans des communes démunies pour y faire face. Notre proposition part de ces constats, et du principe qu'une recherche d'emploi active est une activité socialement utile. Nous proposons ainsi un véritable statut de chercheur d'emploi : un « contrat d'évolution », un encadrement par un « coach », une formation et un « revenu d'évolution ».
Pour que chacun évolue vers un emploi productif, il faut aller plus loin. Tout système social définit un « employeur de dernier ressort », pour ceux qui ne trouvent pas d'emploi. Dans la société de marché, cette responsabilité revient à l'individu. Au Japon, les sous-traitants de grands groupes jouent ce rôle. Nous proposons que cette mission soit confiée à une agence dans chacun de nos 350 bassins d'emploi, qui aurait autorité sur le service public de l'emploi, et contractualiserait avec les chômeurs. Elle pourrait déléguer cette responsabilité à des structures d'accompagnement vers l'emploi productif : entreprises partenaires, groupements d'employeurs, structures d'aide à la création d'activité, centres d'aide pour handicapés...
Pour que chacun évolue vers un emploi productif, il faut aller plus loin. Tout système social définit un « employeur de dernier ressort », pour ceux qui ne trouvent pas d'emploi. Dans la société de marché, cette responsabilité revient à l'individu. Au Japon, les sous-traitants de grands groupes jouent ce rôle. Nous proposons que cette mission soit confiée à une agence dans chacun de nos 350 bassins d'emploi, qui aurait autorité sur le service public de l'emploi, et contractualiserait avec les chômeurs. Elle pourrait déléguer cette responsabilité à des structures d'accompagnement vers l'emploi productif : entreprises partenaires, groupements d'employeurs, structures d'aide à la création d'activité, centres d'aide pour handicapés...
Cette réforme remplacerait la moitié des dépenses actuelles pour l'emploi, avec un surcoût d'environ 2 % du PIB. Il pose une question simple : la France veut-elle réduire son chômage et réduire ses coûts sociaux par conséquence, ou risquer de n'avoir aucun des deux, faute d'avoir contenu ses déficits sociaux ?
Ce que nous ne referions pas, ce sont les dispositifs qui naissent en fanfare et meurent dans l'indifférence - la multitude des contrats inventés à l'occasion d'une crise et qui s'adressent aux manifestations les plus médiatiques du chômage plutôt qu'à ses causes profondes.
Ce que nous referions sont les « piliers » des politiques de l'emploi : les allégements du coût du travail ; les dispositifs d'accompagnement renforcé qui aident des chômeurs privés de repères à encadrer leur recherche ; les emplois aidés, créés « sur mesure » pour ceux qui ne peuvent accéder directement à un emploi « normal » (chômeurs de longue durée, handicapés...). Ces piliers sont nécessaires pour avoir une économie qui produise ce que le marché ne génère pas : une baisse des inégalités et une certaine solidarité nationale face au chômage. Ils reviennent donc, en ordre dispersé, à chaque législature. Ils sont parfois opposés, alors qu'il est possible de les intégrer dans une réforme qui attaquerait les causes profondes du chômage.
Pour vaincre le chômage, il faut trois choses. D'abord, encadrer la démarche des demandeurs d'emploi. Leur tâche demande en effet des connaissances, et des initiatives qui dépassent en complexité le contenu de bien des emplois - faire un bilan sur soi-même, connaître le « marché » et ses évolutions, définir un objectif, se former... - et est difficile à mener seul.
Ensuite, la France a su transformer son industrie, s'ouvrir à l'international ou se doter d'un SMIC et d'assurances sociales financées par des cotisations. Ce sont des choix pertinentes, mais ils ont condamné certains emplois sans créer des emplois de substitution. Pour cela, il aurait fallu solvabiliser des millions d'emplois, pour ramener leur coût au « niveau du marché » sans sacrifier le revenu de ceux qui les occupent. Certes, les allégements de cotisations ont ce but, mais ils ne suffisent pas - ni en niveau (après allégement, nous restons des champions de l'imposition des salaires), ni en structure (ils sont ciblés sur les bas salaires, ce qui est nécessaire compte tenu de l'existence du SMIC, mais oublient les salaires moyens, les plus touchés par la concurrence internationale).
Enfin, il faut coordonner notre réponse au chômage, aujourd'hui diluée entre entreprises, Unedic et Etat. Par ailleurs, l'Etat est compétent pour traiter un chômage dont les ravages se font sentir dans des communes démunies pour y faire face. Notre proposition part de ces constats, et du principe qu'une recherche d'emploi active est une activité socialement utile. Nous proposons ainsi un véritable statut de chercheur d'emploi : un « contrat d'évolution », un encadrement par un « coach », une formation et un « revenu d'évolution ».
Pour que chacun évolue vers un emploi productif, il faut aller plus loin. Tout système social définit un « employeur de dernier ressort », pour ceux qui ne trouvent pas d'emploi. Dans la société de marché, cette responsabilité revient à l'individu. Au Japon, les sous-traitants de grands groupes jouent ce rôle. Nous proposons que cette mission soit confiée à une agence dans chacun de nos 350 bassins d'emploi, qui aurait autorité sur le service public de l'emploi, et contractualiserait avec les chômeurs. Elle pourrait déléguer cette responsabilité à des structures d'accompagnement vers l'emploi productif : entreprises partenaires, groupements d'employeurs, structures d'aide à la création d'activité, centres d'aide pour handicapés...
Pour que chacun évolue vers un emploi productif, il faut aller plus loin. Tout système social définit un « employeur de dernier ressort », pour ceux qui ne trouvent pas d'emploi. Dans la société de marché, cette responsabilité revient à l'individu. Au Japon, les sous-traitants de grands groupes jouent ce rôle. Nous proposons que cette mission soit confiée à une agence dans chacun de nos 350 bassins d'emploi, qui aurait autorité sur le service public de l'emploi, et contractualiserait avec les chômeurs. Elle pourrait déléguer cette responsabilité à des structures d'accompagnement vers l'emploi productif : entreprises partenaires, groupements d'employeurs, structures d'aide à la création d'activité, centres d'aide pour handicapés...
Cette réforme remplacerait la moitié des dépenses actuelles pour l'emploi, avec un surcoût d'environ 2 % du PIB. Il pose une question simple : la France veut-elle réduire son chômage et réduire ses coûts sociaux par conséquence, ou risquer de n'avoir aucun des deux, faute d'avoir contenu ses déficits sociaux ?
mercredi, février 29, 2012
Comment retrouver les chemins de la croissance et faire mentir les prévisions ?
Derrière les interrogations sur la capacité des Etats à financer leurs dépenses apparaît de plus en plus la question du retour de la croissance économique. Deux approches complémentaires répondent à cette question. La première approche est celle qui ressort des modèles macroéconomiques. La croissance s'en déduit de variables telles que les taux, la croissance mondiale ou les dépenses publiques. Elle restera faible tant que le contexte sera incertain, pour rejoindre ensuite une « croissance potentielle » mal connue, jadis de 3 %, depuis ramenée à 2 % par réalisme.
Dans la deuxième approche, « microéconomique », ce n'est pas la croissance qui fait l'emploi, mais l'inverse. On peut y « battre les prévisions » : tout demandeur d'emploi qui accède à une activité utile économiquement augmente le PIB d'autant. 350.000 demandeurs le font et c'est plus 0,5 point de croissance. Dans cette approche les « créateurs » ont un rôle crucial : ils vont inventer des produits ou des services qui vont au-delà de l'augmentation « mécanique » de la croissance. La première approche dépend des actes de grands décideurs ; la seconde nécessite une large classe créative, composée de ceux qui, scientifiques, artistes, ingénieurs, architectes ou fonctionnaires, inventent ou permettent à de nouvelles idées, de nouveaux produits ou de nouvelles organisations de prendre forme.
Cette classe créative comprend également les personnes en « recherche active d'emploi », occupées (seules ou accompagnées) à créer leur future activité - salariée ou non. Les personnes qui prennent le risque de quitter un secteur en déclin pour un secteur d'avenir créent autant que l'entreprise qui les accueille !
Alors que les leviers macroéconomiques (dont les dépenses publiques) échappent largement aux Etats, le développement de la classe créative apparaît comme une nécessité. Il suppose trois éléments :
- un écosystème favorable, où les idées nouvelles naissent et prospèrent, notamment par la rencontre de compétences diverses (créatifs, designers, scientifiques, entrepreneurs,...), la capacité à y allouer le temps nécessaire et une propension à l'irrévérence ;
- des infrastructures, où se combinent et se croisent idées, matériels et compétences, tels l'accès à des réseaux de communication ou au financement et la capacité de créer et d'administrer simplement une entreprise ou de faire appliquer le droit ;
- des débouchés, où la création peut être valorisée économiquement ou socialement et atteindre sans barrière un marché aussi large que possible (local, national, européen ou mondial).
En matière de recherche et d'enseignement, ces principes supposent de viser l'échelle européenne et mondiale, et d'accepter - sans en ignorer les limites -l'enseignement en anglais et les classements internationaux. Pour puiser dans un vivier large de talents, les Européens doivent s'unir. La Chine ou les Etats-Unis ont 15 millions d'étudiants alors que la France seule n'en compte que 2,2. En matière de partenariats de recherche, il faut travailler avec les entreprises - y compris étrangères -capables de porter nos innovations aussi loin que possible. C'est le concept d'économie « Roland-Garros » : attirer des champions mondiaux, français ou non, pourvu qu'ils créent de la valeur ajoutée en France !
Pour permettre à plus de demandeurs d'emploi de faire partie de cette « classe créative », il faut développer la recherche active : lorsqu'ils perdent un emploi dans un secteur en déclin, les demandeurs n'ont souvent pas le réseau ni les outils pour trouver où et dans quel secteur ils seraient les plus utiles. Le système public doit à tous cette aide, et viser autant la recherche d'emplois salariés que l'aide à la création de nouvelles activités ou d'auto-entreprises. Et il doit être évalué en priorité sur ces missions.
La noirceur des prévisions ne doit pas nous cacher l'essentiel : la croissance dépend certes du contexte mondial ou de la gouvernance européenne, mais elle dépend aussi beaucoup de notre capacité collective à trouver à chacun la meilleure activité possible. Et les réformes qui le permettront ne dépendent que de nous.
Vincent Champain (flt@champain.net), économiste, anime la fondation pour le long terme de l'Institut de l'entreprise.
Antoine Petit est universitaire et directeur général adjoint d'Inria.
Dans la deuxième approche, « microéconomique », ce n'est pas la croissance qui fait l'emploi, mais l'inverse. On peut y « battre les prévisions » : tout demandeur d'emploi qui accède à une activité utile économiquement augmente le PIB d'autant. 350.000 demandeurs le font et c'est plus 0,5 point de croissance. Dans cette approche les « créateurs » ont un rôle crucial : ils vont inventer des produits ou des services qui vont au-delà de l'augmentation « mécanique » de la croissance. La première approche dépend des actes de grands décideurs ; la seconde nécessite une large classe créative, composée de ceux qui, scientifiques, artistes, ingénieurs, architectes ou fonctionnaires, inventent ou permettent à de nouvelles idées, de nouveaux produits ou de nouvelles organisations de prendre forme.
Cette classe créative comprend également les personnes en « recherche active d'emploi », occupées (seules ou accompagnées) à créer leur future activité - salariée ou non. Les personnes qui prennent le risque de quitter un secteur en déclin pour un secteur d'avenir créent autant que l'entreprise qui les accueille !
Alors que les leviers macroéconomiques (dont les dépenses publiques) échappent largement aux Etats, le développement de la classe créative apparaît comme une nécessité. Il suppose trois éléments :
- un écosystème favorable, où les idées nouvelles naissent et prospèrent, notamment par la rencontre de compétences diverses (créatifs, designers, scientifiques, entrepreneurs,...), la capacité à y allouer le temps nécessaire et une propension à l'irrévérence ;
- des infrastructures, où se combinent et se croisent idées, matériels et compétences, tels l'accès à des réseaux de communication ou au financement et la capacité de créer et d'administrer simplement une entreprise ou de faire appliquer le droit ;
- des débouchés, où la création peut être valorisée économiquement ou socialement et atteindre sans barrière un marché aussi large que possible (local, national, européen ou mondial).
En matière de recherche et d'enseignement, ces principes supposent de viser l'échelle européenne et mondiale, et d'accepter - sans en ignorer les limites -l'enseignement en anglais et les classements internationaux. Pour puiser dans un vivier large de talents, les Européens doivent s'unir. La Chine ou les Etats-Unis ont 15 millions d'étudiants alors que la France seule n'en compte que 2,2. En matière de partenariats de recherche, il faut travailler avec les entreprises - y compris étrangères -capables de porter nos innovations aussi loin que possible. C'est le concept d'économie « Roland-Garros » : attirer des champions mondiaux, français ou non, pourvu qu'ils créent de la valeur ajoutée en France !
Pour permettre à plus de demandeurs d'emploi de faire partie de cette « classe créative », il faut développer la recherche active : lorsqu'ils perdent un emploi dans un secteur en déclin, les demandeurs n'ont souvent pas le réseau ni les outils pour trouver où et dans quel secteur ils seraient les plus utiles. Le système public doit à tous cette aide, et viser autant la recherche d'emplois salariés que l'aide à la création de nouvelles activités ou d'auto-entreprises. Et il doit être évalué en priorité sur ces missions.
La noirceur des prévisions ne doit pas nous cacher l'essentiel : la croissance dépend certes du contexte mondial ou de la gouvernance européenne, mais elle dépend aussi beaucoup de notre capacité collective à trouver à chacun la meilleure activité possible. Et les réformes qui le permettront ne dépendent que de nous.
Vincent Champain (flt@champain.net), économiste, anime la fondation pour le long terme de l'Institut de l'entreprise.
Antoine Petit est universitaire et directeur général adjoint d'Inria.
samedi, février 25, 2012
Cout du travail, mythes et réalité
1) La France a bien un coût du travail dans la moyenne haute des pays européens
Le graphique suivant montre le coût du travail horaire en Europe en 2008 (dernière date connue) selon Eurostat. La France est apparaît en tête des pays qui disposent d'une base industrielle forte (Allemagne, UK, Italie). La TVA sociale y a un impact : pour un salaire de l'ordre de 2 SMICs, elle réduit le coût de 5 points, ce qui fait passer le coût français après le coût allemand.
Comme le montre le graphique, ce n'est pas considérable si on le rapporte à l'ensemble du coût, mais l'impact symbolique est là : pour les projets sur lesquels France et Allemagne présentent un écosystème comparable, la France sera désormais préférable à l'Allemagne.
2) Évidemment, la TVA sociale a un effet plus réduit sur la concurrence avec les pays à bas coûts
Si l'on ajoute à la comparaison les pays à bas coûts (graphique ci-après), l'impact de la TVA sociale est beaucoup plus négligeable. En effet,l'écart de compétitivité avec des pays tels que la Chine se réglera avant tout par une convergence des salaires, plus avancée d'ailleurs que beaucoup ne le pensent : le salaire de base d'un ouvrier Foxconn en Chine (qui réalise notamment l'assemblage des I-Phones) est comparable à celui des pays d'Europe de l'Est les moins coûteux.
Si l'on extrapole à horizon 2025 et même 2035 (cf graphique ci-après) l'écart d'évolution des salaires constatée entre Shenzhen et la France, on voit que l'écart de coût devrait se réduire très significativement dans la génération à venir. Autrement dit, nos enfants vont connaître les relocalisations !
3) La compétitivité coût du site France est un enjeu qu'on ne peut écarter
On notera, même après TVA sociale, le taux de prélèvements pesant sur le travail reste en France très élevé (ce qui est en partie compensé par des salaires plus bas). Et c'est bien cela qui est visé par une baisse des cotisations : ramener notre taux très élevé de cotisations employeurs à un niveau plus proche de la moyenne des pays comparables.
Car le problème est bien là : des prélèvements qui pèsent en France plus sur le travail que la moyenne des pays comparables. Avec un double effet :
une distorsion défavorable à l'activité (le coût du travail étant l'une des plus mauvaises assiettes pour faire porter des prélèvements, en raison des effets sur le chômage, notamment pour les bas salaires)
une perte de compétitivité. Pour la plupart de ses activités/produits, la France est en concurrence avec des pays comparables, et les augmentations de coûts se traduisent par moins d'activité dans les secteurs en concurrence. Et parmi ces coûts, les salaires, les taxes et la simplicité de l’environnement réglementaire (lourdeur et prévisibilité des règles notamment fiscales ou sociale) sont les plus regardés, car ils sont à la fois les plus visibles, et ceux dont les investisseurs savent qu'ils sont les plus susceptibles d'évoluer d'un pays à l'autre.
En revanche, il est également vrai que la compétitivité hors coûts joue également, notamment dans les secteurs innovants, ou ceux qui peuvent éviter la concurrence frontale sur les coûts, notamment parce qu'ils sont capitalistiques (dans une partie de l'industrie, le coût du travail n'est pas le premier facteur de coût), ou parce qu'ils reposent sur de la propriété intellectuelle ou un savoir-faire difficile à dupliquer (cf graphique ci-dessous).
Le graphique suivant montre le coût du travail horaire en Europe en 2008 (dernière date connue) selon Eurostat. La France est apparaît en tête des pays qui disposent d'une base industrielle forte (Allemagne, UK, Italie). La TVA sociale y a un impact : pour un salaire de l'ordre de 2 SMICs, elle réduit le coût de 5 points, ce qui fait passer le coût français après le coût allemand.
Comme le montre le graphique, ce n'est pas considérable si on le rapporte à l'ensemble du coût, mais l'impact symbolique est là : pour les projets sur lesquels France et Allemagne présentent un écosystème comparable, la France sera désormais préférable à l'Allemagne.
2) Évidemment, la TVA sociale a un effet plus réduit sur la concurrence avec les pays à bas coûts
Si l'on ajoute à la comparaison les pays à bas coûts (graphique ci-après), l'impact de la TVA sociale est beaucoup plus négligeable. En effet,l'écart de compétitivité avec des pays tels que la Chine se réglera avant tout par une convergence des salaires, plus avancée d'ailleurs que beaucoup ne le pensent : le salaire de base d'un ouvrier Foxconn en Chine (qui réalise notamment l'assemblage des I-Phones) est comparable à celui des pays d'Europe de l'Est les moins coûteux.
Si l'on extrapole à horizon 2025 et même 2035 (cf graphique ci-après) l'écart d'évolution des salaires constatée entre Shenzhen et la France, on voit que l'écart de coût devrait se réduire très significativement dans la génération à venir. Autrement dit, nos enfants vont connaître les relocalisations !
3) La compétitivité coût du site France est un enjeu qu'on ne peut écarter
On notera, même après TVA sociale, le taux de prélèvements pesant sur le travail reste en France très élevé (ce qui est en partie compensé par des salaires plus bas). Et c'est bien cela qui est visé par une baisse des cotisations : ramener notre taux très élevé de cotisations employeurs à un niveau plus proche de la moyenne des pays comparables.
Car le problème est bien là : des prélèvements qui pèsent en France plus sur le travail que la moyenne des pays comparables. Avec un double effet :
une distorsion défavorable à l'activité (le coût du travail étant l'une des plus mauvaises assiettes pour faire porter des prélèvements, en raison des effets sur le chômage, notamment pour les bas salaires)
une perte de compétitivité. Pour la plupart de ses activités/produits, la France est en concurrence avec des pays comparables, et les augmentations de coûts se traduisent par moins d'activité dans les secteurs en concurrence. Et parmi ces coûts, les salaires, les taxes et la simplicité de l’environnement réglementaire (lourdeur et prévisibilité des règles notamment fiscales ou sociale) sont les plus regardés, car ils sont à la fois les plus visibles, et ceux dont les investisseurs savent qu'ils sont les plus susceptibles d'évoluer d'un pays à l'autre.
En revanche, il est également vrai que la compétitivité hors coûts joue également, notamment dans les secteurs innovants, ou ceux qui peuvent éviter la concurrence frontale sur les coûts, notamment parce qu'ils sont capitalistiques (dans une partie de l'industrie, le coût du travail n'est pas le premier facteur de coût), ou parce qu'ils reposent sur de la propriété intellectuelle ou un savoir-faire difficile à dupliquer (cf graphique ci-dessous).
Rendement des placement : faites confiance aux frais !
Les analystes qui suivent les rendements des fonds savent que la très grande majorité du temps, c'est le niveau des frais qui fait la performance sur le long terme (les écarts annuels de performance étant essentiellement aléatoires, les fonds gagnants d'une année étant les perdants de l'année suivante). Vérification en France :
mardi, février 21, 2012
Le SMIC en Chine (Shenzhen) en dessous des plus bas SMIC européens
Smic à Shenzhen : 240 US Dollars/mois http://news.yahoo.com/china-sets-target-average-13-percent-annual-minimum-065914919.html
Deux pays européens (de l'Est) sont en dessous : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=File%3AMW_EUR_Jan_2012.png&filetimestamp=20120210111747e
NB : Cette comparaison ne tient pas compte du temps de travail...
Deux pays européens (de l'Est) sont en dessous : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php?title=File%3AMW_EUR_Jan_2012.png&filetimestamp=20120210111747e
NB : Cette comparaison ne tient pas compte du temps de travail...
dimanche, février 19, 2012
Combien de temps faut-il attendre avant que la croissance revienne ?
Pas de réponse automatique à cette question, et les cas présentés ci-après ne traduisent pas de causalité stricte (et on pourrait discuter des conséquences sociales ou en termes de qualité du service public des réformes UK) mais :
a) Sans réformes de fond celà peut être long (20 ans au Japon)
b) Avec des réformes "fortes" (Hartz en Allemagne, Thatcher en UK) on peut avoir des changements en quelques années
a) Sans réformes de fond celà peut être long (20 ans au Japon)
b) Avec des réformes "fortes" (Hartz en Allemagne, Thatcher en UK) on peut avoir des changements en quelques années
dimanche, février 12, 2012
La Chine ou l'Europe, qui pèse le plus économiquement ?
Si la Chine connait une croissance très élevée (10 % en 2010), elle reste d'une taille un peu moins de 3 fois plus petite que l'Europe. Au total - en dehors des périodes de récession - la Chine, l'Europe et les Etats-Unis ont en ce moment une contribution équivalente à la progression de la richesse mondiale. L'impact de la Grèce est marginal : si elle connaissait une croissance de -100%, celà ne réduirait la croissance européenne que de 1,8 points, et la croissance mondiale de 0,5 points.
A plus long terme, la Chine prendra évidemment la tête du peloton, et finira par dépasser en taille comme en croissance...
A plus long terme, la Chine prendra évidemment la tête du peloton, et finira par dépasser en taille comme en croissance...
samedi, février 04, 2012
L'immobilier à Paris, ca ne peut pas baisser !
L'immobilier est le premier actif des français. Et un placement refuge particulièrement prisé dans les périodes de doutes sur les autres actifs.
Peut-on pour autant prédire que "l'immobilier ne baissera jamais" "l'offre est de toutes façons inférieure à la demande" "Paris est différent du reste de la France" ?
A vous de juger !
Peut-on pour autant prédire que "l'immobilier ne baissera jamais" "l'offre est de toutes façons inférieure à la demande" "Paris est différent du reste de la France" ?
A vous de juger !
mardi, janvier 10, 2012
La TVA spatiale ?
La dépense annuelle de mobile en France est d'un peu plus de 20 Milliards. Si la baisse de 50 % de Free leur bénéficie (soit directement, soit parce que leur opérateur s'ajuste), il gagnent l'équivalent d'une baisse de 1,5 points de TVA !
Autrement dit, Free a inventé la "TVA spatiale", puisque celà équivaut à transférer 1,5 points de TVA sur les martiens...
Autrement dit, Free a inventé la "TVA spatiale", puisque celà équivaut à transférer 1,5 points de TVA sur les martiens...
Libellés :
baisse de charges,
forfaits,
free,
TVA sociale
dimanche, décembre 18, 2011
Dette publique : entrée gratuite, sortie payante ?
La crise grecque a déclenché une spirale de doutes profonds sur les dettes publiques de l'ensemble de la zone euro. Comme souvent, les marchés et l'opinion sont passés d'un optimiste béat (l'augmentation de la dette et les faibles efforts de contrôle des déficits sont un fait depuis près de 40 ans, sans que grand monde ne s'en soit tellement soucié) à un pessimisme catastrophiste (même si le cas grec sortait de la norme, la zone euro, présente dans son ensemble un niveau de dette qui n'est pas insoutenable). Au passage, ceux qui ont accompagné ou profité de l'augmentation passée de la dette spéculent désormais sur son effondrement !
A titre personnel, je suis plutot partisan de comptes équilibrés, et pense qu'il est absolument nécessaire de veiller à l'équité entre générations. Mais il faut raison garder. D'abord, l'examen des épisodes de désendettement passés est relativement rassurant : peu de défauts, et de nombreux épisodes de réduction progressive. Comme le montre en effet l'excellent article de S. M. A. Abbas, N. Belhocine, A. El-Ganainy et M. Horton, l'écrasante majorité des épisodes de désendettement public s'est faite sans défaut :
Comme le confirme une arithmétique simple, il n'y a pas besoin de faire des choses extraordinaires pour revenir à des niveaux de dette modérés : il suffit d'un point d'inflation supplémentaire sur 25 ans pour ramener la dette de 90 points de PIB à 70 points, et si l'on y ajoute un point de PIB d'effort budgétaire (en plus des efforts normalement prévus pour ramener le deficit au niveau où la dette se stabilise) sur la meme durée, la dette finit à 48 points de PIB...
Car la dette n'est un problème que lorsqu'il n'existe aucune issue pour la rembourser ou si son poids devient insoutenable. Ainsi, une personne disposant du revenu médian français (24.000 euros/an) et qui s'endette sur 30 ans pour acheter une maison à 160.000 euros a au début une dette égale à 666 % de son "PIB" à elle. Des cas comme celui-ci il y en a des centaines de milliers par an sans que celà ne mette en risque le système bancaire !
Le problème ne se pose que si la personne en question se met à trop dépenser (et n'a plus assez d'argent pour rembourser ses mensualités), ou si son revenu n'augmente pas assez par rapport au niveau de la dette (ce qui revient à dire que l'inflation n'est pas suffisante). Mais tant que la maison est solide, la dette n'est pas une soucis, dès lors que chacun est convaincu qu'elle se place sur un chemin de maîtrise crédible et juste, notamment vis-à-vis des générations futures.
A titre personnel, je suis plutot partisan de comptes équilibrés, et pense qu'il est absolument nécessaire de veiller à l'équité entre générations. Mais il faut raison garder. D'abord, l'examen des épisodes de désendettement passés est relativement rassurant : peu de défauts, et de nombreux épisodes de réduction progressive. Comme le montre en effet l'excellent article de S. M. A. Abbas, N. Belhocine, A. El-Ganainy et M. Horton, l'écrasante majorité des épisodes de désendettement public s'est faite sans défaut :
Comme le confirme une arithmétique simple, il n'y a pas besoin de faire des choses extraordinaires pour revenir à des niveaux de dette modérés : il suffit d'un point d'inflation supplémentaire sur 25 ans pour ramener la dette de 90 points de PIB à 70 points, et si l'on y ajoute un point de PIB d'effort budgétaire (en plus des efforts normalement prévus pour ramener le deficit au niveau où la dette se stabilise) sur la meme durée, la dette finit à 48 points de PIB...
Car la dette n'est un problème que lorsqu'il n'existe aucune issue pour la rembourser ou si son poids devient insoutenable. Ainsi, une personne disposant du revenu médian français (24.000 euros/an) et qui s'endette sur 30 ans pour acheter une maison à 160.000 euros a au début une dette égale à 666 % de son "PIB" à elle. Des cas comme celui-ci il y en a des centaines de milliers par an sans que celà ne mette en risque le système bancaire !
Le problème ne se pose que si la personne en question se met à trop dépenser (et n'a plus assez d'argent pour rembourser ses mensualités), ou si son revenu n'augmente pas assez par rapport au niveau de la dette (ce qui revient à dire que l'inflation n'est pas suffisante). Mais tant que la maison est solide, la dette n'est pas une soucis, dès lors que chacun est convaincu qu'elle se place sur un chemin de maîtrise crédible et juste, notamment vis-à-vis des générations futures.
mardi, novembre 15, 2011
Pendant la crise, l'avenir continue !
Article publié ce jour dans Les Echos avec Fabrice Heyries.
Pendant la crise, l'avenir continue !
La crise appelle des réponses immédiates en matière sociale et économique. Mais elle est surtout le symptôme d'une surdose de court-termisme : avoir cru que les entreprises ou l'immobilier pourraient rapporter durablement 15 % avec une croissance de 3 %. Avoir cru que les déficits publics pouvaient durablement s'accumuler sans que les prêteurs s'en soucient. Pour sortir définitivement de la crise, c'est cette logique qu'il faut inverser.
Il fut un temps où les décisions de court terme étaient prises en regardant le long terme, plutôt que l'inverse. Où le Commissariat au Plan faisait partie des institutions qui pesaient le plus et où les travaux qu'il dirigeait fixaient un cap. Entre ceux qui voient dans l'Etat la source de tous les maux et ceux qui y voient la solution de tous les problèmes, on perçoit désormais difficilement une réelle stratégie partant d'un diagnostic sans complaisance des faits pour en déduire des propositions réalistes et bouclant l'équation budgétaire.
Nous sommes arrivés au curieux paradoxe dans lequel les multinationales, censées être instrumentalisées par des fonds de pension court-termistes, pratiquent régulièrement des revues stratégiques, alors que l'Etat, supposé incarner le long terme, s'en est privé. Pourtant, les faits sont là : une étude de 2007 de la « Harvard Business Review » confirme le lien vertueux qui lie la compétitivité d'un pays aux moyens consacrés à son avenir (recherche, éducation, investissements, etc.). Et les travaux de la commission du grand emprunt ont montré que la France s'appauvrit autant par des dépenses de fonctionnement excessives qu'en sous-investissant.
Pourquoi la décision publique fait-elle aussi peu de cas du long terme ? La première raison est méthodologique : les coûts se lisent facilement dans les comptes, l'impact futur se lit péniblement dans des prévisions contradictoires. Prenons le cas de l'aide aux démunis : la détresse des personnes est visible et le coût des mesures qui y répondent à court terme est mesurable. Mais on ne s'est donné que peu de moyens pour identifier et évaluer les mesures permettant de sortir de cette situation. La réponse à cette objection est claire : plus de moyens à l'évaluation des effets à court et à long terme des politiques publiques pour aller « au-delà des comptes ».
L'autre raison est institutionnelle. Les politiques doivent répondre aux problèmes immédiats, mais sont peu questionnés sur l'impact à long terme. Ainsi, chacun reconnaîtra la nécessité de traiter la situation des déserts médicaux et d'assurer la présence de médecins sur l'ensemble du territoire. Y parvenir suppose des décisions difficiles : les perdants auront accès à tous les médias, alors que les gagnants à long terme s'ignoreront. Et il n'y a pas d'institution ou de « parti du long terme » qui ferait de cette masse silencieuse son coeur de cible et bien peu de débats sur ces questions.
Regardons l'exemple du Danemark, qui a mis en place un Conseil de la mondialisation, composé d'experts de toutes nationalités, qui a mené des travaux visant à prendre les décisions permettant au pays de tirer le meilleur parti possible de la mondialisation, dans un climat de débat public ouvert et largement apolitique. Ces travaux ont ensuite permis d'orienter une stratégie vers l'économie de la connaissance, l'innovation et l'entrepreneuriat.
Que faut-il à la France pour en faire de même ? D'abord, un diagnostic non partisan et régulier des enjeux, forces, faiblesses, opportunités et menaces pour notre pays à moyen et à long terme, idéalement publié avant l'élection présidentielle -comme le furent les travaux du rapport « France 2025 : un diagnostic stratégique » ou ceux du Conseil d'orientation des retraites. Ensuite, un débat politique qui permette de choisir des priorités et la personne qui les mettra en place. Après les élections, une commission similaire à ce que fut la commission Attali, qui détaille un plan d'action de mandat, accompagné d'une revue des politiques publiques pour réaliser les redéploiements nécessaires pour financer les priorités. En parallèle, il faut un vrai débat sur les questions de long terme. Il passe par la mobilisation de la société civile, c'est-à-dire chacun d'entre nous. Le débat sur le chiffrage est un premier pas qui ne demande qu'à être dépassé.
Il faut en résumé plus de vrais débats sur ce qui relève des choix politiques et moins de faux débats sur ce qui n'en relève pas, comme l'état des lieux ou la performance réelle des politiques publiques. Car les faits sont têtus : on ne les ignore à court terme qu'au prix de la préparation des crises de demain. L'observatoire du long terme se fera donc une mission de les rappeler.
Vincent Champain, économiste, et Fabrice Heyries, directeur du développement durable de Groupama, animent l'observatoire du long terme de l'Institut de l'entreprise (observatoire@longterme.net)dimanche, novembre 06, 2011
Fukushima à Athènes : milliards contre milliards
* Selon the Economist, le soutien public à Tepco, l'opérateur nucléaire japonais, coûtera environ 46 milliards d'euros, notamment pour indemniser les 89.000 personnes forcées d'abandonner leur domicile.
* Dans un domaine entièrement différent, le coût des abandons de créances à la Grèce coutera aux banques environ 100 milliars de dollars, soit un peu plus du double.
* Autrement dit l'accoutumance au déficit peut avoir des conséquences ... nucléaires !
* Dans un domaine entièrement différent, le coût des abandons de créances à la Grèce coutera aux banques environ 100 milliars de dollars, soit un peu plus du double.
* Autrement dit l'accoutumance au déficit peut avoir des conséquences ... nucléaires !
vendredi, octobre 14, 2011
Un génie de l'ère numérique s'en va...
Il a révolutionné le monde de l'informatique : sans lui pas de téléphones intelligents tels que nous les connaissons, pas de développement des systèmes informatiques de toute nature (des plus petits aux plus gros).
RIP Dennis Ritchie, inventeur du langage C et co-auteur d'Unix.
RIP Dennis Ritchie, inventeur du langage C et co-auteur d'Unix.
Libellés :
dennis ritchie,
innovation,
revolution tunisie
samedi, octobre 01, 2011
La théorie des trois i
Selon Warren Buffet, l'économie suit le cycle des "trois I" : d'abord des innovateurs, qui inventent un nouveau modèle, ensuite des imitateurs, qui le diffusent et le généralisent, pour finir par des imbéciles, qui poussent les promesses d'innovation au-delà du raisonnable, et créent une bulle financière qui finit par éclater, à l'image de la crise de 2000 (une génération après l'invention de l'internet) ou de celle des 2008 (une génération après les grandes dérégulations des marchés financiers).
La question est donc : où sont les innovateurs du prochain cycle ?
La question est donc : où sont les innovateurs du prochain cycle ?
mardi, septembre 20, 2011
Réforme publique : des comptables aux stratéges
(Article paru dans Les Echos le 17 septembre)
Le premier serait d'ignorer le présent et la nécessaire réduction des déficits. Le second serait d'insulter l'avenir, en limitant le débat à plus ou moins de moyens et en ignorant les impératifs qui s'imposeront au cours du prochain mandat, une fois l'équilibre des finances rétabli.
Car l'analyse des cycles de la réforme publique montre des tendances claires. Sur les cinquante dernières années, le premier de ces cycles est une phase de développement, qui fait passer la dépense publique de 35 % du PIB en 1960 à 42 % en 1975. Il s'agit alors d'accompagner le développement du pays, en construisant de grands services publics comme celui de l'emploi, en élargissant l'accès à ces services (comme pour l'enseignement supérieur) et en accompagnant l'activité des entreprises. Une croissance forte et une hausse régulière des prélèvements ont permis de mener cette phase sans gros effort de gestion.
Le choc pétrolier entame un cycle de dérapage budgétaire. Les dépenses publiques atteignent 55 % du PIB en 1995, alors que celle des recettes subit une croissance économique réduite. Les tentatives de relance économique font gagner quelques points d'activité à court terme, mais augmentent en contrepartie la dépense et les déficits publics. La dette progresse, tout en restant soutenable et sans devenir un réel enjeu de débat.
Après 1995, l'adoption du Pacte de stabilité et de croissance et la surveillance des critères de Maastricht donnent une dimension politique nouvelle à la maîtrise des dépenses, conduisant les gouvernements successifs à tenter de maîtriser les taux de prélèvement et de dette. Avec des premiers résultats : des services d'accompagnement des réformes, des services comme la DGME ou l'Anap ont été créés et la LOLF a démontré la possibilité d'un consensus non partisan sur ces sujets. Les dépenses de l'Etat diminuent depuis dix ans et l'objectif de dépenses de santé a été respecté en 2010. Mais cette tâche n'est pas achevée pour les dépenses locales (+ 1,8 point de PIB de 1998 à 2008) ou sociales (+ 0,8 point). La crise a enfin rendu ces efforts peu lisibles, l'effondrement des recettes effaçant les économies réalisées. Elle véhicule également une vision de court terme.
A rebours d'une crise qui pousse vers le court terme, tant il est urgent de donner des gages aux marchés sans lesquels notre pays ne peut plus payer ses dépenses courantes, le cycle suivant sera très probablement celui de la valeur du service public. Dans un cadre financier contraint par construction, les efforts de gestion s'orienteront vers deux questions : celle de la focalisation (compte tenu de moyens contraints, sur quels services concentrer les moyens et l'attention publics ?) et celle de l'évaluation (quelle est la valeur des services pour les usagers et comment l'améliorer ?). Certes, des prémices ont vu le jour sur l'évaluation, nationales avec la mission d'évaluation des politiques publiques ou mondiales avec l'évaluation Pisa sur l'éducation. Mais elles comptent encore peu dans la décision publique. L'évolution des missions a certes été abordée via les externalisations de la Défense ou l'extension des droits fondamentaux à l'accès Internet lors du jugement du Conseil constitutionnel relatif à l'Hadopi. Mais il manque une réflexion d'ensemble sur l'adaptation des services publics à l'évolution des besoins du public et aux possibilités offertes par la technologie.
Le prochain quinquennat marquera une transition entre ce cycle et le cycle actuel. Les projets qui le préparent devront donc passer deux tests. Le premier sera le test du réalisme : proposent-ils des moyens crédibles de réduire la dette publique ? Le second sera le test de la vision : quelles sont les réformes proposées pour améliorer la performance des grands services publics - éducation, santé, emploi ? Et la réponse ne pourra se limiter à mettre plus de moyens : il faudra préciser quels objectifs vont être améliorés et comment.
Car si les efforts pour rétablir l'équilibre des comptes publics resteront nécessaires, il faudra se défier des deux façons de parvenir à la faillite : à court terme en ignorant les comptes, à long terme en négligeant la valeur.
Le premier serait d'ignorer le présent et la nécessaire réduction des déficits. Le second serait d'insulter l'avenir, en limitant le débat à plus ou moins de moyens et en ignorant les impératifs qui s'imposeront au cours du prochain mandat, une fois l'équilibre des finances rétabli.
Car l'analyse des cycles de la réforme publique montre des tendances claires. Sur les cinquante dernières années, le premier de ces cycles est une phase de développement, qui fait passer la dépense publique de 35 % du PIB en 1960 à 42 % en 1975. Il s'agit alors d'accompagner le développement du pays, en construisant de grands services publics comme celui de l'emploi, en élargissant l'accès à ces services (comme pour l'enseignement supérieur) et en accompagnant l'activité des entreprises. Une croissance forte et une hausse régulière des prélèvements ont permis de mener cette phase sans gros effort de gestion.
Le choc pétrolier entame un cycle de dérapage budgétaire. Les dépenses publiques atteignent 55 % du PIB en 1995, alors que celle des recettes subit une croissance économique réduite. Les tentatives de relance économique font gagner quelques points d'activité à court terme, mais augmentent en contrepartie la dépense et les déficits publics. La dette progresse, tout en restant soutenable et sans devenir un réel enjeu de débat.
Après 1995, l'adoption du Pacte de stabilité et de croissance et la surveillance des critères de Maastricht donnent une dimension politique nouvelle à la maîtrise des dépenses, conduisant les gouvernements successifs à tenter de maîtriser les taux de prélèvement et de dette. Avec des premiers résultats : des services d'accompagnement des réformes, des services comme la DGME ou l'Anap ont été créés et la LOLF a démontré la possibilité d'un consensus non partisan sur ces sujets. Les dépenses de l'Etat diminuent depuis dix ans et l'objectif de dépenses de santé a été respecté en 2010. Mais cette tâche n'est pas achevée pour les dépenses locales (+ 1,8 point de PIB de 1998 à 2008) ou sociales (+ 0,8 point). La crise a enfin rendu ces efforts peu lisibles, l'effondrement des recettes effaçant les économies réalisées. Elle véhicule également une vision de court terme.
A rebours d'une crise qui pousse vers le court terme, tant il est urgent de donner des gages aux marchés sans lesquels notre pays ne peut plus payer ses dépenses courantes, le cycle suivant sera très probablement celui de la valeur du service public. Dans un cadre financier contraint par construction, les efforts de gestion s'orienteront vers deux questions : celle de la focalisation (compte tenu de moyens contraints, sur quels services concentrer les moyens et l'attention publics ?) et celle de l'évaluation (quelle est la valeur des services pour les usagers et comment l'améliorer ?). Certes, des prémices ont vu le jour sur l'évaluation, nationales avec la mission d'évaluation des politiques publiques ou mondiales avec l'évaluation Pisa sur l'éducation. Mais elles comptent encore peu dans la décision publique. L'évolution des missions a certes été abordée via les externalisations de la Défense ou l'extension des droits fondamentaux à l'accès Internet lors du jugement du Conseil constitutionnel relatif à l'Hadopi. Mais il manque une réflexion d'ensemble sur l'adaptation des services publics à l'évolution des besoins du public et aux possibilités offertes par la technologie.
Le prochain quinquennat marquera une transition entre ce cycle et le cycle actuel. Les projets qui le préparent devront donc passer deux tests. Le premier sera le test du réalisme : proposent-ils des moyens crédibles de réduire la dette publique ? Le second sera le test de la vision : quelles sont les réformes proposées pour améliorer la performance des grands services publics - éducation, santé, emploi ? Et la réponse ne pourra se limiter à mettre plus de moyens : il faudra préciser quels objectifs vont être améliorés et comment.
Car si les efforts pour rétablir l'équilibre des comptes publics resteront nécessaires, il faudra se défier des deux façons de parvenir à la faillite : à court terme en ignorant les comptes, à long terme en négligeant la valeur.
samedi, juin 18, 2011
Chomage, emploi : poursuivre le bon objectif
En matière de chômage, l'attention se focalise sur le taux ou le nombre de chômeurs. C'est malheureusement un très mauvais indicateur, pour plusieurs raisons.
D'abord, il est fortement influencé par des facteurs sur lesquels un gouvernement a peu de levier : démographie, conjoncture économique mondiale et nationale. Bien sur, la réduction du nombre total de demandeurs d'emploi est en soi une bonne chose lorsque l'on part des niveaux actuellement connus dans la plupart des pays du monde. Mais cette bonne chose peut s'avérer mauvaise en fonction de la façon dont elle est réalisée :
- une réduction du nombre de chômeurs est un échec s'ils sont découragé de chercher un emploi (et sortent alors des listes de Pole Emploi) ;
- si la sortie du chômage résulte de personnes placées en stages ou emploi "occupationnels" (ie, uniquement conçus pour que les gens sortent des statistiques), celà risquera les rendre moins employables ;
- à l'inverse, une partie du chômage et de la recherche d'emploi a une véritable utilité économique, si elle contribue à "développer du capital humain", par exemple par une formation qui permet d'accéder à un emploi de meilleure qualité, ou de sortir d'un emploi menacé ou condamné pour aller vers un secteur en croissance.
Le nombre de demandeurs inscrits est donc un mauvais indicateur. Une bien meilleure façon de piloter les politiques de l'emploi ou le bilan d'un gouvernement est la "valeur ajoutée économique", différence entre la valeur ajoutée de la production (qui compte pour zéro les emplois "occupationnels") diminuée de la valeur "de marché" des qualification mobilisées pour l'obtenir. Ainsi :
- une politique qui permet d'améliorer la valeur ajoutée des emplois contribue positivement à la VAE, alors qu'elle n'a pas d'impact sur le chômage mesuré ;
- une politique qui aide les chômeurs découragés, les seniors ou les femmes à accéder à un emploi est compté positivement, alors qu'elle ne modifie pas le taux de chômage mesuré ;
- une politique qui renforce la "recherche active d'emploi", visant à identifier le meilleur emploi possible pour chacun, au détriments de la gestion administrative des demandeurs est fortement valorisée, alors qu'un pilotage à court terme par la statistique de l'emploi n'en fait rien apparaitre.
D'abord, il est fortement influencé par des facteurs sur lesquels un gouvernement a peu de levier : démographie, conjoncture économique mondiale et nationale. Bien sur, la réduction du nombre total de demandeurs d'emploi est en soi une bonne chose lorsque l'on part des niveaux actuellement connus dans la plupart des pays du monde. Mais cette bonne chose peut s'avérer mauvaise en fonction de la façon dont elle est réalisée :
- une réduction du nombre de chômeurs est un échec s'ils sont découragé de chercher un emploi (et sortent alors des listes de Pole Emploi) ;
- si la sortie du chômage résulte de personnes placées en stages ou emploi "occupationnels" (ie, uniquement conçus pour que les gens sortent des statistiques), celà risquera les rendre moins employables ;
- à l'inverse, une partie du chômage et de la recherche d'emploi a une véritable utilité économique, si elle contribue à "développer du capital humain", par exemple par une formation qui permet d'accéder à un emploi de meilleure qualité, ou de sortir d'un emploi menacé ou condamné pour aller vers un secteur en croissance.
Le nombre de demandeurs inscrits est donc un mauvais indicateur. Une bien meilleure façon de piloter les politiques de l'emploi ou le bilan d'un gouvernement est la "valeur ajoutée économique", différence entre la valeur ajoutée de la production (qui compte pour zéro les emplois "occupationnels") diminuée de la valeur "de marché" des qualification mobilisées pour l'obtenir. Ainsi :
- une politique qui permet d'améliorer la valeur ajoutée des emplois contribue positivement à la VAE, alors qu'elle n'a pas d'impact sur le chômage mesuré ;
- une politique qui aide les chômeurs découragés, les seniors ou les femmes à accéder à un emploi est compté positivement, alors qu'elle ne modifie pas le taux de chômage mesuré ;
- une politique qui renforce la "recherche active d'emploi", visant à identifier le meilleur emploi possible pour chacun, au détriments de la gestion administrative des demandeurs est fortement valorisée, alors qu'un pilotage à court terme par la statistique de l'emploi n'en fait rien apparaitre.
samedi, avril 09, 2011
mardi, février 22, 2011
Révolution, Internet, et Common Knowledge
La presse a parfois qualifié de "fièvre" la multiplication des manifestations dans les pays d'Afrique du nord. En fait, on pourrait plutôt la qualifier de prise de conscience - dans laquelle internet pourrait jouer un rôle crucial, celui de "révélateur de common knowledge".
Le common knowledge traduit le passage de l'état dans lequel on sait une chose (il y a eu une manifestation dans mon pays) à l'état dans lequel tout le monde sait que tout le monde le sait, tout le monde sait que tout le monde sait que tout le monde le sait, etc.
Le rôle d'internet est absolument crucial : autrefois on savait qu'il se passait des choses, mais on
ne savait pas que tout le monde le savait, et donc qu'une action commune était possible. Avec internet tout monde sait que tout le monde sait. Autrement dit, quand "le roi est nu", tout le monde le voit, sait que tout le monde le voit et les efforts pour le cacher sont vains...
Le common knowledge traduit le passage de l'état dans lequel on sait une chose (il y a eu une manifestation dans mon pays) à l'état dans lequel tout le monde sait que tout le monde le sait, tout le monde sait que tout le monde sait que tout le monde le sait, etc.
Le rôle d'internet est absolument crucial : autrefois on savait qu'il se passait des choses, mais on
ne savait pas que tout le monde le savait, et donc qu'une action commune était possible. Avec internet tout monde sait que tout le monde sait. Autrement dit, quand "le roi est nu", tout le monde le voit, sait que tout le monde le voit et les efforts pour le cacher sont vains...
Libellés :
egypte,
révolution du jasmin,
révolution lybie,
revolution tunisie
mardi, février 01, 2011
Performance et organisation
Comme le souligne une étude très intéressante sur la performance éducative , l'amélioration de la performance nécessite un mode d'organisation plutôt centralisé et autoritaire lorsque l'on part d'une faible niveau, alors qu'il faut au contraire une organisation décentralisé reposant l'initiative des professeurs pour progresser dans un système déjà très performant.
Autrement dit, il faut être centralisé pour développer, puis décentralisé pour innover... Question de l'excellent Dominique Seux : celà s'applique-t-il aux pays - autoritaires pour émerger, puis démocratiques une fois développés ?
Autrement dit, il faut être centralisé pour développer, puis décentralisé pour innover... Question de l'excellent Dominique Seux : celà s'applique-t-il aux pays - autoritaires pour émerger, puis démocratiques une fois développés ?
lundi, janvier 17, 2011
mercredi, décembre 29, 2010
L'OIT vient de publier son rapport mondial sur les salaires.
Deux faits saillants :
a) Alors que les salaires des pays en développement continuent à croitre, ceux des pays développés sont moins dynamiques.
Ainsi, la hausse du pouvoir d'achat mondial est divisée par deux en 2008 et 2009 si l'on retire la Chine !
De la même façon, la dynamique des salaires des pays développés (5% sur dix ans) est très inférieure à celle des pays en développement (+234 % en dix ans en Europe centrale/asie centrale).
Il n'y a ici rien que du très normal : le salaire des actifs correspond à la redistribution de d'une partie de la valeur produite. Rien d'étonnant à ce que cette part croisse plus vite dans les pays qui sont en train de "remonter la chaine de valeur" que dans les pays (ie, dont les salariés sont en train de migrer de l'agriculture vers l'industrie) que dans les pays pour lesquels la hausse de la valeur produite tient davantage à l'augmentation de la productivité des activités existantes.
b) L'Afrique affiche une croissance forte du pouvoir d'achat des salaires (+16 %), trois fois plus forte que les pays développés, et supérieure à la zone Amérique latine/Caraïbes
Même si la situation en Afrique est très contrastée, ces chiffres confirment des études récentes qui confirment un décollage.
Au total, faut-il se féliciter ou regretter ces hausses de salaires ?
Les optimistes pourraient conclure que la hausse du pouvoir d'achat des pays en voie de développement est un atout et crée des marchés pour nos produits. Elle crée également une prime à la stabilité politique/économique susceptible d'avoir un effet "pacificateur".
Les pessimistes noteront que cette croissance va probablement tirer les prix des matières premières (pétrole, métaux,....) à la hausse, ce qui risque de ralentir la croissance des pays développés.
Comme toujours, la résultante sera une "prime aux agiles" : les pays développés capables de développer les marchés émergents tout en réduisant leur consommation de ressources non renouvelables seront gagnants, ceux qui s'enfermeront dans la voie inverse seront perdant. A cet égard, nous pourrions prendre exemple sur l'Allemagne dont le redémarrage économique n'est pas sans lien avec le goût pour les exportations, et l'écologie...
Deux faits saillants :
a) Alors que les salaires des pays en développement continuent à croitre, ceux des pays développés sont moins dynamiques.
Ainsi, la hausse du pouvoir d'achat mondial est divisée par deux en 2008 et 2009 si l'on retire la Chine !
De la même façon, la dynamique des salaires des pays développés (5% sur dix ans) est très inférieure à celle des pays en développement (+234 % en dix ans en Europe centrale/asie centrale).
Il n'y a ici rien que du très normal : le salaire des actifs correspond à la redistribution de d'une partie de la valeur produite. Rien d'étonnant à ce que cette part croisse plus vite dans les pays qui sont en train de "remonter la chaine de valeur" que dans les pays (ie, dont les salariés sont en train de migrer de l'agriculture vers l'industrie) que dans les pays pour lesquels la hausse de la valeur produite tient davantage à l'augmentation de la productivité des activités existantes.
b) L'Afrique affiche une croissance forte du pouvoir d'achat des salaires (+16 %), trois fois plus forte que les pays développés, et supérieure à la zone Amérique latine/Caraïbes
Même si la situation en Afrique est très contrastée, ces chiffres confirment des études récentes qui confirment un décollage.
Au total, faut-il se féliciter ou regretter ces hausses de salaires ?
Les optimistes pourraient conclure que la hausse du pouvoir d'achat des pays en voie de développement est un atout et crée des marchés pour nos produits. Elle crée également une prime à la stabilité politique/économique susceptible d'avoir un effet "pacificateur".
Les pessimistes noteront que cette croissance va probablement tirer les prix des matières premières (pétrole, métaux,....) à la hausse, ce qui risque de ralentir la croissance des pays développés.
Comme toujours, la résultante sera une "prime aux agiles" : les pays développés capables de développer les marchés émergents tout en réduisant leur consommation de ressources non renouvelables seront gagnants, ceux qui s'enfermeront dans la voie inverse seront perdant. A cet égard, nous pourrions prendre exemple sur l'Allemagne dont le redémarrage économique n'est pas sans lien avec le goût pour les exportations, et l'écologie...
Inscription à :
Articles (Atom)








