Dans "L'homme et le marché", j'évoquais les quatre piliers d'un gouvernement - comprendre, réunir, créer et répartir.
Plusieurs leviers peuvent permettre la création de richesse supplémentaires, mais les politiques industrielles (au sens anglo-saxon, c'est à dire les politiques publiques visant à développer autant les services que l'industrie ou l'agriculture) sont la voie le plus mise en avant. Ce débat sépare généralement ceux qui estiment qu'il vaut mieux ne rien faire - le bilan des politiques passées étant au mieux neutre et les moyens de l'Etat limités - et ceux qui estiment qu'avec du volontarisme tout est possible - les questions de coût ou de rendement étant secondaires.
Il est vrai que les contraintes de finances publiques, le développement des accords de libre échange (posant des limites à la discrimination favorable aux "champions nationaux") ou les analyses du bilan des politiques interventionnistes (mitigé, avec des succès comme Airbus, mais également des échecs comme Concorde, Minitel,...) ont poussé beaucoup d'analyste à voir la fin des politiques industrielles.
Mais c'est oublier d'autres voies d'interventions, beaucoup moins couteuses et pas forcément moins efficaces telles que :
- la coordination entre les stratégies publiques et les stratégies privées, dans des secteurs fortement régulés. C'est le cas notamment pour les industries de santé, ou les "utilities" (eau, services aux collectivités,...) pour lesquelles une structuration intelligente peut être source d'avantage concurrentiel au niveau mondial ;
- l'appui international des intérêts nationaux, comme c'est le cas notamment pour l'Allemagne dans le domaine des normes techniques, favorisant les produits allemands de qualité ;
- l'innovation dans le secteur public, à l'exemple de l'appui des autorités américaines au développement des puces RFID ;
- le développement au Japon des industries liées au vieillissement, notamment robotique, par un effort concerté entre le gouvernement (dans un rôle de stratége et de coordonnateur de grands projets) et les industriels
Ces outils peuvent avoir une puissance considérable, qui peut être utilisée pour le bien comme pour le mal : l'insuffisance de normes dans le domaine de la finance, initialement pensée pour favoriser le développement d'une industrie, représente sans doute l'erreur de politique industrielle la plus coûteuse de tous les temps. Il existe également des exemples en Europe, dans le secteur de l'énergie, de gouvernements qui ont poussé des normes inadaptées ou excessives dans le but de favoriser son industrie, mais aux détriments des consommateurs.
Ainsi cette "nouvelle voie" n'échappe pas, comme les précédentes, au risque d'abus. Comme pour les précédentes, leur efficacité repose avant tout sur l'intelligence, et le gout pour l'intérêt général de ceux qui les utilisent...
samedi, octobre 02, 2010
vendredi, août 13, 2010
Si un professeur est moins bien payé qu'un banquier, est-ce parce qu'il est moins utile ?
Une étude fort intéressante de Raj Chetty, economiste à Harvard a étudié la "valeur créée" par un bon professeur, par rapport à un professeur médiocre. La réponse : 320.000 $, ce qui correspond au gain de salaire auquel pourra prétendre l'étudiant qui aura eu la chance d'avoir un bon professeur. Soit nettement plus que l'éventuel bonus donné à un professeur exceptionnel dans tous les pays du monde
Cette étude rappelle un fait constant dans toutes les études étudiant le niveau de salaire : ce qui fixe le niveau des salaires est en général moins la valeur créée (celle du professeur est forte) que la capacité de celui qui crée cette valeur à s'en attribuer une partie. Ainsi Albert Einstein aura-t-il très nettement moins gagné au cours de sa vie qu'une grande partie des responsables d'activités de titrisation de produits financiers structurés "toxiques".
Cette étude rappelle un fait constant dans toutes les études étudiant le niveau de salaire : ce qui fixe le niveau des salaires est en général moins la valeur créée (celle du professeur est forte) que la capacité de celui qui crée cette valeur à s'en attribuer une partie. Ainsi Albert Einstein aura-t-il très nettement moins gagné au cours de sa vie qu'une grande partie des responsables d'activités de titrisation de produits financiers structurés "toxiques".
jeudi, août 12, 2010
P est-t-il égal à NP ?
Le 6 aout 2010, un chercheur Indien de 39 ans a apporté des éléments (une preuve de plus de 100 pages encore en cours de vérification, avec semble-t-il des doutes à ce stade) d'une démonstration de l'un des problèmes les plus importants des mathématiques algorithmiques : P <>NP - c'est à dire : existe-t-il des problèmes pour lesquels il est facile de vérifier si une solution convient, mais très difficile de trouver une solution.
Pour donner une image plus romantique : faut-il les mêmes capacités, et éventuellement un peu de méthode, pour apprécier une symphonie de Mozard ou "l'Etre et le Néant" et pour les écrire ?
P désigne les problèmes dont les solutions peuvent être systématiquement trouvées dans un temps "court" par rapport à la longueur du problème. Par exemple, trier les éléments d'une liste de taille N peut se faire en un temps inférieur à N^2 (il suffit par exemple de parcourir la liste pour chercher les plus petit, puis de parcours le reste de la liste pour cherche le 2e plus petit, etc...).
NP désigne les problèmes pour lesquels il n'existe pas de méthode systématique permettant de les résoudre en un temps "court" (il leur faut un temps exponentiel avec la taille du problème, c'est à dire qu'il devient très rapidement trop long à résoudre, même pour un ordinateur), alors qu'il est possible de vérifier si une solution est la bonne en un temps court. Par exemple, savoir dans quel ordre mettre des valises de tailles différentes pour remplir le plus possible le coffre d'une voiture est un problème difficile : à part essayer toutes les solutions, il n'existe pas de méthode simple assurant un succès rapide dans tous les cas. C'est compliqué avec 10 valises, très difficile avec 100.000 valises.
Pour savoir si un problème est dans NP, il ne suffit pas d'avoir du mal à trouver une solution : par exemple, la résolution du Rubiks Cube est difficile pour beaucoup de personnes (alors qu'il est très simple de voir s'il a été résolu ou non), mais il existe pourtant des solutions simples et automatisables pour le résoudre. Les chercheurs qui se sont penché sur ces questions ont ainsi identifié un ensemble de problèmes "NP-complets", à la fois difficiles à résoudre, et tels que, si l'un d'entre eux était résolu (c'est à dire si une méthode simple et systématique de résolution était trouvée), alors une méthode simple pour chacun des problèmes "NP" pourrait en être déduite.
Si P n'est pas égal à NP, celà signifie qu'il existera des problèmes dont la solution est facile à vérifier mais pour lesquels personne ne trouvera jamais une solution simple pour les résoudre. Actuellement, on connait actuellement des tas de problèmes durs à résoudre, mais personne n'est sur - à moins que la démonstration de N = NP soit faite - qu'il existe une méthode simple pour leur trouver une solution. Par exemple : remplir un sac ou un coffre, trouver le parcours le plus court possibles passant par une liste de villes, Tétris, gérer des emplois du temps...
Actuellement, la majorité des scientifiques pense que P <> NP, reste à voir si la démonstration de Vinay Deolalikar tient (celà peut prendre du temps, comme ce fut le cas pour le théorème de Fermat, et nécessiter de compléter la preuve actuellement apportée)... Même dans l'hypothèse inverse il aura confirmé la puissance exceptionnelle de l'Inde dans le domaine informatique, et la force du modèle américain de "chasse aux talents"...
Pour donner une image plus romantique : faut-il les mêmes capacités, et éventuellement un peu de méthode, pour apprécier une symphonie de Mozard ou "l'Etre et le Néant" et pour les écrire ?
P désigne les problèmes dont les solutions peuvent être systématiquement trouvées dans un temps "court" par rapport à la longueur du problème. Par exemple, trier les éléments d'une liste de taille N peut se faire en un temps inférieur à N^2 (il suffit par exemple de parcourir la liste pour chercher les plus petit, puis de parcours le reste de la liste pour cherche le 2e plus petit, etc...).
NP désigne les problèmes pour lesquels il n'existe pas de méthode systématique permettant de les résoudre en un temps "court" (il leur faut un temps exponentiel avec la taille du problème, c'est à dire qu'il devient très rapidement trop long à résoudre, même pour un ordinateur), alors qu'il est possible de vérifier si une solution est la bonne en un temps court. Par exemple, savoir dans quel ordre mettre des valises de tailles différentes pour remplir le plus possible le coffre d'une voiture est un problème difficile : à part essayer toutes les solutions, il n'existe pas de méthode simple assurant un succès rapide dans tous les cas. C'est compliqué avec 10 valises, très difficile avec 100.000 valises.
Pour savoir si un problème est dans NP, il ne suffit pas d'avoir du mal à trouver une solution : par exemple, la résolution du Rubiks Cube est difficile pour beaucoup de personnes (alors qu'il est très simple de voir s'il a été résolu ou non), mais il existe pourtant des solutions simples et automatisables pour le résoudre. Les chercheurs qui se sont penché sur ces questions ont ainsi identifié un ensemble de problèmes "NP-complets", à la fois difficiles à résoudre, et tels que, si l'un d'entre eux était résolu (c'est à dire si une méthode simple et systématique de résolution était trouvée), alors une méthode simple pour chacun des problèmes "NP" pourrait en être déduite.
Si P n'est pas égal à NP, celà signifie qu'il existera des problèmes dont la solution est facile à vérifier mais pour lesquels personne ne trouvera jamais une solution simple pour les résoudre. Actuellement, on connait actuellement des tas de problèmes durs à résoudre, mais personne n'est sur - à moins que la démonstration de N = NP soit faite - qu'il existe une méthode simple pour leur trouver une solution. Par exemple : remplir un sac ou un coffre, trouver le parcours le plus court possibles passant par une liste de villes, Tétris, gérer des emplois du temps...
Actuellement, la majorité des scientifiques pense que P <> NP, reste à voir si la démonstration de Vinay Deolalikar tient (celà peut prendre du temps, comme ce fut le cas pour le théorème de Fermat, et nécessiter de compléter la preuve actuellement apportée)... Même dans l'hypothèse inverse il aura confirmé la puissance exceptionnelle de l'Inde dans le domaine informatique, et la force du modèle américain de "chasse aux talents"...
lundi, juillet 19, 2010
Feu les 15 % de rendement...
Au sommet de la bulle internet, dont nombreuses interrogations existaient sur le fameux "rendement de 15%" recherché par les investisseurs dans tout nouveau projet. Une étude très intéressante de McKinsey montre que cette quête du rendement impossible est la norme sur les marchés...
samedi, mai 15, 2010
Pourquoi être optimiste en mai 2010 ? Quatre bonnes raisons.
- La crise financière s'est accompagnée d'une baisse de l'euro de près de 20 % par rapport aux plus hauts. Cela représente un gain de compétitivité considérable - équivalent à un passage de 35 à 42 heures sans hausse de salaires, ou à une exonération de 50 % des cotisations patronales.
- L'accumulation de mauvaises nouvelles concernant les dettes bancaires ou celles des Etats marque surtout un coup de frein à des années de hausse : difficile pour un Etat ou une banque de continuer les excès du passé dans le contexte actuel. Or connaitre le nom de sa maladie, c'est déjà faire un premier pas vers la guérison...
- Une crise est aussi une opportunité de changement ; « Soyez vous-même le changement du monde que vous voulez voir dans le monde » (Ghandi, cité dans "Survivre face aux crises", Jacques Attali). De nombreuses réussites (voir ici le témoignage de Steve Jobs) financières, économiques, politiques sont nées de crises, qui permettent à des nouveaux concepts ou des nouvelles personnalités d'émerger - comme l'a écrit Gramsci : "La crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître"
- Comme je l'expliquais dans un billet en 2008, la phase de "fin de cycle" que nous vivons actuellement marque aussi le début du suivant. Les ressources financières vont progressivement se réorienter vers des sources de valeurs plus "tangibles" que les montages financiers obscurs, les meilleures élèves vont recommencer à choisir la recherche ou l'industrie plutôt que l'ingéniérie financière sophistiquée, la "classe créative" mondiale va se refocaliser sur les façons de résoudre les grands problèmes qui frappent l'humanité, plutôt que sur la façon de contourner la régulation prudentielle bancaire.
- L'accumulation de mauvaises nouvelles concernant les dettes bancaires ou celles des Etats marque surtout un coup de frein à des années de hausse : difficile pour un Etat ou une banque de continuer les excès du passé dans le contexte actuel. Or connaitre le nom de sa maladie, c'est déjà faire un premier pas vers la guérison...
- Une crise est aussi une opportunité de changement ; « Soyez vous-même le changement du monde que vous voulez voir dans le monde » (Ghandi, cité dans "Survivre face aux crises", Jacques Attali). De nombreuses réussites (voir ici le témoignage de Steve Jobs) financières, économiques, politiques sont nées de crises, qui permettent à des nouveaux concepts ou des nouvelles personnalités d'émerger - comme l'a écrit Gramsci : "La crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître"
- Comme je l'expliquais dans un billet en 2008, la phase de "fin de cycle" que nous vivons actuellement marque aussi le début du suivant. Les ressources financières vont progressivement se réorienter vers des sources de valeurs plus "tangibles" que les montages financiers obscurs, les meilleures élèves vont recommencer à choisir la recherche ou l'industrie plutôt que l'ingéniérie financière sophistiquée, la "classe créative" mondiale va se refocaliser sur les façons de résoudre les grands problèmes qui frappent l'humanité, plutôt que sur la façon de contourner la régulation prudentielle bancaire.
jeudi, mai 13, 2010
samedi, mai 08, 2010
Chiffres astronomiques...
" There are 100.000.000.0000 stars in the galaxy. That used to be a huge number. But it's only a hundred billion. It's less than the national deficit! We used to call them astronomical numbers. Now we should call them economical numbers."
R. Feynman
R. Feynman
dimanche, mai 02, 2010
Dette publique : perspectives inquiétantes de la BIS
La Banque pour les Réglements Internationaux (BIS) a publié en mars un papier très inquiétant.
Il estime en effet qu'en 2040, compte tenu des déficits actuels et de l'évolution des dépenses liées au viellissement, la dette de la France serait comprise entre 200 et 400 % du PIB.
Autrement dit, les seuils de soutenabilité de la dette publique que j'évoquais dans l'article des Echos seraient dépassés : seuil économique (au-delà duquel la dette pèse trop sur l'activité), financier (au-delà duquel la capacité de payement est entâchée, et les banques ne prêteront plus aux états) et politique (au-delà duquel les jeunes refusent de payer pour les dépenses de leurs aînés)...
Il estime en effet qu'en 2040, compte tenu des déficits actuels et de l'évolution des dépenses liées au viellissement, la dette de la France serait comprise entre 200 et 400 % du PIB.
Autrement dit, les seuils de soutenabilité de la dette publique que j'évoquais dans l'article des Echos seraient dépassés : seuil économique (au-delà duquel la dette pèse trop sur l'activité), financier (au-delà duquel la capacité de payement est entâchée, et les banques ne prêteront plus aux états) et politique (au-delà duquel les jeunes refusent de payer pour les dépenses de leurs aînés)...
vendredi, avril 09, 2010
Les trois limites de la dette publique
Les Echos publient ce matin un billet sur la dette, repris ci-après.
Le prochain livre de Jacques Attali "Tous ruinés" parlera dans plus de détails de cette épineuse question. Lecture recommandée !
Voir aussi Paul Krugman sur le même sujet, m si je ne partage pas la vision qu'il peut sembler défendre sur la nécessité d'avoir de l'inflation pour se débarrasser de la dette. Réduire sa dette par l'inflation revient à spolier les emprunteurs - certes plus "doucement" qu'en répudiant sa dette, mais avec des conséquences similaires sur le long terme (perte de crédibilité)... Les seules solutions vertueuses et efficaces pour atteindre un endettement raisonnable sont soit de ne jamais atteindre un niveau déraisonnable de dette, soit de réduire sa dette par des moyens "honnêtes" - c'est à dire en réduisant les déficits...
S’agissant de la dette, on peut cependant identifier encore trois limites devant nous :
Le prochain livre de Jacques Attali "Tous ruinés" parlera dans plus de détails de cette épineuse question. Lecture recommandée !
Voir aussi Paul Krugman sur le même sujet, m si je ne partage pas la vision qu'il peut sembler défendre sur la nécessité d'avoir de l'inflation pour se débarrasser de la dette. Réduire sa dette par l'inflation revient à spolier les emprunteurs - certes plus "doucement" qu'en répudiant sa dette, mais avec des conséquences similaires sur le long terme (perte de crédibilité)... Les seules solutions vertueuses et efficaces pour atteindre un endettement raisonnable sont soit de ne jamais atteindre un niveau déraisonnable de dette, soit de réduire sa dette par des moyens "honnêtes" - c'est à dire en réduisant les déficits...
Les trois limites de la dette publique
Notre dette publique a atteint 1.489 milliards d’euros fin 2009, soit 17 points de plus que les 60 % du PIB des critères de Maastricht. « Quand les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limites », aurait dit Alphonse Allais.
S’agissant de la dette, on peut cependant identifier encore trois limites devant nous :
- la limite de l’efficacité, au-delà de laquelle la dette publique pèse sur la croissance ;
- la limite de solvabilité, au-delà de laquelle un pays ne peut plus payer les intérêts de sa dette ;
- la limite de soutenabilité, au-delà de laquelle la dette est jugée tellement injuste par les jeunes générations qu’elle entraîne une rupture du pacte social.
La limite d’efficacité est difficile à estimer
Certes, les pays qui ont le plus de dette ont le moins de croissance. Mais les raisons de ce lien peuvent être multiples : c’est le ralentissement de la croissance japonaise qui a entraîné l’augmentation de sadette publique, et non l’inverse. Il est clair qu’un fort besoin de financement public va réduire les financements disponibles pour le privé et réduire l’efficacité publique en rendant impossibles des dépenses d’avenir même très rentables. Mais ces effets sont difficilement quantifiables.
La limite de solvabilité dépend du niveau de la dette et des taux d’intérêt
Le Japon avec une dette de 200 % du PIB mais un taux de 1,5 % aura le même niveau de charges d’intérêt que la France avec 80 % de dette. Voila comment le Japon pourra soutenir, tant que ses taux restent bas, une dette plus élevée que la Grèce.
Pour la France, si on estime que le niveau de dette « insupportable » serait une ponction de 5 % à 10 % du PIB destinée à la dette, le « plafond » se situerait entre 125 % et 250 % du PIB. Ce plafond sera d’autant plus élevé que la dette sera soutenable, c’est-à-dire que les Français accepteront de payer les impôts destinés à payer les intérêts de la dette.
Une limite de soutenabilité incertaine
La limite de soutenabilité dépend quant à elle de « l’actif net public », c’est-à-dire de l’écart entre le niveau de la dette publique et la valeur des actifs publics dont une génération hérite des précédentes. La Cour des comptes estimait cet actif net à - 690 milliards fin 2008, et il a probablement dépassé - -800 milliards en 2009 pour une dette de 1.500 milliards. Autrement dit, plus de la moitié des intérêts de la dettepayés chaque année sont une ponction sans contrepartie en termes d’actifs.
A partir de quel niveau cette ponction serait-elle jugée injuste au point de représenter un danger pour la cohésion du pays ? Les dommages de guerre imposés à l’Allemagne par le traité de Versailles peuvent donner une référence : la crise allemande de l’entre-deux-guerres fut notamment liée au rejet par les contribuables de prélèvements jugés injustes. Or les montants annuels de réparations représentaient entre 4 % et 7 % du PIB, et notre dette devrait atteindre 140 % à actifs constants pour représenter ce niveau de ponction. Notons au passage que la question du rapport coût-bénéfice du service public représente un enjeu comparable : une sous-productivité de 10 % sur 50 % du PIB de dépenses publiquesinduit une ponction de 5 % ; pour la réduire, la lutte contre les déficits doit privilégier la réduction des coûts sur la hausse des impôts.
Des limites fondamentalement politiques
Ces estimations ignorent cependant les actifs immatériels, tels que la valeur de l’éducation des Français et des passifs tels que les retraites, qui représentent des milliers de milliards. A cet égard, la réforme des retraites constituera une étape cruciale pour assurer le maintien à long terme de l’équité intergénérationnelle. Il en va de même de la quête d’une plus grande performance de notre système éducatif et de recherche.
Au total, la dette nous pose un problème politique plus que financier : celui de l’équité entre les générations et de la façon dont nous veillons à ce que chacune d’entre elles ait à porter une dette qui ne soit pas disproportionnée par rapport aux retours dont elle bénéficie.
Cet article a été publié dans "Les échos" le 9 avril 2010
Libellés :
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solvabilité
dimanche, avril 04, 2010
Qu'est-ce qu'un niveau de dette insupportable ???
Une dette publique élevée peut devenir "insupportable" pour au moins trois raisons :
A - un problème de soutenabilité économique, si son montant devient tel qu''il n'est plus possible d'acquitter les intérêts
B - un problème de soutenabilité politique, si montant est trop élevé par rapport aux actifs publics : dans ce dernier cas une génération recevant une dette forte et des actifs publics limités pourrait décider de cesser de payer une dette accumulée par les générations précédentes
C -un problème d'efficacité économique, le niveau de la dette pouvant freiner l'économie
A quels points situent les niveaux "insoutenables" sur chacun de ces trois critères ?
A -Le niveau soutenable économiquement dépendra surtout du montant des intérêts à payer, c'est à dire qu'il sera fonction du niveau de la dette, mais également du niveau des taux d'intérêt.
U pays qui aura 200 % de son PIB en dette avec des taux de 1,5% (cas du Japon) aura la même charge à payer qu'un pays qui aura 80% de son PIB en dette avec un taux de 4 % (cas de la France). Ceci explique comment le Japon peut soutenir sans problème une dette bien plus élevée (au moins tant que ses taux restent bas) que ne l'est, par exemple, celle de la Grèce.
Si on prend une hypothèse de taux de 4%, et si on estime que le niveau "insupportable" sera une ponction de 10 % du PIB uniquement destinée à la dette, le niveau de dette "plafond" se situe aux environs de 250 % du PIB. On en est encore loin...
Il est cependant difficile de définir quel est le niveau de ponction "insupportable" pour un pays.
Notons cependant que les dommages de guerre infligé à l'Allemagne dans les années 20, ne représentaient que 3 % du PIB (4 à 7 % selon d'autres études) - ce qui correspond à une dette de 80 % du PIB, c'est à dire le niveau français actuel...
B - Comme l'indique un billet précédent on peut calcul un "actif net public" (valeur des propriétés publiques - dette publique). Il est actuellement négatif. A quel niveau ce "passif" sera-t-il trop fort ?
Difficile à dire. Il faudrait en effet définir à quel niveau d'inéquité entre génération le contrat social peut se rompre. Et avant celà calculer un bilan plus fin que celui du billet précédent, en faisant différence entre :
On peut, par ailleurs, estimer une "borne haute" pour le niveau non soutenable de la façon suivante :
Dans ces conditions, le niveau de dette qui amènerait la France au bord du gouffre serait de 160 % du PIB : 80 % (niveau actuel) + 80 % (niveau correspondant à une ponction de 3 % par an sans contrepartie pour la génération qui la payerait).
C - Les effets négatifs de la dette sur l'économie peuvent être séparés en trois catégories :
i - des effets d'éviction (la dette publique consomme tous les financement disponibles et asphyxie le secteur privé)
ii - des effets dits "ricardiens" : les entreprises et les citoyens anticipent plus d'impôts ou moins de services demain, et réagissent à une hausse de la dette en réduisant leur consommation
iii - des effets d'incitation : la ponction réalisée chaque année pour payer les intérêts de la dette fait que les citoyens reçoivent moins en service que ce qu'ils ne contribuent en activité (une partie de leur activité est taxée pour payer les intérêts de la dette), ce qui réduit leur incitation augmenter leur activité
On peut estimer le seuil de rupture pour le point iii avec calculs comparables à ceux du point B. Il existe également quelques études sur les points i et ii (dont une, dont j'ai oublié la référence, du FMI ou de la banque mondiale), mais aucun ne permet de réaliser un chiffrage précis du niveau intolérable.
A - un problème de soutenabilité économique, si son montant devient tel qu''il n'est plus possible d'acquitter les intérêts
B - un problème de soutenabilité politique, si montant est trop élevé par rapport aux actifs publics : dans ce dernier cas une génération recevant une dette forte et des actifs publics limités pourrait décider de cesser de payer une dette accumulée par les générations précédentes
C -un problème d'efficacité économique, le niveau de la dette pouvant freiner l'économie
A quels points situent les niveaux "insoutenables" sur chacun de ces trois critères ?
A -Le niveau soutenable économiquement dépendra surtout du montant des intérêts à payer, c'est à dire qu'il sera fonction du niveau de la dette, mais également du niveau des taux d'intérêt.
U pays qui aura 200 % de son PIB en dette avec des taux de 1,5% (cas du Japon) aura la même charge à payer qu'un pays qui aura 80% de son PIB en dette avec un taux de 4 % (cas de la France). Ceci explique comment le Japon peut soutenir sans problème une dette bien plus élevée (au moins tant que ses taux restent bas) que ne l'est, par exemple, celle de la Grèce.
Si on prend une hypothèse de taux de 4%, et si on estime que le niveau "insupportable" sera une ponction de 10 % du PIB uniquement destinée à la dette, le niveau de dette "plafond" se situe aux environs de 250 % du PIB. On en est encore loin...
Il est cependant difficile de définir quel est le niveau de ponction "insupportable" pour un pays.
Notons cependant que les dommages de guerre infligé à l'Allemagne dans les années 20, ne représentaient que 3 % du PIB (4 à 7 % selon d'autres études) - ce qui correspond à une dette de 80 % du PIB, c'est à dire le niveau français actuel...
B - Comme l'indique un billet précédent on peut calcul un "actif net public" (valeur des propriétés publiques - dette publique). Il est actuellement négatif. A quel niveau ce "passif" sera-t-il trop fort ?
Difficile à dire. Il faudrait en effet définir à quel niveau d'inéquité entre génération le contrat social peut se rompre. Et avant celà calculer un bilan plus fin que celui du billet précédent, en faisant différence entre :
- le rendement "socio économique" des actifs publics (connaissances, bâtiments, oeuvres d'art) - c'est à dire estimer la valeur qui en est tirée (en additionnant les loyers économisés, la plaisir à regarder des tableau, le gain en salaire lié à l'éducation,...).
- le coût de la dette (plus simple a calculer)
- la création nette d'actifs (ie, la valeur de ceux créés moins la valeur de ceux disparus) peut être considérée proche de zéro. Ainsi, des jeunes ont été formés, mais le nombre de personnes partant à la retraite étant désormais plus fort que celui de ceux qui finissent leurs études, le "capital humain" n'a pas progressé
- l'augmentation de la dette a été bien réelle
On peut, par ailleurs, estimer une "borne haute" pour le niveau non soutenable de la façon suivante :
- supposons que le niveau actuel de dette représente un actif net égal au plus à zéro (en ajoutant au bilan négatif cité précédemment la valeur des actifs immatériels)
- supposons qu'un niveau "inacceptable" d'inéquité est le cout de 3 % annuel infligé à l'Allemagne en 1920, et qui a constitué une cause importante de la crise social, monétaire et politique qui a conduit au nazisme
Dans ces conditions, le niveau de dette qui amènerait la France au bord du gouffre serait de 160 % du PIB : 80 % (niveau actuel) + 80 % (niveau correspondant à une ponction de 3 % par an sans contrepartie pour la génération qui la payerait).
C - Les effets négatifs de la dette sur l'économie peuvent être séparés en trois catégories :
i - des effets d'éviction (la dette publique consomme tous les financement disponibles et asphyxie le secteur privé)
ii - des effets dits "ricardiens" : les entreprises et les citoyens anticipent plus d'impôts ou moins de services demain, et réagissent à une hausse de la dette en réduisant leur consommation
iii - des effets d'incitation : la ponction réalisée chaque année pour payer les intérêts de la dette fait que les citoyens reçoivent moins en service que ce qu'ils ne contribuent en activité (une partie de leur activité est taxée pour payer les intérêts de la dette), ce qui réduit leur incitation augmenter leur activité
On peut estimer le seuil de rupture pour le point iii avec calculs comparables à ceux du point B. Il existe également quelques études sur les points i et ii (dont une, dont j'ai oublié la référence, du FMI ou de la banque mondiale), mais aucun ne permet de réaliser un chiffrage précis du niveau intolérable.
dimanche, mars 28, 2010
A qui apparient la dette ?
Est-il important de savoir à qui appartient la dette publique ?
La question agite de nombreux analystes. Il est vrai qu'avoir une dette publique majoritairement détenue à l'étranger peut poser des problèmes de souveraineté - un jour, l'Etat pourrait se trouver confronté à des pressions, et devoir accorder des concessions pour continuer à placer sa dette. C'est d'ailleurs déjà le cas, et pas nécessairement dans le mauvais sens : pour placer sa dette publique, la France est contrainte de démontrer un minimum de cohérence dans la gestion de ses déficits...
Faut-il s'inquiéter de voir notre dette publique détenue par des créanciers étrangers ? Si on entre dans cette logique, il faut aussi regarder à qui appartiennent nos actions, les usines qui font nos produits ou le pétrole de nos voitures... Autant facteurs de dépendance vis-à-vis d'autres pays. La science économique est d'ailleurs largement sur l'idée que les inconvénients d'une dépendance mutuelle sont inférieurs à ses bénéfices, même une fois pris en compte les coûts de transaction.
Si on remet cette idée en cause il faut le faire globalement. Et il est probable que l'on constate alors que la dépendance extérieure s'agissant du pétrole pose de problèmes que la dette : en effet, un Etat peut toujours lever dette publique en mobilisant l'épargne de ses concitoyens ou même répudier sa dette. Il est difficile d'en faire de même pour la consommation pétrolière !
dimanche, mars 21, 2010
Dette publique, croissance et relance
La dette publique française dépassera 86 % du PIB fin 2010 selon les estimations du gouvernement. Est-ce grave ?
Notons d'abord qu'une dette (c'est à dire l'argent dû par un Etat) ne pose de difficulté que si elle est supérieure aux actifs (c'est à dire l'argent qui peut être obtenu par ce même Etat). Autrement dit la question est moins celle du niveau de la dette que du niveau de "l'actif net public" (valeur des propriétés publiques - dette publique). Et malheureusement ce bilan est négatif
On peut évidement discuter de la méthodologie retenue (certains actifs tels que l'Arc de Triomphe ne sont probablement pas enregistrés à leur valeur de marché, c'est à dire la valeur qui pourrait être obtenue en les vendant aux enchères). On pourrait également noter que ce tableau ne comptabilise pas les actifs "immatériels" (c'est à dire, par exemple, la valeur de marché des connaissances scientifiques du pays).
C'est vrai, mais une chose est sure : en évolution, la croissance forte de la dette publique des années récente n'a eu aucune contrepartie en terme d'accélération des créations d'actifs, matériels ou immatériels.
Si l'on reprend les estimation de la Cour des Comptes, en supposant que la valeur des actifs n'a progressé que de l'inflation de 2008 à 2009, le bilan de la France s'est dégradé de plus de 100 milliards en 2009


Avec un taux d'intérêt moyen de 4 %, ces 123 milliards représentent une ponction stérile d'envrion 5 millards d'euros par an. Et c'est là que réside le premier problème économique de la dette : cette "ponction stérile" va peser sur l'activité car une partie de l'effort de la nation ne donnera aucun retour à ceux qui le réalisent mais sera ponctionné.
Notons cependant que la dette n'est pas le seul élément à pouvoir réaliser des "ponctions stériles" : après la seconde guerre mondiale, les ponctions à l'Allemagne (et dénoncées à l'époque par Keynes) au titre de la réparation des dommages de guerre ont eu un effet similaire. De la même façon, un état mal géré réalisera une ponction égale au montant de ses gaspillages.
Notons d'ailleurs que c'est probablement là que réside la principale "ponction stérile" dans la plupart des pays développés comme le montre un simple calcul d'ordres de grandeur pour la France :
Un dernier effet négatif de la dette est indirect : une dette élevée va induire un risque élevé de "deleveraging", c'est à dire de réduction des dépenses ou des investissements afin de permettre une réduction de la dette. Or autant les phases d'augmentation de la dette accélèrent la croissance (les gens, les entreprises ou les états consomment plus qu'ils ne gagnent), autant les phases de réduction de la dette vont ralentir la croissance. Faire des économies pour réduire la dette est une bonne chose, mais le faire sans précautions pèsera sur la croissance : la vertu est bien mal récompensée à court terme !
A cet égard, le McKinsey Global Institute a publié une étude intéressante, qui quantifie ces effets par grands acteurs (ménages, entreprises, états) et par pays.
Notons d'abord qu'une dette (c'est à dire l'argent dû par un Etat) ne pose de difficulté que si elle est supérieure aux actifs (c'est à dire l'argent qui peut être obtenu par ce même Etat). Autrement dit la question est moins celle du niveau de la dette que du niveau de "l'actif net public" (valeur des propriétés publiques - dette publique). Et malheureusement ce bilan est négatif
On peut évidement discuter de la méthodologie retenue (certains actifs tels que l'Arc de Triomphe ne sont probablement pas enregistrés à leur valeur de marché, c'est à dire la valeur qui pourrait être obtenue en les vendant aux enchères). On pourrait également noter que ce tableau ne comptabilise pas les actifs "immatériels" (c'est à dire, par exemple, la valeur de marché des connaissances scientifiques du pays).
C'est vrai, mais une chose est sure : en évolution, la croissance forte de la dette publique des années récente n'a eu aucune contrepartie en terme d'accélération des créations d'actifs, matériels ou immatériels.
Si l'on reprend les estimation de la Cour des Comptes, en supposant que la valeur des actifs n'a progressé que de l'inflation de 2008 à 2009, le bilan de la France s'est dégradé de plus de 100 milliards en 2009


Avec un taux d'intérêt moyen de 4 %, ces 123 milliards représentent une ponction stérile d'envrion 5 millards d'euros par an. Et c'est là que réside le premier problème économique de la dette : cette "ponction stérile" va peser sur l'activité car une partie de l'effort de la nation ne donnera aucun retour à ceux qui le réalisent mais sera ponctionné.
Notons cependant que la dette n'est pas le seul élément à pouvoir réaliser des "ponctions stériles" : après la seconde guerre mondiale, les ponctions à l'Allemagne (et dénoncées à l'époque par Keynes) au titre de la réparation des dommages de guerre ont eu un effet similaire. De la même façon, un état mal géré réalisera une ponction égale au montant de ses gaspillages.
Notons d'ailleurs que c'est probablement là que réside la principale "ponction stérile" dans la plupart des pays développés comme le montre un simple calcul d'ordres de grandeur pour la France :
- avoir 30 % du PIB en actifs pour 80 % de dette réalise une "ponction stérile" de (80-30)x taux de 4 % = 2 % du PIB
- les dommages de guerre payés par l'Allemagne ont représenté une ponction d'environ 3 % du PIB à l'époque
- avoir 50 % du PIB en dépenses publiques et 10 % d'inefficacités réalise une "ponction stérile" de 50 % x 10 % = 5 % du PIB
- problèmes d'organisation (empilement de structure, manque de rigueur dans la clarification des rôles et responsabilités,...)
- problèmes de cohérence dans le temps et l'espace des orientations fixées à leur action
- déficit d'évaluation et de chiffrage préalable des programmes electoraux, lois et réglements
- appui politique variable donné à l'efficacité de leur action par rapport à d'autres considérations
Un dernier effet négatif de la dette est indirect : une dette élevée va induire un risque élevé de "deleveraging", c'est à dire de réduction des dépenses ou des investissements afin de permettre une réduction de la dette. Or autant les phases d'augmentation de la dette accélèrent la croissance (les gens, les entreprises ou les états consomment plus qu'ils ne gagnent), autant les phases de réduction de la dette vont ralentir la croissance. Faire des économies pour réduire la dette est une bonne chose, mais le faire sans précautions pèsera sur la croissance : la vertu est bien mal récompensée à court terme !
A cet égard, le McKinsey Global Institute a publié une étude intéressante, qui quantifie ces effets par grands acteurs (ménages, entreprises, états) et par pays.
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dimanche, novembre 08, 2009
Contre le déclassement : le "transclassement" ?
J'aime beaucoup Alternatives Economiques : sans être d'accord avec tout ce qui est écrit dans ce mensuel, loin de là, il présente toujours des débats intéressants et des analyses sérieuses sur des thèmes d'intérêts.
C'est le cas du débat sur le déclassement, suscité par le livre d'Eric Maurin sur le sujet. Néanmoins, au-delà du débat technique et de mon admiration pour le travail d'Eric Maurin, un doute m'assaille : est-ce le bon débat ?
En effet, concentrer le débat sur le passage d'une classe à une classe dite "supérieure", c'est poser comme hypothèse implicite que la classe est une norme pertinente et qu'il est possible de les hiérarchiser. C'est supposer a priori qu'une vie réussie consiste à finir dans une "meilleure" catégorie sociale que celle de ses parents. C'est très discutable. Par exemple, certaines études sur le bonheur montrent par exemple qu'un diplômé d'un CAP de boulangerie a plus de chance d'être heureux qu'une diplômé de grande école - le premier étant heureux quand il réussit à passer à son compte (ce qui est un rêve accessible), le second pouvant considérer qu'il a échoué s'il ne finit pas PDG d'une entreprise du CAC40 (ce qui est plus difficile).
D'ailleurs, les conditions économiques rendent cet espoir mathématiquement impossible pour tous (même s'il reste possible pour certains) : lorsque la croissance économique va moins vite que la démographie, en présence de perturbations économiques fortes par rapport à une croissance "linéaire" (progression des pays émergents, coût des matières premières, préoccupations environnemtales...), le modèle de progression sociale qui a prévalu durant les "30 glorieuses" n'est probablement pas pertinent, notamment parce que l'économie des années à venir ne sera probablement pas celle des années 60. La croissance des années 60 était une croissance de développement et de rattrapage. Celle des années à venir serait une croissance d'innovation et d'adaptation à des défis nouveaux. Une économie dont l'agriculture se vidait et dont la classe moyenne était en cours de création pouvait tenir la promesse d'une "évolution de classe". Faire la même promesse en 2009 reviendrait à espérer que tous les française gagnent plus que le revenu moyen...
Les générations actuelles auront plus de dette, a priori moins de croissance (même si rien n'est écrit - elles peuvent lutter contre cette tendance par un sursaut d'innovation), et des défis de gestions des ressources rares que n'avaient pas leurs parents. Face à ces évolutions on peut chercher à restaurer la stabilité des status, ou, sur un mode "à la nordique" qui est aussi celui pour lequel je plaidais avec Jaques Attali, chercher à faciliter le "trans classement". C'est à dire effacer la notion de classe en facilitant le passage d'un rôle à l'autre ; assurer la sécurité de l'essentiel (revenu, existence et intéret du travail, sentiment d'utilité ...) en abandonnant des notions accessoires, telles que la vision de classe type "30 glorieuses"...
Bref à nous focaliser sur le déclassement, nous oublions deux choses. D'abord que le bonheur est lié aux normes de bonheur (comme c'est le cas dans l'exemple du boulanger et du diplômé ci-dessus), et que ces normes sont "autodéfinies" (c'est à dire définies par un groupe pour lui-même) : poser le débat d'un retour possible à des normes non tenables, c'est préparer des désillusions futures. Ensuite, que le vrai débat est ailleurs : c'est celui d'une vie heureuse. Même si ce débat rejoint certains des éléments abordés par la "théorie du déclassement" (formation, revenu, inégalités,...), et que la possibilité à changer d'activité fait partie des degrés de liberté importants à chacun, ce deuxième débat est plus large que le premier. Et il n'exclut pas qu'un fils d'ingénieur puisse être plus heureux que son père en choisissant d'être instituteur. Ou en occupant un emploi en apparence "déclassé", mais qui lui permette de trouver son bonheur en dehors d'un cadre prédéfini, d'écrire, de créer son entreprise ou de se consacrer à une cause humanitaire.
Ce fut le cas d'un modeste employé de l'office des brevets de Berne (malgré un diplôme de l'Ecole Polytechnique de Lausanne) en 1902, nommé Albert Einstein. Il est bien possible que, même s'il n'avait jamais publié ensuite d'article à succès, il aurait été plus heureux comme employé poursuivant ses recherche sur son temps libre, que comme ingénieur mieux payé mais ne disposant pas du temps nécessaire à ce qui le passionnait réellement...
C'est le cas du débat sur le déclassement, suscité par le livre d'Eric Maurin sur le sujet. Néanmoins, au-delà du débat technique et de mon admiration pour le travail d'Eric Maurin, un doute m'assaille : est-ce le bon débat ?
En effet, concentrer le débat sur le passage d'une classe à une classe dite "supérieure", c'est poser comme hypothèse implicite que la classe est une norme pertinente et qu'il est possible de les hiérarchiser. C'est supposer a priori qu'une vie réussie consiste à finir dans une "meilleure" catégorie sociale que celle de ses parents. C'est très discutable. Par exemple, certaines études sur le bonheur montrent par exemple qu'un diplômé d'un CAP de boulangerie a plus de chance d'être heureux qu'une diplômé de grande école - le premier étant heureux quand il réussit à passer à son compte (ce qui est un rêve accessible), le second pouvant considérer qu'il a échoué s'il ne finit pas PDG d'une entreprise du CAC40 (ce qui est plus difficile).
D'ailleurs, les conditions économiques rendent cet espoir mathématiquement impossible pour tous (même s'il reste possible pour certains) : lorsque la croissance économique va moins vite que la démographie, en présence de perturbations économiques fortes par rapport à une croissance "linéaire" (progression des pays émergents, coût des matières premières, préoccupations environnemtales...), le modèle de progression sociale qui a prévalu durant les "30 glorieuses" n'est probablement pas pertinent, notamment parce que l'économie des années à venir ne sera probablement pas celle des années 60. La croissance des années 60 était une croissance de développement et de rattrapage. Celle des années à venir serait une croissance d'innovation et d'adaptation à des défis nouveaux. Une économie dont l'agriculture se vidait et dont la classe moyenne était en cours de création pouvait tenir la promesse d'une "évolution de classe". Faire la même promesse en 2009 reviendrait à espérer que tous les française gagnent plus que le revenu moyen...
Les générations actuelles auront plus de dette, a priori moins de croissance (même si rien n'est écrit - elles peuvent lutter contre cette tendance par un sursaut d'innovation), et des défis de gestions des ressources rares que n'avaient pas leurs parents. Face à ces évolutions on peut chercher à restaurer la stabilité des status, ou, sur un mode "à la nordique" qui est aussi celui pour lequel je plaidais avec Jaques Attali, chercher à faciliter le "trans classement". C'est à dire effacer la notion de classe en facilitant le passage d'un rôle à l'autre ; assurer la sécurité de l'essentiel (revenu, existence et intéret du travail, sentiment d'utilité ...) en abandonnant des notions accessoires, telles que la vision de classe type "30 glorieuses"...
Bref à nous focaliser sur le déclassement, nous oublions deux choses. D'abord que le bonheur est lié aux normes de bonheur (comme c'est le cas dans l'exemple du boulanger et du diplômé ci-dessus), et que ces normes sont "autodéfinies" (c'est à dire définies par un groupe pour lui-même) : poser le débat d'un retour possible à des normes non tenables, c'est préparer des désillusions futures. Ensuite, que le vrai débat est ailleurs : c'est celui d'une vie heureuse. Même si ce débat rejoint certains des éléments abordés par la "théorie du déclassement" (formation, revenu, inégalités,...), et que la possibilité à changer d'activité fait partie des degrés de liberté importants à chacun, ce deuxième débat est plus large que le premier. Et il n'exclut pas qu'un fils d'ingénieur puisse être plus heureux que son père en choisissant d'être instituteur. Ou en occupant un emploi en apparence "déclassé", mais qui lui permette de trouver son bonheur en dehors d'un cadre prédéfini, d'écrire, de créer son entreprise ou de se consacrer à une cause humanitaire.
Ce fut le cas d'un modeste employé de l'office des brevets de Berne (malgré un diplôme de l'Ecole Polytechnique de Lausanne) en 1902, nommé Albert Einstein. Il est bien possible que, même s'il n'avait jamais publié ensuite d'article à succès, il aurait été plus heureux comme employé poursuivant ses recherche sur son temps libre, que comme ingénieur mieux payé mais ne disposant pas du temps nécessaire à ce qui le passionnait réellement...
jeudi, octobre 22, 2009
Survivre aux crises
A lire : "Survivre aux crises", le dernier livre de Jacques Attali
Comme toujours, des idées innovantes - il trace dans ce livre une analyse très intéressante et donne un "mode d'emploi" sur la façon de s'organiser pour éviter les crises sociales ou économiques.
mercredi, octobre 21, 2009
La stratégie nationale de recherche et d’innovation 2009
Le ministère de la Recherche vient de publier le rapport "Stratégie nationale de recherche et d'innovation 2009" issu d'un large exercice de prospective.
Il indique trois axes prioritaires :
Il indique trois axes prioritaires :
- santé, bien-être, alimentation et biotechnologies
- environnement et écotechnologies (yc nucléaire)
- technologies de l'information et de la communication ainsi que nanotechnologies
mardi, octobre 06, 2009
Bonheur national brut : l'indicateur facebook
Comme nous l'apprend Slate, Facebook mesure, via le changement de statut de centaine de milliers de ses membres, l'état de bonheur - ou de malheur - de ses utilisateurs. Certes ils ne sont pas forcément représentatifs de la population américaine, mais les résultats sont extrêmement intéressants, puisqu'ils fournissent une statistique quotidienne sur le bonheur américain.
Et qu'y voit-on ?
1- les fêtes qui réunissent familles et amis (thankgiving, Noel,...) arrivent en tête
2- la St Valentin pèse moins du tiers de Thanksgiving - peut-être parce qu'elle ne concerne qu'une partie de la population ?
3- le Superbowl pèse très peu, alors qu'il s'agit de l'un des évènements télévisés les plus populaires aux Etats-Unis.
4 - les fêtes nationales comme le 4 juillet ont un effet, mais bien moindre que celles qui se fêtent en plus petit cercle (Thanksgiving)
Bref si vous voulez faire des heureux, faites une fête, en relativement petit cercle et sans télévision. Rendez-vous le 8 avril 2010 !
Et qu'y voit-on ?
1- les fêtes qui réunissent familles et amis (thankgiving, Noel,...) arrivent en tête
2- la St Valentin pèse moins du tiers de Thanksgiving - peut-être parce qu'elle ne concerne qu'une partie de la population ?
3- le Superbowl pèse très peu, alors qu'il s'agit de l'un des évènements télévisés les plus populaires aux Etats-Unis.
4 - les fêtes nationales comme le 4 juillet ont un effet, mais bien moindre que celles qui se fêtent en plus petit cercle (Thanksgiving)
Bref si vous voulez faire des heureux, faites une fête, en relativement petit cercle et sans télévision. Rendez-vous le 8 avril 2010 !
jeudi, septembre 17, 2009
Suicides chez France Telecom : est-ce mieux ailleurs ?

(rédaction en cours, version provisoire)
Les suicides chez France Telecom, un signe de la faiblesse des ses salariés selon les termes de Christophe Barbier ?
Je pense sincèrement que le problème est ailleurs, et renvoie à un problème que j'ai déjà eu l'occasion de commenter : la contradiction entre une France qui s'est plongée dans la concurrence (ouverture des marchés au niveau européen et mondial, ouvertures à la concurrence de secteur monopolistiques,...) et son système social, qui est relativement généreux relativement à la moyenne des pays développés, mais dont la générosité est focalisée sur la défense des statuts, plutôt que sur l'accompagner les transitions.
Car notre système social, même s'il est en train d'évoluer, est largement marqué par la compensation du statut passé (allocation en % du dernier salaire, recherche d'emploi plus centrée sur la qualification actuelle que sur celle qu'il serait utile de développer pour l'avenir, absence de système d'orientation digne de ce nom, formation gérée par branche ce qui signifie que les gros secteurs du passé ont l'essentiel des moyens et les secteurs naissants aucun) plutôt que sur la préparation des transitions utiles (bilan de compétence, formation, orientation, création d'entreprise, anticipation des mutations,...). La fonction publique n'est pas en reste, la place des corps marquant un système où le statut s'acquiert pour la vie à 25 ans par des capacités scolaires.
Or la concurrence produit son efficacité précisément en réduisant les rentes, et donc en bousculant les statuts. Elle créera un stress qu'il est nécessaire de reconnaitre et d'accompagner - ce que John Hicks résumait dans la formule "The best of all monopoly profits is a quiet life" (ce qui veut aussi dire que le plus gros inconvénient de la concurrence est une vie stressante). Et ceux qui en souffriront le plus seront ceux qui, partant d'une situation de statut (c'est le cas dans les ex-monopoles) sont confrontés à la nécessité de gérer une transition professionnelle (changer de poste, de métier ou d'entreprise) sans disposer du "capital social" - notamment des amis ou une formation qui permet de "rebondir" - ni être accompagné (pole emploi n'aide pas, ou peu, les personnes ayant un emploi menacé, inutile, ou qui place son titulaire dans une position de stress insupportable). Et cela n'a rien à voir avec une supposée faiblesse de l'agent public : elle concerne certains agents de France Telecom, mais également une ouvrière du textile de 50 ans dans le nord de la France, un viticulteur du beaujolais menacé par la concurrence des vins étrangers ou un jeune étudiant en journalisme confronté aux effets sur l'emploi dans son métier de la vague internet.
Dans ces conditions, on peut imaginer trois "mondes" possibles : un monde de castes, de statuts et de faible performance économique (ce qui se traduit aussi par une moindre qualité du système de santé, un plus grande pauvreté,...) mais également d'injustices "larvées" (impossibilité pour un jeune brillant de faire une carrière s'il n'est pas du bon statut ou du bon "corps", réussite professionnelle plus liée à qui ont connait qu'à ce que l'on sait faire, capitalisme de connivence...).
Un deuxième état du "monde" possible, et c'est la situation actuelle en France, cumule l'ouverture à la concurrence et l'absence de système d'accompagnement suffisamment large (touchant les personnes ayant perdu leur emploi, mais aussi celles qui n'en ont pas encore, les jeunes en formation et ceux qui sont dans un emploi dont ils veulent sortir). Il présente les avantages de la concurrence pour les plus mobiles (personnes éduquées ou de "bonne familles", capables de tirer les bénéfices de la mondialisation en en évitant les risques, ou qui disposent au sein de leur "réseau" des leviers pour anticiper et accompagner leurs transitions professionnelles) et ses inconvénients pour ceux qui le sont moins (personne moins éduquées ou spécialisées dans un métier fortement soumis à la concurrence, et ne disposant pas des réseaux permettant de "rebondir"). Il cumule, pour les plus modestes, les injustices "larvées" d'un monde de statuts avec les violences "dynamiques" d'un monde de concurrence (perte brutale d'emploi sans possibilité de préparer la suite, changements d'emploi non souhaités, non anticipés, déqualification faute de disposer d'une qualification dans les métiers "porteurs" ou de s'y réorienter...). Les mieux placés ont, au contraire, les bénéfices du pouvoir d'achat d'un monde en concurrence, avec la tranquillité d'un monde de caste.
La troisième possibilité est celle d'un monde plus productif et plus "dynamique", accompagné d'un système social qui réduit la violence des changements de statut et de la remise en cause des rentes. C'est celui que décrit brillamment John Sutton.
Ou est la responsabilité ? D'abord, d'avoir organisé l'ouverture à la concurrence (libéralisation des marchés, ouverture des marchés, concurrence intra-européenne) - ce qui était une bonne chose - sans avoir, en même temps développé le système social nécessaire pour accompagner ces évolutions. Des responsables politiques comme Jacques Delors ont plusieurs fois dénoncé les risques induits par cette absence de "pilier social" dans la construction européenne et l'ouverture de ses marchés, mais le phénomène est plus large.
La responsabilité, c'est ensuite d'avoir tardé à réagir à ce manque. A la décharge des pouvoirs qui se sont succédés, l'idée que l'accompagnement "humain" soit un maillon essentiel de notre système social est plutôt récente - elle date de quelques années seulement. Avant celà, les "experts" proposaient à gauche, une évolution du droit social (temps de travail, lutte contre le stress) et, à droite, une libéralisation (ouverture du marché du placement des chômeurs, réduction de la complexité du droit social). Dans une certaine mesure, ces propositions avaient, au moins en partie, une utilité. Mais elle n'ont jamais touché le coeur du problème : mettre les moyens et prendre les décisions qui permettront de mieux orienter, former et accompagner les personnes touchés pour les restructurations sous toutes leurs formes. De ce point de vue, la cause est donc l'insuffisance de réflexion et de "recherche et développement" en idées politiques : élus, administrations, chercheurs et partis en portent la responsabilité... La encore, les responsabilités sont diffuses - on y compte notamment les dirigeants de parti qui ont asséché leurs "intellectuels" à force de les instrumentaliser, de ne pas les écouter ou de démotiver ceux qui auraient souhaité consacrer du temps à la "r&d politique".
La cause tient également le niveau de centralisation de notre pays : en effet l'atténuation du stress lié à la concurrence appelle des réponses opérationnelles, proches des gens et de leurs problèmes, là où des experts - économistes ou fonctionnaires - cherchaient des recettes aux seuls problèmes visibles de leur tour d'ivoire statistique (qui ne mesurent pas le mal-être au travail, ni le bonheur d'ailleurs), et des solutions qui puissent s'exprimer par des prescriptions exprimées par eux, et exécutées par des agents de terrains auxquels personne ne demande de réfléchir... D'une certaines façon, de nombreux économistes sont les enfants spirituels des planificateurs, avec l'efficacité que l'on connait.
Pour revenir à l'objet de cet article, il est évidemment faux de dire que l'Etat providence à rendu les gens faibles. C'est au contraire le niveau de pression lié à l'évolution de la concurrence qui induit des pressions parfois intolérables (le lecteur attentif notera la place de pays aussi "tendres" vis-à-vis de leurs salariés que les Etats-Unis). La solution est dans l'accompagnement des transitions, plutôt que dans le "renforcement mental" de personnels jugés trop faibles ! Parler de faiblesse dans ces cas est aussi pertinent que de proposer de la brioche à ceux qui manquent de pain : ca n'aide pas à trouver une solution, en plus d'être insultant - même s'il s'agit probablement d'une maladresse qui aurait pu être évitée en adaptant la force des affirmations à la sensibilité et la complexité de la situation...
mercredi, septembre 16, 2009
Aligner les rémunération des dirigeants sur l'intérêt de long terme ?
(version en cours de rédaction)
Derrière le débat sur le montant des rémunérations des patrons et des traders (que je ne vais pas aborder ici), se cache la question de l'alignement de l'intérêt financier des dirigeants avec l'intérêt de long terme.
Il existe trois grands types d'outils pour celà :
- la valeur de marché de l'entreprise. On peut donc donner des actions ou des dérivés d'actions, c'est à dire lier l'intérêt financier des dirigeants au prix de l'action. L'avantage de ces outils sont leur simplicité (pas de calcul complexe à faire sur ce que le dirigeant a fait gagner : il suffit de lui donner un pourcentage de l'entreprise, ou des options lui donnant droit à une part de l'entreprise). L'inconvénient est que l'intérêt de long terme de l'entreprise n'est reflété que de façon imparfaite dans le prix des actions : ils varient fortement, peuvent être manipulés (une déclaration optimiste du dirigeant la veille de sa levée d'option peut lui faire gagner des millions) et ne réflètent pas uniquement la valeur objective de l'entreprise
- les profits de l'entreprise. On peut alors donner au dirigeant non pas des actions, mais un droit non négociable (c'est à dire qui ne peut pas être revendu) aux dividendes - ce qui conduit à ce que l'intérêt financier du dirigeant ne soit non pas la valeur de l'action anticipée par les marchés (qui est un concept manipulable, volatil et limité par la capacité des marchés à accepter une stratégie), mais le niveau anticipé par le dirigeant des revenus des 15 années à venir (ce qui le poussera vers les projets effectivement rentables, plutot que ceux que le marché, avec ses errements, ses bulles et sa difficulté à comprendre une stratégie complexe, atypique ou audacieuse, peut considérer comme tels à un instant donné).
C'est ainsi que les dirigeants des "partnerships" (tels que Goldman Sachs, ou certains cabinets d'avocats avant son introduction en bourse) ou les actionnaires "familiaux" de sociétés non cotées sont rémunérés. Une variante de ce mode de rémunération consiste à rémunérer l'action d'un dirigeant non pas en bonus encaissable directement, mais en droits à retraite supplémentaires, dont la valeur dépendra de l'état de l'entreprise dans 10 ou 20 ans. L'avantage de cette solution est qu'elle ne recoure pas aux marchés (et permet donc au dirigeant de porter des décisions pertinentes mais difficiles à comprendre par les marchés, et lui évite de succomber aux folies passagères et aux bulles des marchés en visant plutôt les revenus à 10 ou 20 ans), l'inconvénient étant que cet "outil" d'un genre nouveau ne bénéficie pas des exonérations notamment sociales auxquelles les stock options donnent droit.
- un bonus discrétionnaire. En effet, les actionnaires peuvent toujours décider que le revenu des dirigeant sera une formule qu'ils peuvent définir librement. Le bonus peut être annuel (cas des traders ou des vendeurs travaillant à la commission) ou pluriannuel (mais c'est difficile à mettre en œuvre dans les groupes internationaux, car cela suppose de suivre les salariés pour leur verses les bonus liés à leur activité dans leurs postes précédents).L'inconvénient principal de cette formule est d'une part la capacité du dirigeant à manipuler les termes sur lesquels il est jugé (il maitrise en partie le thermomètre sur lequel il sera jugé) et, d'autre part, le fait qu'une formule spécifique, les stock option, dispose d'un avantage fiscalo social tel qu'il est difficile d'examiner d'autres voies.
Le bonus annuel est plus adapté aux salariés dont la contribution est mesurable sur une base annuelle (revenu de trading, objectif de ventes, nombre de pièces réalisées,...), alors que les incitations pluriannuelles conviennent mieux aux personnes dont la contribution est difficile à mesurer par des objectifs précis, ou ceux pour lesquels ont attend justement qu'ils trouvent des voies pour augmenter la valeur de l'entreprise.
Pour des raisons de justice et de cohérence fiscale, il serait difficile de rendre la troisième option (actuellement pénalisée par rapport aux stock options, qui n'acquittent notamment pas de cotisation sociales employeur) plus attractive. En effet, détaxer les bonus conduirait à ce que les entreprises transforment progressivement les salaires fixes en bonus, pour réduire leurs taxes. On pourrait discuter de l'intérêt de taxer les salaires (je pense personnellement que c'est une mauvaise assiette de taxation) - mais à partir du moment où l'on décide de les taxer il nécessaire d'être cohérent et taxer tout le monde de façon équitable.
En revanche, à l'heure où tout le monde dénonce les excès des marchés, on pourrait sérieusement se demander si des outils nettement plus favorable à l'intérêt de long terme de l'entreprise que les stock options ne pourraient pas être étudiés. En particulier, l'idée que les dirigeant soient récompensés pour leur performance par des titres non négociables plutôt que par des stock-option mériterait d'être prise en considération...
Derrière le débat sur le montant des rémunérations des patrons et des traders (que je ne vais pas aborder ici), se cache la question de l'alignement de l'intérêt financier des dirigeants avec l'intérêt de long terme.
Il existe trois grands types d'outils pour celà :
- la valeur de marché de l'entreprise. On peut donc donner des actions ou des dérivés d'actions, c'est à dire lier l'intérêt financier des dirigeants au prix de l'action. L'avantage de ces outils sont leur simplicité (pas de calcul complexe à faire sur ce que le dirigeant a fait gagner : il suffit de lui donner un pourcentage de l'entreprise, ou des options lui donnant droit à une part de l'entreprise). L'inconvénient est que l'intérêt de long terme de l'entreprise n'est reflété que de façon imparfaite dans le prix des actions : ils varient fortement, peuvent être manipulés (une déclaration optimiste du dirigeant la veille de sa levée d'option peut lui faire gagner des millions) et ne réflètent pas uniquement la valeur objective de l'entreprise
- les profits de l'entreprise. On peut alors donner au dirigeant non pas des actions, mais un droit non négociable (c'est à dire qui ne peut pas être revendu) aux dividendes - ce qui conduit à ce que l'intérêt financier du dirigeant ne soit non pas la valeur de l'action anticipée par les marchés (qui est un concept manipulable, volatil et limité par la capacité des marchés à accepter une stratégie), mais le niveau anticipé par le dirigeant des revenus des 15 années à venir (ce qui le poussera vers les projets effectivement rentables, plutot que ceux que le marché, avec ses errements, ses bulles et sa difficulté à comprendre une stratégie complexe, atypique ou audacieuse, peut considérer comme tels à un instant donné).
C'est ainsi que les dirigeants des "partnerships" (tels que Goldman Sachs, ou certains cabinets d'avocats avant son introduction en bourse) ou les actionnaires "familiaux" de sociétés non cotées sont rémunérés. Une variante de ce mode de rémunération consiste à rémunérer l'action d'un dirigeant non pas en bonus encaissable directement, mais en droits à retraite supplémentaires, dont la valeur dépendra de l'état de l'entreprise dans 10 ou 20 ans. L'avantage de cette solution est qu'elle ne recoure pas aux marchés (et permet donc au dirigeant de porter des décisions pertinentes mais difficiles à comprendre par les marchés, et lui évite de succomber aux folies passagères et aux bulles des marchés en visant plutôt les revenus à 10 ou 20 ans), l'inconvénient étant que cet "outil" d'un genre nouveau ne bénéficie pas des exonérations notamment sociales auxquelles les stock options donnent droit.
- un bonus discrétionnaire. En effet, les actionnaires peuvent toujours décider que le revenu des dirigeant sera une formule qu'ils peuvent définir librement. Le bonus peut être annuel (cas des traders ou des vendeurs travaillant à la commission) ou pluriannuel (mais c'est difficile à mettre en œuvre dans les groupes internationaux, car cela suppose de suivre les salariés pour leur verses les bonus liés à leur activité dans leurs postes précédents).L'inconvénient principal de cette formule est d'une part la capacité du dirigeant à manipuler les termes sur lesquels il est jugé (il maitrise en partie le thermomètre sur lequel il sera jugé) et, d'autre part, le fait qu'une formule spécifique, les stock option, dispose d'un avantage fiscalo social tel qu'il est difficile d'examiner d'autres voies.
Le bonus annuel est plus adapté aux salariés dont la contribution est mesurable sur une base annuelle (revenu de trading, objectif de ventes, nombre de pièces réalisées,...), alors que les incitations pluriannuelles conviennent mieux aux personnes dont la contribution est difficile à mesurer par des objectifs précis, ou ceux pour lesquels ont attend justement qu'ils trouvent des voies pour augmenter la valeur de l'entreprise.
Pour des raisons de justice et de cohérence fiscale, il serait difficile de rendre la troisième option (actuellement pénalisée par rapport aux stock options, qui n'acquittent notamment pas de cotisation sociales employeur) plus attractive. En effet, détaxer les bonus conduirait à ce que les entreprises transforment progressivement les salaires fixes en bonus, pour réduire leurs taxes. On pourrait discuter de l'intérêt de taxer les salaires (je pense personnellement que c'est une mauvaise assiette de taxation) - mais à partir du moment où l'on décide de les taxer il nécessaire d'être cohérent et taxer tout le monde de façon équitable.
En revanche, à l'heure où tout le monde dénonce les excès des marchés, on pourrait sérieusement se demander si des outils nettement plus favorable à l'intérêt de long terme de l'entreprise que les stock options ne pourraient pas être étudiés. En particulier, l'idée que les dirigeant soient récompensés pour leur performance par des titres non négociables plutôt que par des stock-option mériterait d'être prise en considération...
vendredi, septembre 11, 2009
Premières conclusions de la Commission "Stiglitz"
La commission "Stiglitz" rendra prochainement son rapport, mais la presse en présente déjà les premiers éléments.
J'attends de lire le rapport, mais les reprises de la presse et les premiers éléments connus m'en font penser du bien. En peu de mots : le bon indicateur de pilotage d'un pays n'est pas le PIB (qui mesure l'intensité de l'activité économique, sans regarder à quoi elle contribue, ni si cette activité rend ceux qui la réalisent plus heureux) mais plutôt un ensemble plus large d'indicateurs qui mesurent les "produits utiles" de cette activité (amélioration de la santé, éducation, cohésion sociale,...) et en déduisent les "nuisances" (pollution, bruit, stress,...). On peut avoir beaucoup d'effets avec peu de moyens, et le contraire peut être également vrai.
En effet, gérer un pays en se focalisant sur le PIB revient à conduire une voiture en ne regardant que le compteur de vitesse, sans regarder le point d'arrivée, les risques d'accident ou la consommation d'essence. La recherche de l'intérêt général demande au contraire de s'intéresser à tout le reste (Kennedy disait "le PIB mesure tout, sauf ce qui est réellement important").
On bute alors sur deux difficultés. La première tient à la complexité du débat démocratique, car il faut alors suivre non pas un seul chiffre (le PIB), mais des dizaines d'indicateurs (santé physique et mentale, insertion, bonheur, sentiment de sécurité,...), et à la facon dont ils évoluent en tout temps et en tout lieu. La deuxième difficulté tient à l'existence, ou non, d'outils de mesure (on mesure facilement l'argent qui circule dans une économie, plus difficilement le bonheur, public ou secret, des citoyens). Or il est plus facile de gérer ce qui se mesure - ce qui conduit souvent les organisations à se focaliser non pas sur ce qui est le plus important, mais sur ce qui se mesure le plus facilement...
Au total, et pour reprendre la métaphore sur la conduite automobile, un chauffard qui ne regarde que la vitesse n'a pas besoin d'une grande expérience, ni de réfléchir à la trajectoire ou au point d'arrivée. La solution n'est pas non plus, à mon sens, de tomber dans l'anarcho-nihilisme.
Ce qu'il faut au pilotage d'un pays, c'est une figure capable de poser des débats, dans leur finesse et leur complexité (tels que celui lancé par la commission Stiglitz), et d'avoir une vision, de l'expérience, de la technique et beaucoup de doigté...
Le mot de la fin appartient à John Kay, dans sa chronique du Financial Times, qui dit "In Peter Weir’s film Dead Poets Society, Robin Williams portrays a charismatic teacher obliged to teach from a text by J. Evans Pritchard. Mr Pritchard explains that “if a poem’s score for perfection is plotted along the horizontal of a graph, and its importance is plotted on the vertical, then calculating the total area of the poem yields the measure of its greatness”. Williams tells his pupils to tear these pages from the book, and goes on to inspire them with a genuine love of literature. We should approach bogus quantification in the same way."
NB : Le rapport est finalement sorti. On peut le télécharger ici.
J'attends de lire le rapport, mais les reprises de la presse et les premiers éléments connus m'en font penser du bien. En peu de mots : le bon indicateur de pilotage d'un pays n'est pas le PIB (qui mesure l'intensité de l'activité économique, sans regarder à quoi elle contribue, ni si cette activité rend ceux qui la réalisent plus heureux) mais plutôt un ensemble plus large d'indicateurs qui mesurent les "produits utiles" de cette activité (amélioration de la santé, éducation, cohésion sociale,...) et en déduisent les "nuisances" (pollution, bruit, stress,...). On peut avoir beaucoup d'effets avec peu de moyens, et le contraire peut être également vrai.
En effet, gérer un pays en se focalisant sur le PIB revient à conduire une voiture en ne regardant que le compteur de vitesse, sans regarder le point d'arrivée, les risques d'accident ou la consommation d'essence. La recherche de l'intérêt général demande au contraire de s'intéresser à tout le reste (Kennedy disait "le PIB mesure tout, sauf ce qui est réellement important").
On bute alors sur deux difficultés. La première tient à la complexité du débat démocratique, car il faut alors suivre non pas un seul chiffre (le PIB), mais des dizaines d'indicateurs (santé physique et mentale, insertion, bonheur, sentiment de sécurité,...), et à la facon dont ils évoluent en tout temps et en tout lieu. La deuxième difficulté tient à l'existence, ou non, d'outils de mesure (on mesure facilement l'argent qui circule dans une économie, plus difficilement le bonheur, public ou secret, des citoyens). Or il est plus facile de gérer ce qui se mesure - ce qui conduit souvent les organisations à se focaliser non pas sur ce qui est le plus important, mais sur ce qui se mesure le plus facilement...
Au total, et pour reprendre la métaphore sur la conduite automobile, un chauffard qui ne regarde que la vitesse n'a pas besoin d'une grande expérience, ni de réfléchir à la trajectoire ou au point d'arrivée. La solution n'est pas non plus, à mon sens, de tomber dans l'anarcho-nihilisme.
Ce qu'il faut au pilotage d'un pays, c'est une figure capable de poser des débats, dans leur finesse et leur complexité (tels que celui lancé par la commission Stiglitz), et d'avoir une vision, de l'expérience, de la technique et beaucoup de doigté...
Le mot de la fin appartient à John Kay, dans sa chronique du Financial Times, qui dit "In Peter Weir’s film Dead Poets Society, Robin Williams portrays a charismatic teacher obliged to teach from a text by J. Evans Pritchard. Mr Pritchard explains that “if a poem’s score for perfection is plotted along the horizontal of a graph, and its importance is plotted on the vertical, then calculating the total area of the poem yields the measure of its greatness”. Williams tells his pupils to tear these pages from the book, and goes on to inspire them with a genuine love of literature. We should approach bogus quantification in the same way."
NB : Le rapport est finalement sorti. On peut le télécharger ici.
Libellés :
bien-être,
bonheur intérieur brut,
économie du bonheur,
pib,
richesse,
stiglitz,
surplus
vendredi, septembre 04, 2009
Sortie en librairie du "Sens des choses"
Le Sens des Choses sort mercredi prochain en librairie. Il est disponible en pré-commande chez les libraires en ligne...
samedi, août 01, 2009
100 milliards
" There are 100.000.000.0000 stars in the galaxy. That used to be a huge number. But it's only a hundred billion. It's less than the national deficit! We used to call them astronomical numbers. Now we should call them economical numbers."
R. Feynman
R. Feynman
jeudi, juillet 23, 2009
"Science du bonheur" : une vidéo passionante

Dan Gilbert, chercheur à Harvard, a réalisé un présentation très intéressante sur TED. Il y présente une théorie du "bonheur contraint", ie le fait que la réduction (partielle) de la liberté du consommateur peut augmenter son bien-être. Ces travaux vont à l'opposé d'un principe communément admis en économie, selon lequel le bonheur est une fonction croissante des possibilités de consommation (donc du revenu). Ainsi Dan Gilbert explique-t-il qu'un an après avoir gagné au loto, un gagnant n'est pas sensiblement plus heureux qu'une personne fortement handicapée. Le premier a été fortement heureux au moment de son gain, le second très malheureux. Mais quelques mois plus tard, il n'en resterait, selon Dan Gilbert, pas grand chose en termes de bonheur...
Que peut-on en retenir ? Sans doute que, sans renier l'utilité des outils économiques (il reste utile de mieux connaitre les mécanismes permettant d'augmentation la richesse nationale, et donc les possibilités de consommation), il y a une place pour une "science humaine du bonheur", dont les règles sont fondamentalement différentes de l'économie classique - en effet, les axiomes de base de l'économie ne s'y appliquent pas puisque les individus développent une capacité à "inventer leur bonheur" indépendante de leur situation patrimoniale. Certains pourraient affirmer que, finalement, des cours de philosophie "appliquée" (ie, centrée sur l'enseignement des leviers du bonheur) devraient avoir autant de place à l'école que les cours d'économie...
Les études présentées par Dan Gilbert montrent également que toutes les "richesses" ne se valent pas en termes de bonheur : ainsi, les dépenses permettant de sauver des vies ou de réduire la souffrance valent probablement plus en termes de bonheur que celles qui permettent, par exemple, de passer de son vieux téléphone à un téléphone plus récent...
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bonheur,
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pib,
produit intérieur brut
jeudi, mai 21, 2009
Les "micro délocalisations", ou comment l'introduction de systèmes ouverts sur les téléphones portables va changer le monde
Les opérateurs de téléphonie français distribuent depuis quelques semaines des téléphones fonctionnant sous le système Android.
Celà vous a probablement échappé, et le peu de publicité fait par les opérateurs autour de cette nouveauté n'y est probablement pas étranger. Et pourtant c'est une révolution incroyable qui est en marche, comme le montre un exemple étonnant.
D'abord, quelques mots sur Android. C'est un système d'exploitation, c'est à dire le logiciel qui gère les fonctions essentielles du téléphone (allumer, éteindre, communiquer,...) et permet également à des applications de fonctionner (en leur offrant les fonctions essentielles telles que saisir un texte, ouvrir une fenêtre, accèder au répertoire téléphonique,...). Les systèmes les plus évolués vous permettent d'ajouter vos propres applications, en plus de celles prévues par le constructeur (ce que fait déjà l'IPhone d'Apple) et diffusent un kit de développement (ou SDK) qui permettent à tout personne dotée de suffisamment de connaissances informatique de développer lui-même des applications.
La nouveauté c'est qu'Android est utilisable par tout fabricant. Jusqu'à présent, les fabricants de téléphone avaient le choix entre développer leur propre système (IPhone Os, Blackberry OS,...) ou se contenter de téléphones simples sans véritable systèmes d'exploitation (ce doit être le cas des téléphones Bic "jetables"). Android va donc se développer très fortement, grâce aux fabricants, qui pourront se concentrer sur la partie matérielle du téléphone (design, performances techniques, poids,...) et disposer d'un système d'exploitation performant qui leur offrira dès le premier jour des fonctionnalités performantes, testées et améliorées sur l'ensemble des téléphones qui utilisent le même système, ainsi que des centaines d'applications.
Android apporte donc au téléphone une révolution du type de celle que Microsoft a apporté aux ordinateurs : passer d'ordinateurs disposant chacun de "petits" systèmes d'exploitations. Souvenez vous du T07, de l'Altair, du Commodre 64 ou de l'Amiga, chacun avec son système incompatible dont le développement consommait un part importante du coût de l'ordinateur...
Android a par ailleurs l'avantage d'être un logiciel ouvert, gratuit et améliorable par chacun (même si ce n'est pas à portée de tous, il existe déjà des versions améliorées d'Android).
Désormais, tout ce qui peut s'imaginer en utiliser un clavier, un haut parleur, internet, le GPS, une carte mémoire ou un appareil photo pourra être développé relativement simplement et proposé instantanément à des millions de personnes. Et tous ceux qui avaient un programme (une calculatrice, un logiciel de tenue de comptes,...) vont pouvoir simplement l'adapter pour un téléphone Android.
Ainsi, compare-everywhere vous permet de scanner un code barre et d'obtenir le meilleur prix sur internet pour un produit donné.
Handycalc est une calculatrice pour votre téléphone... qui peut résoudre les systèmes d'équations à plusieurs inconnues, trace les courbes et convertit les devises en obtenant sur internet les cours du jour.
Mais c'est Capture a Card qui me mène au sujet des "micro délocalisations". Programmé par un développeur qui travaille à son compte, ce logiciel vous permet de photographier une carte de visite, qui est ensuite envoyée par internet à un opérateur de saisie dans un pays à bas coût, qui va recopier le contenu de la carte dans votre carnet d'adresses, le tout pour quelques centimes.
Autrement dit, alors que les délocalisations de services étaient jusqu'à présent concentrées sur les projet d'une certaine taille, un individu à son compte peut en réaliser une qui vous apporte un véritable service (qui n'a pas une vingtaine de cartes qui trainent faute du temps pour les saisir ?) sur une tâche aussi infime que la recopie d'une carte de visite. Il n'aura pour çà ni à mettre en place un réseau (internet est là), ni installer des machines spécifiques (c'est votre téléphone mobile), ni un système de paiement (il est fourni pour Google)...
Celà vous a probablement échappé, et le peu de publicité fait par les opérateurs autour de cette nouveauté n'y est probablement pas étranger. Et pourtant c'est une révolution incroyable qui est en marche, comme le montre un exemple étonnant.
D'abord, quelques mots sur Android. C'est un système d'exploitation, c'est à dire le logiciel qui gère les fonctions essentielles du téléphone (allumer, éteindre, communiquer,...) et permet également à des applications de fonctionner (en leur offrant les fonctions essentielles telles que saisir un texte, ouvrir une fenêtre, accèder au répertoire téléphonique,...). Les systèmes les plus évolués vous permettent d'ajouter vos propres applications, en plus de celles prévues par le constructeur (ce que fait déjà l'IPhone d'Apple) et diffusent un kit de développement (ou SDK) qui permettent à tout personne dotée de suffisamment de connaissances informatique de développer lui-même des applications.
La nouveauté c'est qu'Android est utilisable par tout fabricant. Jusqu'à présent, les fabricants de téléphone avaient le choix entre développer leur propre système (IPhone Os, Blackberry OS,...) ou se contenter de téléphones simples sans véritable systèmes d'exploitation (ce doit être le cas des téléphones Bic "jetables"). Android va donc se développer très fortement, grâce aux fabricants, qui pourront se concentrer sur la partie matérielle du téléphone (design, performances techniques, poids,...) et disposer d'un système d'exploitation performant qui leur offrira dès le premier jour des fonctionnalités performantes, testées et améliorées sur l'ensemble des téléphones qui utilisent le même système, ainsi que des centaines d'applications.
Android apporte donc au téléphone une révolution du type de celle que Microsoft a apporté aux ordinateurs : passer d'ordinateurs disposant chacun de "petits" systèmes d'exploitations. Souvenez vous du T07, de l'Altair, du Commodre 64 ou de l'Amiga, chacun avec son système incompatible dont le développement consommait un part importante du coût de l'ordinateur...
Android a par ailleurs l'avantage d'être un logiciel ouvert, gratuit et améliorable par chacun (même si ce n'est pas à portée de tous, il existe déjà des versions améliorées d'Android).
Désormais, tout ce qui peut s'imaginer en utiliser un clavier, un haut parleur, internet, le GPS, une carte mémoire ou un appareil photo pourra être développé relativement simplement et proposé instantanément à des millions de personnes. Et tous ceux qui avaient un programme (une calculatrice, un logiciel de tenue de comptes,...) vont pouvoir simplement l'adapter pour un téléphone Android.
Ainsi, compare-everywhere vous permet de scanner un code barre et d'obtenir le meilleur prix sur internet pour un produit donné.
Handycalc est une calculatrice pour votre téléphone... qui peut résoudre les systèmes d'équations à plusieurs inconnues, trace les courbes et convertit les devises en obtenant sur internet les cours du jour.
Mais c'est Capture a Card qui me mène au sujet des "micro délocalisations". Programmé par un développeur qui travaille à son compte, ce logiciel vous permet de photographier une carte de visite, qui est ensuite envoyée par internet à un opérateur de saisie dans un pays à bas coût, qui va recopier le contenu de la carte dans votre carnet d'adresses, le tout pour quelques centimes.
Autrement dit, alors que les délocalisations de services étaient jusqu'à présent concentrées sur les projet d'une certaine taille, un individu à son compte peut en réaliser une qui vous apporte un véritable service (qui n'a pas une vingtaine de cartes qui trainent faute du temps pour les saisir ?) sur une tâche aussi infime que la recopie d'une carte de visite. Il n'aura pour çà ni à mettre en place un réseau (internet est là), ni installer des machines spécifiques (c'est votre téléphone mobile), ni un système de paiement (il est fourni pour Google)...
vendredi, mai 01, 2009
Ethique, long terme, responsabilité sociale ou comment être moral dans un monde qui ne l'est pas ?
L'Institut de l'Entreprise a engagé une réflexion sur l'entreprise de 2020. C'est une excellente chose, après la réussite des travaux de France 2025, de voir les entreprises lancer à leur tour une réflection sur leurs thèmes d'avenir.
L'une des questions posées par cette réflexion est la suivante : comment faire en sorte que l'entreprise prenne davantage en compte les préoccupations de long terme. Question passionnante, surtout si on l'élargit ainsi : que faire pour développer l'altruisme, ou la "cohésion sociale" au sein d'un groupe (un état, une entreprise, une équipe,...).
Le premier élément de réponse vient de Fukuyama et tient à la structure du groupe concerné (Cf un ancien billet). Les institutions peuvent créer ou détruire la cohésion sociale (cf cet autre billet). La recherche des bonne institutions paraitra un combat théorique et lointain pour certains. A tort. La société construit ses valeurs à partir des "signaux" qu'elle envoye à ses membres. Pour prendre un exemple, toutes les déclaration sur le l'importance du travail ne valent rien si, comme c'était le cas il y a quelques années (c'est moins vrai maintenant même s'il reste du chemin à parcourir) si notre fiscalité pénalise le retour à l'emploi et notre système d'aide aux chômeurs les dissuade parfois de reprendre un emploi. N'en déplaise à ceux qui font profession d'enchainer les déclarations, les paroles s'envolent mais les institutions et les régles restent...
Le deuxième élément de réponse est plus philosophique : pour être plus altruiste, il faut mieux se "connaitre soi-meme". Ainsi, l'existence de bulles et de récessions est-elle liée à une caractéristique fondamentale de la nature humaine : l'empathie - ie le fait que l'on soit optimiste quand le reste du monde est optimiste, et pessimiste dans le cas inverse. Plus généralement, nous avons tendance à nous conformer au groupe, de façon plus ou moins consciente - comme le montre notamment cet exemple.
L'empathie est une bonne chose pour la cohésion en générale, mais une mauvaise chose dans sa capacité à générer des crises et des dépressions économiques. Un ancien billet rappelle comment les cycles vont et viennent. Il s'agit là d'une littérature économique ancienne.
Une meilleure connaissance de ces phénomènes aiderait à la fois à limiter les excès, mais également à éviter que les crises ne soient traitées avec des remèdes qui empirent le mal. Ainsi, l'analyse de Marx est-elle très intéressante sur certains aspects, mais fausse sur le point le plus souvent repris : la réponse aux conflits de répartition de "fin de cycle" n'est pas une lutte des classe, mais au contraire le développement d'une cohésion qui préparer le cycle d'innovation suivant. La lutte des classe n'a jamais été un moteur d'innovation, au contraire (mais l'ultralibéralisme non plus, du reste).
L'une des questions posées par cette réflexion est la suivante : comment faire en sorte que l'entreprise prenne davantage en compte les préoccupations de long terme. Question passionnante, surtout si on l'élargit ainsi : que faire pour développer l'altruisme, ou la "cohésion sociale" au sein d'un groupe (un état, une entreprise, une équipe,...).
Le premier élément de réponse vient de Fukuyama et tient à la structure du groupe concerné (Cf un ancien billet). Les institutions peuvent créer ou détruire la cohésion sociale (cf cet autre billet). La recherche des bonne institutions paraitra un combat théorique et lointain pour certains. A tort. La société construit ses valeurs à partir des "signaux" qu'elle envoye à ses membres. Pour prendre un exemple, toutes les déclaration sur le l'importance du travail ne valent rien si, comme c'était le cas il y a quelques années (c'est moins vrai maintenant même s'il reste du chemin à parcourir) si notre fiscalité pénalise le retour à l'emploi et notre système d'aide aux chômeurs les dissuade parfois de reprendre un emploi. N'en déplaise à ceux qui font profession d'enchainer les déclarations, les paroles s'envolent mais les institutions et les régles restent...
Le deuxième élément de réponse est plus philosophique : pour être plus altruiste, il faut mieux se "connaitre soi-meme". Ainsi, l'existence de bulles et de récessions est-elle liée à une caractéristique fondamentale de la nature humaine : l'empathie - ie le fait que l'on soit optimiste quand le reste du monde est optimiste, et pessimiste dans le cas inverse. Plus généralement, nous avons tendance à nous conformer au groupe, de façon plus ou moins consciente - comme le montre notamment cet exemple.
L'empathie est une bonne chose pour la cohésion en générale, mais une mauvaise chose dans sa capacité à générer des crises et des dépressions économiques. Un ancien billet rappelle comment les cycles vont et viennent. Il s'agit là d'une littérature économique ancienne.
Une meilleure connaissance de ces phénomènes aiderait à la fois à limiter les excès, mais également à éviter que les crises ne soient traitées avec des remèdes qui empirent le mal. Ainsi, l'analyse de Marx est-elle très intéressante sur certains aspects, mais fausse sur le point le plus souvent repris : la réponse aux conflits de répartition de "fin de cycle" n'est pas une lutte des classe, mais au contraire le développement d'une cohésion qui préparer le cycle d'innovation suivant. La lutte des classe n'a jamais été un moteur d'innovation, au contraire (mais l'ultralibéralisme non plus, du reste).
dimanche, avril 12, 2009
La star academy, institution de l'égalité des chances ?
Les institutions servent à remplir des fonctions essentielles pour la collectivité : la police, la justice ou la santé publiques (prévention, protection contre les épidémies, système de soins...) sont des exemples classiques.
Mais il y en a d'autres. Ainsi devrait-il exister des institutions pour permettre à chacun de trouver la place qui correspond le mieux à la fois à ses capacités, ses envies et aux besoins de la collectivité. Comme je l'avais écrit avec Jacques Attali, c'est précisément autour de cette mission que devrait se recentrer notre système d'aide aux demandeurs d'emploi, élargissant en celà une mission initialement construite par évolutions successives des missions d'aide sociale et de recensement des personnes sans revenu. Il y a encore des efforts considérables à réaliser dans ce domaine, et des défis sans précédents pour le Pole Emploi, tant le changement de métier que suppose cette évolution est grand.
La construction de telles institutions de l'égalité des chances correspond à une demande de plus en plus forte. Les médias, qui ont souvent du talent pour transformer nos rêves collectifs en émissions à succès, ne s'y sont pas trompés comme le prouve l'émergence de nombreuses émissions telles que notamment "Star Academy", "Incroyable Talent" ou "Oui Chef" qui permettent à des personnes de faire reconnaitre un talent "étouffé" par la société. C'est sans doute en partie parce que des millions de personnes ont le sentiment de ne pas pouvoir exprimer toutes leurs capacités, qu'ils plébiscitent ces émissions...
L'un des exemples les plus frappants est celui de Susan, 47 ans, demandeuses d'emploi. A l'inverse, une expérience récente du Washington Post montre qu'un talent exceptionnel exprimé au mauvais endroit ou au mauvais moment passe inaperçu...
Mais il y en a d'autres. Ainsi devrait-il exister des institutions pour permettre à chacun de trouver la place qui correspond le mieux à la fois à ses capacités, ses envies et aux besoins de la collectivité. Comme je l'avais écrit avec Jacques Attali, c'est précisément autour de cette mission que devrait se recentrer notre système d'aide aux demandeurs d'emploi, élargissant en celà une mission initialement construite par évolutions successives des missions d'aide sociale et de recensement des personnes sans revenu. Il y a encore des efforts considérables à réaliser dans ce domaine, et des défis sans précédents pour le Pole Emploi, tant le changement de métier que suppose cette évolution est grand.
La construction de telles institutions de l'égalité des chances correspond à une demande de plus en plus forte. Les médias, qui ont souvent du talent pour transformer nos rêves collectifs en émissions à succès, ne s'y sont pas trompés comme le prouve l'émergence de nombreuses émissions telles que notamment "Star Academy", "Incroyable Talent" ou "Oui Chef" qui permettent à des personnes de faire reconnaitre un talent "étouffé" par la société. C'est sans doute en partie parce que des millions de personnes ont le sentiment de ne pas pouvoir exprimer toutes leurs capacités, qu'ils plébiscitent ces émissions...
L'un des exemples les plus frappants est celui de Susan, 47 ans, demandeuses d'emploi. A l'inverse, une expérience récente du Washington Post montre qu'un talent exceptionnel exprimé au mauvais endroit ou au mauvais moment passe inaperçu...
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