(version en cours de rédaction)
Derrière le débat sur le montant des rémunérations des patrons et des traders (que je ne vais pas aborder ici), se cache la question de l'alignement de l'intérêt financier des dirigeants avec l'intérêt de long terme.
Il existe trois grands types d'outils pour celà :
- la valeur de marché de l'entreprise. On peut donc donner des actions ou des dérivés d'actions, c'est à dire lier l'intérêt financier des dirigeants au prix de l'action. L'avantage de ces outils sont leur simplicité (pas de calcul complexe à faire sur ce que le dirigeant a fait gagner : il suffit de lui donner un pourcentage de l'entreprise, ou des options lui donnant droit à une part de l'entreprise). L'inconvénient est que l'intérêt de long terme de l'entreprise n'est reflété que de façon imparfaite dans le prix des actions : ils varient fortement, peuvent être manipulés (une déclaration optimiste du dirigeant la veille de sa levée d'option peut lui faire gagner des millions) et ne réflètent pas uniquement la valeur objective de l'entreprise
- les profits de l'entreprise. On peut alors donner au dirigeant non pas des actions, mais un droit non négociable (c'est à dire qui ne peut pas être revendu) aux dividendes - ce qui conduit à ce que l'intérêt financier du dirigeant ne soit non pas la valeur de l'action anticipée par les marchés (qui est un concept manipulable, volatil et limité par la capacité des marchés à accepter une stratégie), mais le niveau anticipé par le dirigeant des revenus des 15 années à venir (ce qui le poussera vers les projets effectivement rentables, plutot que ceux que le marché, avec ses errements, ses bulles et sa difficulté à comprendre une stratégie complexe, atypique ou audacieuse, peut considérer comme tels à un instant donné).
C'est ainsi que les dirigeants des "partnerships" (tels que Goldman Sachs, ou certains cabinets d'avocats avant son introduction en bourse) ou les actionnaires "familiaux" de sociétés non cotées sont rémunérés. Une variante de ce mode de rémunération consiste à rémunérer l'action d'un dirigeant non pas en bonus encaissable directement, mais en droits à retraite supplémentaires, dont la valeur dépendra de l'état de l'entreprise dans 10 ou 20 ans. L'avantage de cette solution est qu'elle ne recoure pas aux marchés (et permet donc au dirigeant de porter des décisions pertinentes mais difficiles à comprendre par les marchés, et lui évite de succomber aux folies passagères et aux bulles des marchés en visant plutôt les revenus à 10 ou 20 ans), l'inconvénient étant que cet "outil" d'un genre nouveau ne bénéficie pas des exonérations notamment sociales auxquelles les stock options donnent droit.
- un bonus discrétionnaire. En effet, les actionnaires peuvent toujours décider que le revenu des dirigeant sera une formule qu'ils peuvent définir librement. Le bonus peut être annuel (cas des traders ou des vendeurs travaillant à la commission) ou pluriannuel (mais c'est difficile à mettre en œuvre dans les groupes internationaux, car cela suppose de suivre les salariés pour leur verses les bonus liés à leur activité dans leurs postes précédents).L'inconvénient principal de cette formule est d'une part la capacité du dirigeant à manipuler les termes sur lesquels il est jugé (il maitrise en partie le thermomètre sur lequel il sera jugé) et, d'autre part, le fait qu'une formule spécifique, les stock option, dispose d'un avantage fiscalo social tel qu'il est difficile d'examiner d'autres voies.
Le bonus annuel est plus adapté aux salariés dont la contribution est mesurable sur une base annuelle (revenu de trading, objectif de ventes, nombre de pièces réalisées,...), alors que les incitations pluriannuelles conviennent mieux aux personnes dont la contribution est difficile à mesurer par des objectifs précis, ou ceux pour lesquels ont attend justement qu'ils trouvent des voies pour augmenter la valeur de l'entreprise.
Pour des raisons de justice et de cohérence fiscale, il serait difficile de rendre la troisième option (actuellement pénalisée par rapport aux stock options, qui n'acquittent notamment pas de cotisation sociales employeur) plus attractive. En effet, détaxer les bonus conduirait à ce que les entreprises transforment progressivement les salaires fixes en bonus, pour réduire leurs taxes. On pourrait discuter de l'intérêt de taxer les salaires (je pense personnellement que c'est une mauvaise assiette de taxation) - mais à partir du moment où l'on décide de les taxer il nécessaire d'être cohérent et taxer tout le monde de façon équitable.
En revanche, à l'heure où tout le monde dénonce les excès des marchés, on pourrait sérieusement se demander si des outils nettement plus favorable à l'intérêt de long terme de l'entreprise que les stock options ne pourraient pas être étudiés. En particulier, l'idée que les dirigeant soient récompensés pour leur performance par des titres non négociables plutôt que par des stock-option mériterait d'être prise en considération...
mercredi, septembre 16, 2009
vendredi, septembre 11, 2009
Premières conclusions de la Commission "Stiglitz"
La commission "Stiglitz" rendra prochainement son rapport, mais la presse en présente déjà les premiers éléments.
J'attends de lire le rapport, mais les reprises de la presse et les premiers éléments connus m'en font penser du bien. En peu de mots : le bon indicateur de pilotage d'un pays n'est pas le PIB (qui mesure l'intensité de l'activité économique, sans regarder à quoi elle contribue, ni si cette activité rend ceux qui la réalisent plus heureux) mais plutôt un ensemble plus large d'indicateurs qui mesurent les "produits utiles" de cette activité (amélioration de la santé, éducation, cohésion sociale,...) et en déduisent les "nuisances" (pollution, bruit, stress,...). On peut avoir beaucoup d'effets avec peu de moyens, et le contraire peut être également vrai.
En effet, gérer un pays en se focalisant sur le PIB revient à conduire une voiture en ne regardant que le compteur de vitesse, sans regarder le point d'arrivée, les risques d'accident ou la consommation d'essence. La recherche de l'intérêt général demande au contraire de s'intéresser à tout le reste (Kennedy disait "le PIB mesure tout, sauf ce qui est réellement important").
On bute alors sur deux difficultés. La première tient à la complexité du débat démocratique, car il faut alors suivre non pas un seul chiffre (le PIB), mais des dizaines d'indicateurs (santé physique et mentale, insertion, bonheur, sentiment de sécurité,...), et à la facon dont ils évoluent en tout temps et en tout lieu. La deuxième difficulté tient à l'existence, ou non, d'outils de mesure (on mesure facilement l'argent qui circule dans une économie, plus difficilement le bonheur, public ou secret, des citoyens). Or il est plus facile de gérer ce qui se mesure - ce qui conduit souvent les organisations à se focaliser non pas sur ce qui est le plus important, mais sur ce qui se mesure le plus facilement...
Au total, et pour reprendre la métaphore sur la conduite automobile, un chauffard qui ne regarde que la vitesse n'a pas besoin d'une grande expérience, ni de réfléchir à la trajectoire ou au point d'arrivée. La solution n'est pas non plus, à mon sens, de tomber dans l'anarcho-nihilisme.
Ce qu'il faut au pilotage d'un pays, c'est une figure capable de poser des débats, dans leur finesse et leur complexité (tels que celui lancé par la commission Stiglitz), et d'avoir une vision, de l'expérience, de la technique et beaucoup de doigté...
Le mot de la fin appartient à John Kay, dans sa chronique du Financial Times, qui dit "In Peter Weir’s film Dead Poets Society, Robin Williams portrays a charismatic teacher obliged to teach from a text by J. Evans Pritchard. Mr Pritchard explains that “if a poem’s score for perfection is plotted along the horizontal of a graph, and its importance is plotted on the vertical, then calculating the total area of the poem yields the measure of its greatness”. Williams tells his pupils to tear these pages from the book, and goes on to inspire them with a genuine love of literature. We should approach bogus quantification in the same way."
NB : Le rapport est finalement sorti. On peut le télécharger ici.
J'attends de lire le rapport, mais les reprises de la presse et les premiers éléments connus m'en font penser du bien. En peu de mots : le bon indicateur de pilotage d'un pays n'est pas le PIB (qui mesure l'intensité de l'activité économique, sans regarder à quoi elle contribue, ni si cette activité rend ceux qui la réalisent plus heureux) mais plutôt un ensemble plus large d'indicateurs qui mesurent les "produits utiles" de cette activité (amélioration de la santé, éducation, cohésion sociale,...) et en déduisent les "nuisances" (pollution, bruit, stress,...). On peut avoir beaucoup d'effets avec peu de moyens, et le contraire peut être également vrai.
En effet, gérer un pays en se focalisant sur le PIB revient à conduire une voiture en ne regardant que le compteur de vitesse, sans regarder le point d'arrivée, les risques d'accident ou la consommation d'essence. La recherche de l'intérêt général demande au contraire de s'intéresser à tout le reste (Kennedy disait "le PIB mesure tout, sauf ce qui est réellement important").
On bute alors sur deux difficultés. La première tient à la complexité du débat démocratique, car il faut alors suivre non pas un seul chiffre (le PIB), mais des dizaines d'indicateurs (santé physique et mentale, insertion, bonheur, sentiment de sécurité,...), et à la facon dont ils évoluent en tout temps et en tout lieu. La deuxième difficulté tient à l'existence, ou non, d'outils de mesure (on mesure facilement l'argent qui circule dans une économie, plus difficilement le bonheur, public ou secret, des citoyens). Or il est plus facile de gérer ce qui se mesure - ce qui conduit souvent les organisations à se focaliser non pas sur ce qui est le plus important, mais sur ce qui se mesure le plus facilement...
Au total, et pour reprendre la métaphore sur la conduite automobile, un chauffard qui ne regarde que la vitesse n'a pas besoin d'une grande expérience, ni de réfléchir à la trajectoire ou au point d'arrivée. La solution n'est pas non plus, à mon sens, de tomber dans l'anarcho-nihilisme.
Ce qu'il faut au pilotage d'un pays, c'est une figure capable de poser des débats, dans leur finesse et leur complexité (tels que celui lancé par la commission Stiglitz), et d'avoir une vision, de l'expérience, de la technique et beaucoup de doigté...
Le mot de la fin appartient à John Kay, dans sa chronique du Financial Times, qui dit "In Peter Weir’s film Dead Poets Society, Robin Williams portrays a charismatic teacher obliged to teach from a text by J. Evans Pritchard. Mr Pritchard explains that “if a poem’s score for perfection is plotted along the horizontal of a graph, and its importance is plotted on the vertical, then calculating the total area of the poem yields the measure of its greatness”. Williams tells his pupils to tear these pages from the book, and goes on to inspire them with a genuine love of literature. We should approach bogus quantification in the same way."
NB : Le rapport est finalement sorti. On peut le télécharger ici.
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vendredi, septembre 04, 2009
Sortie en librairie du "Sens des choses"
Le Sens des Choses sort mercredi prochain en librairie. Il est disponible en pré-commande chez les libraires en ligne...
samedi, août 01, 2009
100 milliards
" There are 100.000.000.0000 stars in the galaxy. That used to be a huge number. But it's only a hundred billion. It's less than the national deficit! We used to call them astronomical numbers. Now we should call them economical numbers."
R. Feynman
R. Feynman
jeudi, juillet 23, 2009
"Science du bonheur" : une vidéo passionante

Dan Gilbert, chercheur à Harvard, a réalisé un présentation très intéressante sur TED. Il y présente une théorie du "bonheur contraint", ie le fait que la réduction (partielle) de la liberté du consommateur peut augmenter son bien-être. Ces travaux vont à l'opposé d'un principe communément admis en économie, selon lequel le bonheur est une fonction croissante des possibilités de consommation (donc du revenu). Ainsi Dan Gilbert explique-t-il qu'un an après avoir gagné au loto, un gagnant n'est pas sensiblement plus heureux qu'une personne fortement handicapée. Le premier a été fortement heureux au moment de son gain, le second très malheureux. Mais quelques mois plus tard, il n'en resterait, selon Dan Gilbert, pas grand chose en termes de bonheur...
Que peut-on en retenir ? Sans doute que, sans renier l'utilité des outils économiques (il reste utile de mieux connaitre les mécanismes permettant d'augmentation la richesse nationale, et donc les possibilités de consommation), il y a une place pour une "science humaine du bonheur", dont les règles sont fondamentalement différentes de l'économie classique - en effet, les axiomes de base de l'économie ne s'y appliquent pas puisque les individus développent une capacité à "inventer leur bonheur" indépendante de leur situation patrimoniale. Certains pourraient affirmer que, finalement, des cours de philosophie "appliquée" (ie, centrée sur l'enseignement des leviers du bonheur) devraient avoir autant de place à l'école que les cours d'économie...
Les études présentées par Dan Gilbert montrent également que toutes les "richesses" ne se valent pas en termes de bonheur : ainsi, les dépenses permettant de sauver des vies ou de réduire la souffrance valent probablement plus en termes de bonheur que celles qui permettent, par exemple, de passer de son vieux téléphone à un téléphone plus récent...
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jeudi, mai 21, 2009
Les "micro délocalisations", ou comment l'introduction de systèmes ouverts sur les téléphones portables va changer le monde
Les opérateurs de téléphonie français distribuent depuis quelques semaines des téléphones fonctionnant sous le système Android.
Celà vous a probablement échappé, et le peu de publicité fait par les opérateurs autour de cette nouveauté n'y est probablement pas étranger. Et pourtant c'est une révolution incroyable qui est en marche, comme le montre un exemple étonnant.
D'abord, quelques mots sur Android. C'est un système d'exploitation, c'est à dire le logiciel qui gère les fonctions essentielles du téléphone (allumer, éteindre, communiquer,...) et permet également à des applications de fonctionner (en leur offrant les fonctions essentielles telles que saisir un texte, ouvrir une fenêtre, accèder au répertoire téléphonique,...). Les systèmes les plus évolués vous permettent d'ajouter vos propres applications, en plus de celles prévues par le constructeur (ce que fait déjà l'IPhone d'Apple) et diffusent un kit de développement (ou SDK) qui permettent à tout personne dotée de suffisamment de connaissances informatique de développer lui-même des applications.
La nouveauté c'est qu'Android est utilisable par tout fabricant. Jusqu'à présent, les fabricants de téléphone avaient le choix entre développer leur propre système (IPhone Os, Blackberry OS,...) ou se contenter de téléphones simples sans véritable systèmes d'exploitation (ce doit être le cas des téléphones Bic "jetables"). Android va donc se développer très fortement, grâce aux fabricants, qui pourront se concentrer sur la partie matérielle du téléphone (design, performances techniques, poids,...) et disposer d'un système d'exploitation performant qui leur offrira dès le premier jour des fonctionnalités performantes, testées et améliorées sur l'ensemble des téléphones qui utilisent le même système, ainsi que des centaines d'applications.
Android apporte donc au téléphone une révolution du type de celle que Microsoft a apporté aux ordinateurs : passer d'ordinateurs disposant chacun de "petits" systèmes d'exploitations. Souvenez vous du T07, de l'Altair, du Commodre 64 ou de l'Amiga, chacun avec son système incompatible dont le développement consommait un part importante du coût de l'ordinateur...
Android a par ailleurs l'avantage d'être un logiciel ouvert, gratuit et améliorable par chacun (même si ce n'est pas à portée de tous, il existe déjà des versions améliorées d'Android).
Désormais, tout ce qui peut s'imaginer en utiliser un clavier, un haut parleur, internet, le GPS, une carte mémoire ou un appareil photo pourra être développé relativement simplement et proposé instantanément à des millions de personnes. Et tous ceux qui avaient un programme (une calculatrice, un logiciel de tenue de comptes,...) vont pouvoir simplement l'adapter pour un téléphone Android.
Ainsi, compare-everywhere vous permet de scanner un code barre et d'obtenir le meilleur prix sur internet pour un produit donné.
Handycalc est une calculatrice pour votre téléphone... qui peut résoudre les systèmes d'équations à plusieurs inconnues, trace les courbes et convertit les devises en obtenant sur internet les cours du jour.
Mais c'est Capture a Card qui me mène au sujet des "micro délocalisations". Programmé par un développeur qui travaille à son compte, ce logiciel vous permet de photographier une carte de visite, qui est ensuite envoyée par internet à un opérateur de saisie dans un pays à bas coût, qui va recopier le contenu de la carte dans votre carnet d'adresses, le tout pour quelques centimes.
Autrement dit, alors que les délocalisations de services étaient jusqu'à présent concentrées sur les projet d'une certaine taille, un individu à son compte peut en réaliser une qui vous apporte un véritable service (qui n'a pas une vingtaine de cartes qui trainent faute du temps pour les saisir ?) sur une tâche aussi infime que la recopie d'une carte de visite. Il n'aura pour çà ni à mettre en place un réseau (internet est là), ni installer des machines spécifiques (c'est votre téléphone mobile), ni un système de paiement (il est fourni pour Google)...
Celà vous a probablement échappé, et le peu de publicité fait par les opérateurs autour de cette nouveauté n'y est probablement pas étranger. Et pourtant c'est une révolution incroyable qui est en marche, comme le montre un exemple étonnant.
D'abord, quelques mots sur Android. C'est un système d'exploitation, c'est à dire le logiciel qui gère les fonctions essentielles du téléphone (allumer, éteindre, communiquer,...) et permet également à des applications de fonctionner (en leur offrant les fonctions essentielles telles que saisir un texte, ouvrir une fenêtre, accèder au répertoire téléphonique,...). Les systèmes les plus évolués vous permettent d'ajouter vos propres applications, en plus de celles prévues par le constructeur (ce que fait déjà l'IPhone d'Apple) et diffusent un kit de développement (ou SDK) qui permettent à tout personne dotée de suffisamment de connaissances informatique de développer lui-même des applications.
La nouveauté c'est qu'Android est utilisable par tout fabricant. Jusqu'à présent, les fabricants de téléphone avaient le choix entre développer leur propre système (IPhone Os, Blackberry OS,...) ou se contenter de téléphones simples sans véritable systèmes d'exploitation (ce doit être le cas des téléphones Bic "jetables"). Android va donc se développer très fortement, grâce aux fabricants, qui pourront se concentrer sur la partie matérielle du téléphone (design, performances techniques, poids,...) et disposer d'un système d'exploitation performant qui leur offrira dès le premier jour des fonctionnalités performantes, testées et améliorées sur l'ensemble des téléphones qui utilisent le même système, ainsi que des centaines d'applications.
Android apporte donc au téléphone une révolution du type de celle que Microsoft a apporté aux ordinateurs : passer d'ordinateurs disposant chacun de "petits" systèmes d'exploitations. Souvenez vous du T07, de l'Altair, du Commodre 64 ou de l'Amiga, chacun avec son système incompatible dont le développement consommait un part importante du coût de l'ordinateur...
Android a par ailleurs l'avantage d'être un logiciel ouvert, gratuit et améliorable par chacun (même si ce n'est pas à portée de tous, il existe déjà des versions améliorées d'Android).
Désormais, tout ce qui peut s'imaginer en utiliser un clavier, un haut parleur, internet, le GPS, une carte mémoire ou un appareil photo pourra être développé relativement simplement et proposé instantanément à des millions de personnes. Et tous ceux qui avaient un programme (une calculatrice, un logiciel de tenue de comptes,...) vont pouvoir simplement l'adapter pour un téléphone Android.
Ainsi, compare-everywhere vous permet de scanner un code barre et d'obtenir le meilleur prix sur internet pour un produit donné.
Handycalc est une calculatrice pour votre téléphone... qui peut résoudre les systèmes d'équations à plusieurs inconnues, trace les courbes et convertit les devises en obtenant sur internet les cours du jour.
Mais c'est Capture a Card qui me mène au sujet des "micro délocalisations". Programmé par un développeur qui travaille à son compte, ce logiciel vous permet de photographier une carte de visite, qui est ensuite envoyée par internet à un opérateur de saisie dans un pays à bas coût, qui va recopier le contenu de la carte dans votre carnet d'adresses, le tout pour quelques centimes.
Autrement dit, alors que les délocalisations de services étaient jusqu'à présent concentrées sur les projet d'une certaine taille, un individu à son compte peut en réaliser une qui vous apporte un véritable service (qui n'a pas une vingtaine de cartes qui trainent faute du temps pour les saisir ?) sur une tâche aussi infime que la recopie d'une carte de visite. Il n'aura pour çà ni à mettre en place un réseau (internet est là), ni installer des machines spécifiques (c'est votre téléphone mobile), ni un système de paiement (il est fourni pour Google)...
vendredi, mai 01, 2009
Ethique, long terme, responsabilité sociale ou comment être moral dans un monde qui ne l'est pas ?
L'Institut de l'Entreprise a engagé une réflexion sur l'entreprise de 2020. C'est une excellente chose, après la réussite des travaux de France 2025, de voir les entreprises lancer à leur tour une réflection sur leurs thèmes d'avenir.
L'une des questions posées par cette réflexion est la suivante : comment faire en sorte que l'entreprise prenne davantage en compte les préoccupations de long terme. Question passionnante, surtout si on l'élargit ainsi : que faire pour développer l'altruisme, ou la "cohésion sociale" au sein d'un groupe (un état, une entreprise, une équipe,...).
Le premier élément de réponse vient de Fukuyama et tient à la structure du groupe concerné (Cf un ancien billet). Les institutions peuvent créer ou détruire la cohésion sociale (cf cet autre billet). La recherche des bonne institutions paraitra un combat théorique et lointain pour certains. A tort. La société construit ses valeurs à partir des "signaux" qu'elle envoye à ses membres. Pour prendre un exemple, toutes les déclaration sur le l'importance du travail ne valent rien si, comme c'était le cas il y a quelques années (c'est moins vrai maintenant même s'il reste du chemin à parcourir) si notre fiscalité pénalise le retour à l'emploi et notre système d'aide aux chômeurs les dissuade parfois de reprendre un emploi. N'en déplaise à ceux qui font profession d'enchainer les déclarations, les paroles s'envolent mais les institutions et les régles restent...
Le deuxième élément de réponse est plus philosophique : pour être plus altruiste, il faut mieux se "connaitre soi-meme". Ainsi, l'existence de bulles et de récessions est-elle liée à une caractéristique fondamentale de la nature humaine : l'empathie - ie le fait que l'on soit optimiste quand le reste du monde est optimiste, et pessimiste dans le cas inverse. Plus généralement, nous avons tendance à nous conformer au groupe, de façon plus ou moins consciente - comme le montre notamment cet exemple.
L'empathie est une bonne chose pour la cohésion en générale, mais une mauvaise chose dans sa capacité à générer des crises et des dépressions économiques. Un ancien billet rappelle comment les cycles vont et viennent. Il s'agit là d'une littérature économique ancienne.
Une meilleure connaissance de ces phénomènes aiderait à la fois à limiter les excès, mais également à éviter que les crises ne soient traitées avec des remèdes qui empirent le mal. Ainsi, l'analyse de Marx est-elle très intéressante sur certains aspects, mais fausse sur le point le plus souvent repris : la réponse aux conflits de répartition de "fin de cycle" n'est pas une lutte des classe, mais au contraire le développement d'une cohésion qui préparer le cycle d'innovation suivant. La lutte des classe n'a jamais été un moteur d'innovation, au contraire (mais l'ultralibéralisme non plus, du reste).
L'une des questions posées par cette réflexion est la suivante : comment faire en sorte que l'entreprise prenne davantage en compte les préoccupations de long terme. Question passionnante, surtout si on l'élargit ainsi : que faire pour développer l'altruisme, ou la "cohésion sociale" au sein d'un groupe (un état, une entreprise, une équipe,...).
Le premier élément de réponse vient de Fukuyama et tient à la structure du groupe concerné (Cf un ancien billet). Les institutions peuvent créer ou détruire la cohésion sociale (cf cet autre billet). La recherche des bonne institutions paraitra un combat théorique et lointain pour certains. A tort. La société construit ses valeurs à partir des "signaux" qu'elle envoye à ses membres. Pour prendre un exemple, toutes les déclaration sur le l'importance du travail ne valent rien si, comme c'était le cas il y a quelques années (c'est moins vrai maintenant même s'il reste du chemin à parcourir) si notre fiscalité pénalise le retour à l'emploi et notre système d'aide aux chômeurs les dissuade parfois de reprendre un emploi. N'en déplaise à ceux qui font profession d'enchainer les déclarations, les paroles s'envolent mais les institutions et les régles restent...
Le deuxième élément de réponse est plus philosophique : pour être plus altruiste, il faut mieux se "connaitre soi-meme". Ainsi, l'existence de bulles et de récessions est-elle liée à une caractéristique fondamentale de la nature humaine : l'empathie - ie le fait que l'on soit optimiste quand le reste du monde est optimiste, et pessimiste dans le cas inverse. Plus généralement, nous avons tendance à nous conformer au groupe, de façon plus ou moins consciente - comme le montre notamment cet exemple.
L'empathie est une bonne chose pour la cohésion en générale, mais une mauvaise chose dans sa capacité à générer des crises et des dépressions économiques. Un ancien billet rappelle comment les cycles vont et viennent. Il s'agit là d'une littérature économique ancienne.
Une meilleure connaissance de ces phénomènes aiderait à la fois à limiter les excès, mais également à éviter que les crises ne soient traitées avec des remèdes qui empirent le mal. Ainsi, l'analyse de Marx est-elle très intéressante sur certains aspects, mais fausse sur le point le plus souvent repris : la réponse aux conflits de répartition de "fin de cycle" n'est pas une lutte des classe, mais au contraire le développement d'une cohésion qui préparer le cycle d'innovation suivant. La lutte des classe n'a jamais été un moteur d'innovation, au contraire (mais l'ultralibéralisme non plus, du reste).
dimanche, avril 12, 2009
La star academy, institution de l'égalité des chances ?
Les institutions servent à remplir des fonctions essentielles pour la collectivité : la police, la justice ou la santé publiques (prévention, protection contre les épidémies, système de soins...) sont des exemples classiques.
Mais il y en a d'autres. Ainsi devrait-il exister des institutions pour permettre à chacun de trouver la place qui correspond le mieux à la fois à ses capacités, ses envies et aux besoins de la collectivité. Comme je l'avais écrit avec Jacques Attali, c'est précisément autour de cette mission que devrait se recentrer notre système d'aide aux demandeurs d'emploi, élargissant en celà une mission initialement construite par évolutions successives des missions d'aide sociale et de recensement des personnes sans revenu. Il y a encore des efforts considérables à réaliser dans ce domaine, et des défis sans précédents pour le Pole Emploi, tant le changement de métier que suppose cette évolution est grand.
La construction de telles institutions de l'égalité des chances correspond à une demande de plus en plus forte. Les médias, qui ont souvent du talent pour transformer nos rêves collectifs en émissions à succès, ne s'y sont pas trompés comme le prouve l'émergence de nombreuses émissions telles que notamment "Star Academy", "Incroyable Talent" ou "Oui Chef" qui permettent à des personnes de faire reconnaitre un talent "étouffé" par la société. C'est sans doute en partie parce que des millions de personnes ont le sentiment de ne pas pouvoir exprimer toutes leurs capacités, qu'ils plébiscitent ces émissions...
L'un des exemples les plus frappants est celui de Susan, 47 ans, demandeuses d'emploi. A l'inverse, une expérience récente du Washington Post montre qu'un talent exceptionnel exprimé au mauvais endroit ou au mauvais moment passe inaperçu...
Mais il y en a d'autres. Ainsi devrait-il exister des institutions pour permettre à chacun de trouver la place qui correspond le mieux à la fois à ses capacités, ses envies et aux besoins de la collectivité. Comme je l'avais écrit avec Jacques Attali, c'est précisément autour de cette mission que devrait se recentrer notre système d'aide aux demandeurs d'emploi, élargissant en celà une mission initialement construite par évolutions successives des missions d'aide sociale et de recensement des personnes sans revenu. Il y a encore des efforts considérables à réaliser dans ce domaine, et des défis sans précédents pour le Pole Emploi, tant le changement de métier que suppose cette évolution est grand.
La construction de telles institutions de l'égalité des chances correspond à une demande de plus en plus forte. Les médias, qui ont souvent du talent pour transformer nos rêves collectifs en émissions à succès, ne s'y sont pas trompés comme le prouve l'émergence de nombreuses émissions telles que notamment "Star Academy", "Incroyable Talent" ou "Oui Chef" qui permettent à des personnes de faire reconnaitre un talent "étouffé" par la société. C'est sans doute en partie parce que des millions de personnes ont le sentiment de ne pas pouvoir exprimer toutes leurs capacités, qu'ils plébiscitent ces émissions...
L'un des exemples les plus frappants est celui de Susan, 47 ans, demandeuses d'emploi. A l'inverse, une expérience récente du Washington Post montre qu'un talent exceptionnel exprimé au mauvais endroit ou au mauvais moment passe inaperçu...
dimanche, mars 29, 2009
action, obligations, assurance-vie : que fallait-il acheter pour placer son épargne
Petite mise à jour d'un ancien article comparant, sur 20 ans, le rendement des actions et des obligations.
Sur 20 ans, avant frais de gestion il valait mieux avoir des actions. Si on tient compte des frais, les placements sans risques étaient plus adaptés...
Sur 20 ans, avant frais de gestion il valait mieux avoir des actions. Si on tient compte des frais, les placements sans risques étaient plus adaptés...
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mercredi, mars 25, 2009
Sortie des rapports des groupes de "France 2025"
Le Centre d'Analyse Stratégique vient de publier un travail intéressant, réalisé par 8 groupes de travail durant un an. Ils ont travaillé en toute indépendance pour donner un résultat intéressant, inédit à bien des égards. On peut ne pas être d'accord avec tout - personnellement si je partage beaucoup de leur analyses, j'ai des divergences sur certains point - mais l'exercice mérite largement d'être diffusé et utilisé...
samedi, mars 21, 2009
dimanche, mars 15, 2009
Tolérer l'agacement et la désorganisation pour sortir de la crise ?
Deux articles dans The Economist de cette semaine : le premier sur le retour des entrepreneurs, le deuxième sur le chômage. Le journal ne fait aucun lien entre les deux.
Je pense que c'est une erreur. Ceux qui cherchent à créer une activité (entrepreneurs) ont exactement le même rôle que ceux dont la fonction va être de quitter une activité défaillante pour aller vers une activité en développement (chomeur). C'est le concept de "classe créative" développé dans un récent rapport (dans une définition différente de la version proposée par Richard Florida).
Le point de vue consistant à considérer les "chercheurs d'emploi" comme étant au coeur de la classe créative, que j'avais développé avec Jacques Attali ici oblige à changer de point vue. Et, en effet, c'est précisément parce que nous regardons le chômage par le petit bout de la lorgnette ("quand le sage montre la lune, la plupart regardent le doigt" dit le proverbe) que nous avons de grandes difficultés à le résoudre. Un comme si, confrontés à une voiture qui n'avance pas assez vite nous essayions de mettre plus d'essence (ou d'ajouter du kérosène) alors que le problème vient du fait que le chauffeur a des pieds trop larges, et appuie sur la pédale de frein en même temps que sur l'accélérateur : mettre du kérosène pourra accélérer un peu, au prix d'une surchauffe et d'une grande déperdition d'énergie...
La macroéconomie est une science parfois fort utile, notamment lorsqu'elle est employée avec recul et modestie. S'agissant du chômage, il est probable qu'elle ait un effet néfaste. Car que dit la macroéconomie du chômage ? Elle le présente ce phénomène comme la résultante de quelques carburants (exportations, consommation, investissements publics) dans une boite noire (l'économie française) dont elle ne retient des contradictions que le fait qu'elle présente des "rigidités" dont la suppression améliorerait le fonctionnement.
Un peu comme le responsable de la production de chaussures de l'ex bloc de l'Est ne voyait qu'une partie du fonctionnement des usines sous sa responsabilité (le nombre de chaussures produites, les quantités de cuir et éventuellement la paresse ou la médiocrité des ouvriers qui ne font décidément jamais ce que leur demande leur brillante hiérarchie) et négligeait l'essentiel : la cause principale de l'inefficacité d'une économie planifiée est invisible du planificateur centralisé, car c'est le fait qu'elle soit centralisée ! De la même façon, la cause principale du chômage est invisible du macroéconomiste, car c'est probablement le fait que ce phénomène ne soit abordé que d'un point de vue "macro".
Prenons l'exemple de la crise financière. Pour le macroéconomiste, il y a eu trop d'investissement, ce qui appelle à une correction (trop d'investissements hier appelle à une réduction des investissements aujourd'hui). Pour en limiter les conséquences, l'Etat peut investir aujourd'hui à la place du reste de l'économie (il investira un peu moins demain en contrepartie). Avec un peu de chance cet investissement public aura un "effet multiplicateur" (c'est à dire qu'un million d'euros d'investissements publics générera des salaires en France, et induira donc des investissements supplémentaires).
On pourrait voir les choses autrement. La crise financière, c'est avant tout une économie qui "s'est trompé" (ou qui a été trompée), c'est à dire qui a mis ses ressources au mauvais endroit : les meilleurs élèves se sont dirigés vers la finance (et notamment la partie de la finance consistant à complexifier des financement qui n'aurait jamais été accordés s'ils avaient été simples) au lieu d'aller faire de la recherche ou de créer leur entreprise, des montages douteux ont fait apparaitre très rentables des projets ou des prêts qui ne l'étaient pas, des entrepreneurs ont développé le mauvais type de projets (dupés par des financements prenant mal en compte le risque, et des prix déformés par des montages faisant passer le plomb pour l'or,...), des chercheurs d'emploi qui sont allé dans le mauvais sens,...
Dans ce deuxième cas, il faut avant tout faire accepter la réalité telle qu'elle est. Les rendements "normaux" que l'on peut attendre ne sont pas de 15 % mais de 5 ou 6 %. Les secteurs qui apparaissaient "sexy" (tels que celui du crédit facile aux particuliers ou aux entreprises, ou une partie du secteur de la finance) sont en fait "ringards", et les secteurs qui apparaissaient peu rentables alors qu'ils répondent à des besoins forts et durables (services à la personne, infrastuctures...) doivent apparaitre à nouveau attrayants. Et, plus important que tout : il faut favoriser, développer la "classe créative", c'est à dire celle qui sera capable de prendre du recul par rapport aux errements passés pour identifier les secteurs de demain, plutot que les défenseurs du statu quo, bien intentionnés (garantir des emplois, au détriment de la compétitivité de demain ou de la création d'emplois durables) ou moins bien intentionnés (protéger une rente individuelle ou collective). Il faut notamment veiller à ce que les entrepreneurs puissent simplement construire leurs projets (et la complexité, le poids des impots sur les salaires ou les barrières culturelles sont souvent plus fortes que les problèmes de financement), et que les chercheurs d'emploi puissent bénéficier de diagnostics clairs sur leur situation, leur potentiel et les opportunités qu'ils peuvent saisir (on en est très très loin).
Celà n'ira pas de soi : en période de crise, il parait souvent urgent de rassurer et de prendre de "grandes décisions" structurantes. Et comme le disait Peter Drucker, l'entrepreneur "upsets and disorganises"...
Je pense que c'est une erreur. Ceux qui cherchent à créer une activité (entrepreneurs) ont exactement le même rôle que ceux dont la fonction va être de quitter une activité défaillante pour aller vers une activité en développement (chomeur). C'est le concept de "classe créative" développé dans un récent rapport (dans une définition différente de la version proposée par Richard Florida).
Le point de vue consistant à considérer les "chercheurs d'emploi" comme étant au coeur de la classe créative, que j'avais développé avec Jacques Attali ici oblige à changer de point vue. Et, en effet, c'est précisément parce que nous regardons le chômage par le petit bout de la lorgnette ("quand le sage montre la lune, la plupart regardent le doigt" dit le proverbe) que nous avons de grandes difficultés à le résoudre. Un comme si, confrontés à une voiture qui n'avance pas assez vite nous essayions de mettre plus d'essence (ou d'ajouter du kérosène) alors que le problème vient du fait que le chauffeur a des pieds trop larges, et appuie sur la pédale de frein en même temps que sur l'accélérateur : mettre du kérosène pourra accélérer un peu, au prix d'une surchauffe et d'une grande déperdition d'énergie...
La macroéconomie est une science parfois fort utile, notamment lorsqu'elle est employée avec recul et modestie. S'agissant du chômage, il est probable qu'elle ait un effet néfaste. Car que dit la macroéconomie du chômage ? Elle le présente ce phénomène comme la résultante de quelques carburants (exportations, consommation, investissements publics) dans une boite noire (l'économie française) dont elle ne retient des contradictions que le fait qu'elle présente des "rigidités" dont la suppression améliorerait le fonctionnement.
Un peu comme le responsable de la production de chaussures de l'ex bloc de l'Est ne voyait qu'une partie du fonctionnement des usines sous sa responsabilité (le nombre de chaussures produites, les quantités de cuir et éventuellement la paresse ou la médiocrité des ouvriers qui ne font décidément jamais ce que leur demande leur brillante hiérarchie) et négligeait l'essentiel : la cause principale de l'inefficacité d'une économie planifiée est invisible du planificateur centralisé, car c'est le fait qu'elle soit centralisée ! De la même façon, la cause principale du chômage est invisible du macroéconomiste, car c'est probablement le fait que ce phénomène ne soit abordé que d'un point de vue "macro".
Prenons l'exemple de la crise financière. Pour le macroéconomiste, il y a eu trop d'investissement, ce qui appelle à une correction (trop d'investissements hier appelle à une réduction des investissements aujourd'hui). Pour en limiter les conséquences, l'Etat peut investir aujourd'hui à la place du reste de l'économie (il investira un peu moins demain en contrepartie). Avec un peu de chance cet investissement public aura un "effet multiplicateur" (c'est à dire qu'un million d'euros d'investissements publics générera des salaires en France, et induira donc des investissements supplémentaires).
On pourrait voir les choses autrement. La crise financière, c'est avant tout une économie qui "s'est trompé" (ou qui a été trompée), c'est à dire qui a mis ses ressources au mauvais endroit : les meilleurs élèves se sont dirigés vers la finance (et notamment la partie de la finance consistant à complexifier des financement qui n'aurait jamais été accordés s'ils avaient été simples) au lieu d'aller faire de la recherche ou de créer leur entreprise, des montages douteux ont fait apparaitre très rentables des projets ou des prêts qui ne l'étaient pas, des entrepreneurs ont développé le mauvais type de projets (dupés par des financements prenant mal en compte le risque, et des prix déformés par des montages faisant passer le plomb pour l'or,...), des chercheurs d'emploi qui sont allé dans le mauvais sens,...
Dans ce deuxième cas, il faut avant tout faire accepter la réalité telle qu'elle est. Les rendements "normaux" que l'on peut attendre ne sont pas de 15 % mais de 5 ou 6 %. Les secteurs qui apparaissaient "sexy" (tels que celui du crédit facile aux particuliers ou aux entreprises, ou une partie du secteur de la finance) sont en fait "ringards", et les secteurs qui apparaissaient peu rentables alors qu'ils répondent à des besoins forts et durables (services à la personne, infrastuctures...) doivent apparaitre à nouveau attrayants. Et, plus important que tout : il faut favoriser, développer la "classe créative", c'est à dire celle qui sera capable de prendre du recul par rapport aux errements passés pour identifier les secteurs de demain, plutot que les défenseurs du statu quo, bien intentionnés (garantir des emplois, au détriment de la compétitivité de demain ou de la création d'emplois durables) ou moins bien intentionnés (protéger une rente individuelle ou collective). Il faut notamment veiller à ce que les entrepreneurs puissent simplement construire leurs projets (et la complexité, le poids des impots sur les salaires ou les barrières culturelles sont souvent plus fortes que les problèmes de financement), et que les chercheurs d'emploi puissent bénéficier de diagnostics clairs sur leur situation, leur potentiel et les opportunités qu'ils peuvent saisir (on en est très très loin).
Celà n'ira pas de soi : en période de crise, il parait souvent urgent de rassurer et de prendre de "grandes décisions" structurantes. Et comme le disait Peter Drucker, l'entrepreneur "upsets and disorganises"...
samedi, mars 14, 2009
Société de connivence
Je suis toujours intrigué, voir amusé, par la part des articles consacrés aux relations dans les cercles du pouvoir. Qu'il s'agisse de politique ou d'entreprise, combien d'articles ou de livres tournent autour des relations (x connaît y, x fait partie de tel ou tel groupe, réel ou supposé, y s'entend bien avec z mais pas avec x, y et x ont été aperçus ensemble... ), alors que bien peu portent sur les résultats (qu'a fait x dans sa carrière ? quand a-t-il innové ? qu'a-t-il fait de différent de son successeur et de son prédécesseur à son poste ? quel est sa réelle contribution quand on compare les moyens qu'il a mobilisé avec les résultats qu'il a obtenu ?).
Évidemment, savoir "qui connait qui" fait des articles et des livres plus vendeurs et plus faciles à réaliser que d'essayer d'évaluer une contribution personnelle. Il suffit d'une photo volée, d'un organigramme ou d'une liste pour faire un papier. Mais est-il plus important de connaître les "bonnes" personnes, ou de ne pas connaitre les autres, ou bien d'avoir un libre arbitre bien ancré, de l'ouverture d'esprit (généralement liée à la diversité des connaissances) et un attachement aux résultats, quelle que soit la situation et l'environnement ? Voilà des scoops faciles à réaliser !
Or les délits de connaissance ou d'appartenance, de triste mémoire, sont à ranger dans la même catégorie que les délits d'opinion - et les trois sont le ciment du dogmatisme qui voudrait que des personnes différentes ne cotoient que leurs semblables, puisque le simple fait de connaitre une personne suffirait à disqualifier ! J'ai toujours pensé profondément, au contraire, qu'on pouvait travailler avec n'importe qui, dès lors qu'on ne faisait pas n'importe quoi (c'est à dire des choses qui ont du sens, et qui apportent plus à ceux qui vous donnent les moyens d'agir que ce qu'elles ne leur coûtent). Chaque article, chaque livre focalisé de façon excessive sur les relations plutôt que sur le sens et les résultats nous pousse à faire exactement l'inverse...
Évidemment, savoir "qui connait qui" fait des articles et des livres plus vendeurs et plus faciles à réaliser que d'essayer d'évaluer une contribution personnelle. Il suffit d'une photo volée, d'un organigramme ou d'une liste pour faire un papier. Mais est-il plus important de connaître les "bonnes" personnes, ou de ne pas connaitre les autres, ou bien d'avoir un libre arbitre bien ancré, de l'ouverture d'esprit (généralement liée à la diversité des connaissances) et un attachement aux résultats, quelle que soit la situation et l'environnement ? Voilà des scoops faciles à réaliser !
Or les délits de connaissance ou d'appartenance, de triste mémoire, sont à ranger dans la même catégorie que les délits d'opinion - et les trois sont le ciment du dogmatisme qui voudrait que des personnes différentes ne cotoient que leurs semblables, puisque le simple fait de connaitre une personne suffirait à disqualifier ! J'ai toujours pensé profondément, au contraire, qu'on pouvait travailler avec n'importe qui, dès lors qu'on ne faisait pas n'importe quoi (c'est à dire des choses qui ont du sens, et qui apportent plus à ceux qui vous donnent les moyens d'agir que ce qu'elles ne leur coûtent). Chaque article, chaque livre focalisé de façon excessive sur les relations plutôt que sur le sens et les résultats nous pousse à faire exactement l'inverse...
samedi, mars 07, 2009
Etre au bon endroit au bon moment
Deux références :
1 - Une expérience fascinante du Washington Post : proposer à un violoniste virtuose de jouer dans le métro - c'est un talent extraordinaire, mais au mauvais endroit et au mauvais moment
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/04/04/AR2007040401721.html
2 - Le dernier livre de Malcom Gladwell (Outliers), qui raconte l'histoire inverse : comment le succès nait non du talent, mais surtout de circonstance forfuites ou "héritées"..
1 - Une expérience fascinante du Washington Post : proposer à un violoniste virtuose de jouer dans le métro - c'est un talent extraordinaire, mais au mauvais endroit et au mauvais moment
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/04/04/AR2007040401721.html
2 - Le dernier livre de Malcom Gladwell (Outliers), qui raconte l'histoire inverse : comment le succès nait non du talent, mais surtout de circonstance forfuites ou "héritées"..
mardi, février 10, 2009
L'économie américaine en un graphique
Cliquer sur le schéma pour l'agrandir.
Vu ici.
NB : Ce sont les vrais chiffres, pas des prévisions...
mardi, février 03, 2009
Pour un à deux milliards de plus...
Le rapport Landau, publié il y a quelques années, donnait quelques chiffres dont je ne sais pas s'ils sont confirmés (a priori le rapport est un travail sérieux), mais qui donnent à réfléchir par rapport aux montants des pertes bancaires (2000 milliards) ou des bonus versés aux banquiers (18 milliards en 2008 à Wall Street) :
- avec deux milliards de dollars par an garantis sur dix ans, on assure la scolarisation primaire de tous les enfants d’Afrique subsaharienne
- avec deux milliards de dollars par an, on finance dans des conditions satisfaisantes la recherche médicale sur les grandes pandémies (paludisme, sida) qui affectent les pays en développement
- avec un milliard de dollars par an, on met à la disposition de toute la population mondiale les dix interventions chirurgicales de base nécessaires à la préservation de la vie et de la santé.
Le propre d'une économie qui fonctionne bien est d'allouer les ressources vers les utilisations les plus utiles. Une crise intervient quand il apparait de trop gros écarts entre les promesses d'une économie et ses réalisations. Notre crise est-elle uniquement financière ?
- avec deux milliards de dollars par an garantis sur dix ans, on assure la scolarisation primaire de tous les enfants d’Afrique subsaharienne
- avec deux milliards de dollars par an, on finance dans des conditions satisfaisantes la recherche médicale sur les grandes pandémies (paludisme, sida) qui affectent les pays en développement
- avec un milliard de dollars par an, on met à la disposition de toute la population mondiale les dix interventions chirurgicales de base nécessaires à la préservation de la vie et de la santé.
Le propre d'une économie qui fonctionne bien est d'allouer les ressources vers les utilisations les plus utiles. Une crise intervient quand il apparait de trop gros écarts entre les promesses d'une économie et ses réalisations. Notre crise est-elle uniquement financière ?
jeudi, janvier 15, 2009
10 défis pour 2025
Les travaux de France 2025 sont achevés. Un premier document vient d'être publié ; il tire de ces travaux "10 défis pour 2025". Le document est disponible ici.
dimanche, décembre 07, 2008
Un plan de relance : pourquoi ? comment ?
La plupart des pays du G20 ont présenté des plans de relance, ou s'apprêtent à le faire.
Pourquoi faire un plan de relance ?
Actuellement l'activité se réduit, c'est à dire que parce le système financier a ralenti, mais sans doute également parce que certains anticipent un ralentissement, les entreprises investissent moins, les ménages consomment moins et les exportateurs exportent moins vers les entreprises et les consommateurs étrangers. La conséquence est une réduction d'activité, avec ses conséquences en termes de hausse du chômage. Autrement dit, des personnes qui auraient pu produire (et disposer d'un revenu en contrepartie) risquent de se trouver sans activité. C'est une perte sèche, car le temps perdu ne se rattrape pas. Or, du point de vue du pays, il y a des tas de choses utiles à faire que pourraient réaliser les personnes concernées, directement ou indirectement (ie, elles travaillent pour satisfaire les besoins de personnes qui réalisent un projet utile à la collectivité).
C'est précisément l'objet du plan de relance : l'activité privée faiblissant, un plan de relance permet à l'activité publique de prendre temporairement le relais, et ceci afin de limiter les effets du ralentissement économique. En général, ces plans de relance vont augmenter la dette publique (ou ralentir le rythme de sa réduction). Cette dette, il faudra la rembourser un jour (où en payer éternellement les intérêts, ce qui revient au même) : tout l'enjeu est donc de faire un plan conçu de telle façon que les citoyens présents soient gagnants (ce qui est la partie la plus simple, car ils vont bénéficier des revenus liés aux décisions du plan) sans que les citoyens futurs soient perdants (ils vont payer la dette, et doivent donc bénéficier des éventuels bénéfices du plan de relance).
Comment faire un bon plan de relance ?
On attend donc deux choses d'un plan de relance :
- qu'il relance l'activité, c'est à dire que l'argent public investi génère le plus d'activité possible sur le sol national
- qu'il ne spolie pas les générations futures, c'est à dire qu'elles aient un bilan positif, entre la dette supplémentaire qu'elles devront acquitter et les éventuels bénéfices qu'elles retireront du plan.
Sur le premier point, il faut privilégier des dépenses d'effet rapide : lancer ou avancer des projets qui peuvent donner lier à des travaux immédiats, ou donner du revenu à des personnes susceptibles de le consommer immédiatement.
On notera cependant que, compte tenu du taux d'importation que génère un euro de revenu distribué aux ménages, les dépenses de consommation risquent d'être moins efficaces, surtout si elles ne sont pas ciblées. Par exemple, si le plan de relance consiste en un chèque distribué aux ménages, certains vont acheter une télévision à écran plat - qui ne produit qu'une fraction d'activité en France. L'effet sera ainsi dilué, et, plus généralement, il en ira de même pour d'autres dépenses de consommation. Au-delà de l'analyse macroéconomique théorique, les mesures larges de ce type doivent donc poser la question suivante : est-il dans le rôle de l'Etat de financer l'équipement en matériel hi-fi dont nos enfants payeront le prix à crédit, ou doit-il centrer son action sur l'aide à ceux qui vont être le plus touchés par le ralentissement économique ?
Certes, la tentation est évidemment grande de réaliser des "grands plans de consommation" (certains proposent de distribuer des chéques payés par l'Etat...), mais cette idée n'a pas grand sens économique, sans parler de son sens politique (un humoriste anglais ironisait sur la vision de la politique consistant à "acheter les voix des électeurs avec l'argent de leurs propres impôts"). De plus, elle se heurterait, comme tous les plans qui ont trop reposé sur ce levier, au fait que la France est un pays ouvert (ce qui dilue toute relance par la consommation). Notons enfin que les dépenses d'investissement vont se transformer fortement en revenus dans les secteurs concernés, et donc servir également le pouvoir d'achat...
Sur le second point, le bilan pour les générations futures du plan de relance va dépendre essentiellement de deux facteurs. Premier facteur, le fait que le plan de relance évite des "irréversibilités" (faillites, pertes de qualification,...) dont le coût aurait, s'il n'avait pas été évité, pesé sur les générations futures. Second facteur, le fait que les dépenses du plan produisent des bénéfices ou évitent des dépenses aux générations futures : c'est notamment le cas s'il s'agit d'accélération ou d'anticipation d'investissements utiles pour l'avenir.
Faut-il vraiment, comme l'ont plaidé certains, avoir des "dépenses réellement nouvelles" ? Aller dans ce sens revient à souhaiter que l'on aille chercher des projets qui n'existaient pas, donc forcément moins intéressants et plus long à mettre en oeuvre (il faut parfois plusieurs années). L'intérêt ne va pas de soi...
Au total, le plan qui a été annoncé peut (et doit !) être débattu. Mais certains des arguments qui lui sont opposés ne résistent tout simplement pas à une analyse sérieuse.
Pourquoi faire un plan de relance ?
Actuellement l'activité se réduit, c'est à dire que parce le système financier a ralenti, mais sans doute également parce que certains anticipent un ralentissement, les entreprises investissent moins, les ménages consomment moins et les exportateurs exportent moins vers les entreprises et les consommateurs étrangers. La conséquence est une réduction d'activité, avec ses conséquences en termes de hausse du chômage. Autrement dit, des personnes qui auraient pu produire (et disposer d'un revenu en contrepartie) risquent de se trouver sans activité. C'est une perte sèche, car le temps perdu ne se rattrape pas. Or, du point de vue du pays, il y a des tas de choses utiles à faire que pourraient réaliser les personnes concernées, directement ou indirectement (ie, elles travaillent pour satisfaire les besoins de personnes qui réalisent un projet utile à la collectivité).
C'est précisément l'objet du plan de relance : l'activité privée faiblissant, un plan de relance permet à l'activité publique de prendre temporairement le relais, et ceci afin de limiter les effets du ralentissement économique. En général, ces plans de relance vont augmenter la dette publique (ou ralentir le rythme de sa réduction). Cette dette, il faudra la rembourser un jour (où en payer éternellement les intérêts, ce qui revient au même) : tout l'enjeu est donc de faire un plan conçu de telle façon que les citoyens présents soient gagnants (ce qui est la partie la plus simple, car ils vont bénéficier des revenus liés aux décisions du plan) sans que les citoyens futurs soient perdants (ils vont payer la dette, et doivent donc bénéficier des éventuels bénéfices du plan de relance).
Comment faire un bon plan de relance ?
On attend donc deux choses d'un plan de relance :
- qu'il relance l'activité, c'est à dire que l'argent public investi génère le plus d'activité possible sur le sol national
- qu'il ne spolie pas les générations futures, c'est à dire qu'elles aient un bilan positif, entre la dette supplémentaire qu'elles devront acquitter et les éventuels bénéfices qu'elles retireront du plan.
Sur le premier point, il faut privilégier des dépenses d'effet rapide : lancer ou avancer des projets qui peuvent donner lier à des travaux immédiats, ou donner du revenu à des personnes susceptibles de le consommer immédiatement.
On notera cependant que, compte tenu du taux d'importation que génère un euro de revenu distribué aux ménages, les dépenses de consommation risquent d'être moins efficaces, surtout si elles ne sont pas ciblées. Par exemple, si le plan de relance consiste en un chèque distribué aux ménages, certains vont acheter une télévision à écran plat - qui ne produit qu'une fraction d'activité en France. L'effet sera ainsi dilué, et, plus généralement, il en ira de même pour d'autres dépenses de consommation. Au-delà de l'analyse macroéconomique théorique, les mesures larges de ce type doivent donc poser la question suivante : est-il dans le rôle de l'Etat de financer l'équipement en matériel hi-fi dont nos enfants payeront le prix à crédit, ou doit-il centrer son action sur l'aide à ceux qui vont être le plus touchés par le ralentissement économique ?
Certes, la tentation est évidemment grande de réaliser des "grands plans de consommation" (certains proposent de distribuer des chéques payés par l'Etat...), mais cette idée n'a pas grand sens économique, sans parler de son sens politique (un humoriste anglais ironisait sur la vision de la politique consistant à "acheter les voix des électeurs avec l'argent de leurs propres impôts"). De plus, elle se heurterait, comme tous les plans qui ont trop reposé sur ce levier, au fait que la France est un pays ouvert (ce qui dilue toute relance par la consommation). Notons enfin que les dépenses d'investissement vont se transformer fortement en revenus dans les secteurs concernés, et donc servir également le pouvoir d'achat...
Sur le second point, le bilan pour les générations futures du plan de relance va dépendre essentiellement de deux facteurs. Premier facteur, le fait que le plan de relance évite des "irréversibilités" (faillites, pertes de qualification,...) dont le coût aurait, s'il n'avait pas été évité, pesé sur les générations futures. Second facteur, le fait que les dépenses du plan produisent des bénéfices ou évitent des dépenses aux générations futures : c'est notamment le cas s'il s'agit d'accélération ou d'anticipation d'investissements utiles pour l'avenir.
Faut-il vraiment, comme l'ont plaidé certains, avoir des "dépenses réellement nouvelles" ? Aller dans ce sens revient à souhaiter que l'on aille chercher des projets qui n'existaient pas, donc forcément moins intéressants et plus long à mettre en oeuvre (il faut parfois plusieurs années). L'intérêt ne va pas de soi...
Au total, le plan qui a été annoncé peut (et doit !) être débattu. Mais certains des arguments qui lui sont opposés ne résistent tout simplement pas à une analyse sérieuse.
samedi, novembre 22, 2008
Misdirection
Lorsque nous regardons une scène, nous avons tendance à nous concentrer sur un point d'attention, et à ignorer ce qui peut se passer sous nos yeux autour.
Un bel exemple ci-dessous :
Un autre exemple plus classique :
Un bel exemple ci-dessous :
Un autre exemple plus classique :
samedi, novembre 01, 2008
Rêve américain ou rêve danois ?
Le rêve américain - arriver avec un dollar en poche et faire fortune en partant de rien - est contesté par l'OCDE dans sa dernière publication consacrée aux inégalités.
Cette publication - intéressante à plus d'un titre - fait notamment apparaitre que c'est au Danemark que les enfants de pauvres ont le plus de chance de devenir riches, les Etats-Unis étant, juste après la Grèce et l'Italie, l'un des pays où le revenu des enfants est le plus dépendant de celui des parents.

La France est en meilleure position, mais elle arrive après les Etats-Unis. La graphique ci-dessus montre d'ailleurs que le problème français est autant un problème d'inégalités de revenus (il y a des riches et des pauvres) qu'un problème d'inégalités des chances (les enfants de pauvres sont pauvres).
Le premier problème est relativement identifié. Le principal facteur est celui du chômage, et la création du "Pole emploi" ou celle du RSA vont sans doutes permettre des améliorations significatives. Le second problème est davantage lié au inégalités des chances, notamment du système d'éducation (et d'accueil de la petite enfance).
Cette publication - intéressante à plus d'un titre - fait notamment apparaitre que c'est au Danemark que les enfants de pauvres ont le plus de chance de devenir riches, les Etats-Unis étant, juste après la Grèce et l'Italie, l'un des pays où le revenu des enfants est le plus dépendant de celui des parents.

La France est en meilleure position, mais elle arrive après les Etats-Unis. La graphique ci-dessus montre d'ailleurs que le problème français est autant un problème d'inégalités de revenus (il y a des riches et des pauvres) qu'un problème d'inégalités des chances (les enfants de pauvres sont pauvres).
Le premier problème est relativement identifié. Le principal facteur est celui du chômage, et la création du "Pole emploi" ou celle du RSA vont sans doutes permettre des améliorations significatives. Le second problème est davantage lié au inégalités des chances, notamment du système d'éducation (et d'accueil de la petite enfance).
dimanche, octobre 26, 2008
Gagner en bourse : actions, obligations, prime de rendement des actions et frais de gestion
Le CAC40 a commencé sa carrière en janvier 1988. Cette indice représente la valeur d'un portefeuille composé des actions qui comptent le plus, selon des règles détaillées sur le site d'Euronext.
Il valait 1000 points le 1er janvier 1988 au matin ; il en valait environ 3200 vendredi dernier à la clôture. Pour avoir une idée du rendement réel du CAC40 depuis cette date, il faut corriger l'indice en incluant les dividendes qui auraient été versés à celui qui aurait "acheté l'indice" début 1988 pour le revendre aujourd'hui. S'il était parti de 1000 euros, il en aurait aujourd'hui un peu plus de 5000, soit un rendement annuel moyen de l'ordre de 8 %.
Pour être totalement réaliste, il faut prendre en compte les frais de gestion : en effet, le CAC40 a évolué au cours du temps. Pour "avoir l'indice" en permanence, il aurait fallu acheter les actions qui y sont entré, et vendre celles qui en sont sorti. Plus généralement, celui qui souhaite acheter un placement promettant le rendement du CAC40 doit acquitter des frais de gestion.
Par exemple, s'il avait investi dans une assurance vie avec des frais d'entrée de 4 % (haut de la fourchette aujourd'hui) sur une durée de 8 ans, et 1 % de frais de gestion annuels, le rendement annuel aurait été de l'ordre de 6,5 %.
Si, au lieu de celà, il avait investi dans des obligations d'Etat (c'est à dire un placement sans risques, et avec peu de frais), il aurait obtenu un rendement légèrement inférieur, de 6,1 % (cf graphique). Notons que si le CAC40 perd encore 6 %, on arrivera au point où posséder des actions et des obligations d'Etat aurait été équivalent pour une personne qui aurait investi depuis 20 ans.
Evolution d'un portefeuille d'action du CAC40 avant et après frais de 1,5 % comparée à un portefeuille d'emprunts d'Etat

On remarquera d'ailleurs qu'à ces prix (ie, le niveau de vendredi dernier moins 6 %, qui correspond au point le plus à droite de la courbe bleue), celui qui revend aujourd'hui se trouve dans une situation où il a forcément perdu s'il a acheté ses actions après le 1er janvier 1988 : il n'existe aucun moment auquel acheter des actions est plus rentable qu'acheter des emprunts d'Etat. On le voit assez facilement sur le graphique ci-dessus : il est impossible de dessiner une ligne débutant sur un point de la courbe rouge, finissant sur le dernier point de la ligne bleue et plus pentue que la ligne bleue (or la pente entre deux points de la ligne rouge représente le rendement entre un achat à la première date et une vente à la seconde).
Faut-il y voir une preuve du fait que les prix atteints vendredi dernier sont très bas ? Oui ! Peut-on en déduire qu'un achat aujourd'hui serait forcément rentable sur le long terme ? Celà dépend en fait de ce que vous pensez être la "prime de rendement action de long terme". Si vous pensez que sur le long terme les actions ont en moyenne un rendement nettement supérieur aux obligations d'Etat (suffisamment supérieur pour absorber les frais de gestion), il vaut mieux acheter aux moments où les prix semblent bas (en cherchant un produit indexé sur un indice comme le CAC40, et présentant les frais les plus bas possibles), donc la période actuelle peut sembler bonne. Ceci suppose cependant d'être prêt à attendre peut-être un peu pour voir la valeur de son portefeuille dépasser celle des emprunts d'Etat(*) (on voit sur le graphique qu'il existe des périodes longues pendant lesquelles les emprunts d'Etat offrent le meilleur rendement).
Sur ce sujet, je vous invite à lire l'article de Pablo Fernandez, consacré à la mesure des différentes définitions de la prime de rendement des actions.
* : En gardant ces titres jusqu'à leur échéance, afin d'éviter d'être soumis au risque de taux sur la valeur de revente.
Il valait 1000 points le 1er janvier 1988 au matin ; il en valait environ 3200 vendredi dernier à la clôture. Pour avoir une idée du rendement réel du CAC40 depuis cette date, il faut corriger l'indice en incluant les dividendes qui auraient été versés à celui qui aurait "acheté l'indice" début 1988 pour le revendre aujourd'hui. S'il était parti de 1000 euros, il en aurait aujourd'hui un peu plus de 5000, soit un rendement annuel moyen de l'ordre de 8 %.
Pour être totalement réaliste, il faut prendre en compte les frais de gestion : en effet, le CAC40 a évolué au cours du temps. Pour "avoir l'indice" en permanence, il aurait fallu acheter les actions qui y sont entré, et vendre celles qui en sont sorti. Plus généralement, celui qui souhaite acheter un placement promettant le rendement du CAC40 doit acquitter des frais de gestion.
Par exemple, s'il avait investi dans une assurance vie avec des frais d'entrée de 4 % (haut de la fourchette aujourd'hui) sur une durée de 8 ans, et 1 % de frais de gestion annuels, le rendement annuel aurait été de l'ordre de 6,5 %.
Si, au lieu de celà, il avait investi dans des obligations d'Etat (c'est à dire un placement sans risques, et avec peu de frais), il aurait obtenu un rendement légèrement inférieur, de 6,1 % (cf graphique). Notons que si le CAC40 perd encore 6 %, on arrivera au point où posséder des actions et des obligations d'Etat aurait été équivalent pour une personne qui aurait investi depuis 20 ans.

On remarquera d'ailleurs qu'à ces prix (ie, le niveau de vendredi dernier moins 6 %, qui correspond au point le plus à droite de la courbe bleue), celui qui revend aujourd'hui se trouve dans une situation où il a forcément perdu s'il a acheté ses actions après le 1er janvier 1988 : il n'existe aucun moment auquel acheter des actions est plus rentable qu'acheter des emprunts d'Etat. On le voit assez facilement sur le graphique ci-dessus : il est impossible de dessiner une ligne débutant sur un point de la courbe rouge, finissant sur le dernier point de la ligne bleue et plus pentue que la ligne bleue (or la pente entre deux points de la ligne rouge représente le rendement entre un achat à la première date et une vente à la seconde).
Faut-il y voir une preuve du fait que les prix atteints vendredi dernier sont très bas ? Oui ! Peut-on en déduire qu'un achat aujourd'hui serait forcément rentable sur le long terme ? Celà dépend en fait de ce que vous pensez être la "prime de rendement action de long terme". Si vous pensez que sur le long terme les actions ont en moyenne un rendement nettement supérieur aux obligations d'Etat (suffisamment supérieur pour absorber les frais de gestion), il vaut mieux acheter aux moments où les prix semblent bas (en cherchant un produit indexé sur un indice comme le CAC40, et présentant les frais les plus bas possibles), donc la période actuelle peut sembler bonne. Ceci suppose cependant d'être prêt à attendre peut-être un peu pour voir la valeur de son portefeuille dépasser celle des emprunts d'Etat(*) (on voit sur le graphique qu'il existe des périodes longues pendant lesquelles les emprunts d'Etat offrent le meilleur rendement).
Sur ce sujet, je vous invite à lire l'article de Pablo Fernandez, consacré à la mesure des différentes définitions de la prime de rendement des actions.
* : En gardant ces titres jusqu'à leur échéance, afin d'éviter d'être soumis au risque de taux sur la valeur de revente.
samedi, octobre 25, 2008
Après la crise, l'Afrique, moteur de la croissance mondiale ?
Le site de France 2025 présente une vidéo très intéressante de Lionel Zinsou, président du groupe "mondialisation".
Il y explique pourquoi l'Afrique peut, demain, être l'un des moteurs de la croissance mondiale.
Il y explique pourquoi l'Afrique peut, demain, être l'un des moteurs de la croissance mondiale.
samedi, octobre 18, 2008
Photocopie 3D pour tous : ca y est !
Le site Shapeways vous permet d'imprimer des objets en 3D ayant la forme que vous voulez, soit en utilisant un fichier généré par un logiciel de représentation 3D, soit en utilisant les outils proposés par le site.
Etonnant...
Etonnant...
samedi, octobre 11, 2008
Crise financière, dépôts bancaires, protection de l'épargne : quelle garantie ?
A l'heure où quelques banques ont connu des difficultés à l'étranger, on peut se poser la question de l'impact potentiel pour le déposant individuel. Autrement dit, face à la crise, quel risque courent ceux qui ont un compte en banque ?
En France, les déposant sont protégés à plusieurs titres :
a - Les autorités bancaires imposent aux banques d'avoir suffisamment de capitaux pour faire face aux risques "normaux" de leur activité. Concrétement, pour chaque euro d'actif ou de prêt, elles doivent avoir 8 centimes "de coté" : c'est le fameux "ratio de solvabilité"
b - Contrairement au droit normal qui ne permet pas d'imposer aux actionnaires de "remettre au pot" en cas de difficultés, les autorités bancaires peuvent demander aux actionnaires de référence des banques de soutenir leur banque, si nécessaire
c - Contrairement aux entreprises ou aux particuliers, les banques ont accès à un "prêteur en dernier ressort", ie la BCE qui peut leur prêter l'argent nécessaire à leur fonctionnement si le marché ne le permet plus. C'est d'ailleurs ce qu'elle a régulièrement fait depuis plusieurs mois.
d - L'Etat a la possibilité d'intervenir et d'entrer au capital des banques qui connaitraient des difficultés. Les responsables du G7 ont fait une déclaration dans ce sens. Ce n'est d'ailleurs pas nécessairement une mauvaise affaire pour le contribuable : l'Etat achète en effet au pire moment pour la banque, à des prix très bas et dans des conditions de marché exceptionnellement défavorables. Il est probable qu'il réalise une plus-value lorsqu'il revendra, une fois la crise dénouée...
e - Il existe un fond de garantie des dépôts qui, si les quatre points précédents ne suffisaient pas, rembourserait les dépôts de tout déposant d'une banque française qui serait dans l'impossibilité de le faire, à hauteur de 70.000 euros.
f - A Toulon, le Président de la République a donné une garantie supplémentaire, en assurant qu'aucun déposant ne perdrait un euro. On peut difficilement être plus clair !
En France, les déposant sont protégés à plusieurs titres :
a - Les autorités bancaires imposent aux banques d'avoir suffisamment de capitaux pour faire face aux risques "normaux" de leur activité. Concrétement, pour chaque euro d'actif ou de prêt, elles doivent avoir 8 centimes "de coté" : c'est le fameux "ratio de solvabilité"
b - Contrairement au droit normal qui ne permet pas d'imposer aux actionnaires de "remettre au pot" en cas de difficultés, les autorités bancaires peuvent demander aux actionnaires de référence des banques de soutenir leur banque, si nécessaire
c - Contrairement aux entreprises ou aux particuliers, les banques ont accès à un "prêteur en dernier ressort", ie la BCE qui peut leur prêter l'argent nécessaire à leur fonctionnement si le marché ne le permet plus. C'est d'ailleurs ce qu'elle a régulièrement fait depuis plusieurs mois.
d - L'Etat a la possibilité d'intervenir et d'entrer au capital des banques qui connaitraient des difficultés. Les responsables du G7 ont fait une déclaration dans ce sens. Ce n'est d'ailleurs pas nécessairement une mauvaise affaire pour le contribuable : l'Etat achète en effet au pire moment pour la banque, à des prix très bas et dans des conditions de marché exceptionnellement défavorables. Il est probable qu'il réalise une plus-value lorsqu'il revendra, une fois la crise dénouée...
e - Il existe un fond de garantie des dépôts qui, si les quatre points précédents ne suffisaient pas, rembourserait les dépôts de tout déposant d'une banque française qui serait dans l'impossibilité de le faire, à hauteur de 70.000 euros.
f - A Toulon, le Président de la République a donné une garantie supplémentaire, en assurant qu'aucun déposant ne perdrait un euro. On peut difficilement être plus clair !
dimanche, octobre 05, 2008
Ecrivez la France 2025 !
Le site www.france2025.fr présente une mine d'information inégalée sur le web sur l'état de la France, ainsi que de nombreuses vidéo d'experts de premier plan qui interviennent sur les enjeux d'avenir pour notre pays.
Ce site étant un wiki, vous pouvez le commenter, le compléter et ajouter votre propres analyses de ce que pourrait être notre pays en 2025, et ce que nous pouvons faire pour le rendre le meilleur possible.
Allez-y faire un tour, celà vaut le déplacement...
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